NÉVROTOMIE DANS LES SECTIONS DES NERFS
ce volume). Je n'ai pu revoir ce malade depuis sa sortie de l'Hôtel-Dieu et ne saurais rien dire de positif à son sujet.
Pour suturer les deux bouts nerveux avivés, sur André MouUin, je dus pratiquer une traction très-énergique sur chacun et par conséquent les écraser près de leur surface lie section, conditions peu favorables à une régénération nerveuse.
Il n'y aurait pas reproduction de nerf, sur ce sujet , ([u'il ne faudrait point, pour cela , rejeter la méthode dont je me suis servi.
L'innocuité de l'opération et ses suites primitives, les faits d'expérimentation animale font espérer des résultats ultérieurs positifs.
Mû par ces considérations, je n'ai pas hésité , dans un lait encore récent, à intervenir, par un nouveau procédé, ;ï l'occasion d'une perte de substance considérable des deux nerfs médian et cubital.
Le malade sur lequel j'ai pratiqué cette opération est Alexandre Yeltz, le blessé de la bataille de Montbéliard, et dontj'ai décrit longuement l'état physiologique dans la première partie de ce travail (Obs. XLI, p. 114).
Soumis à l'électrisation pendant les derniers mois de 1871 , Veltz entra à l'Hôtel-Dieu, dans mon service, le 19 février. I^endant près d'un mois encore, je lui fis électriser son avant-bras et sa main. Je m'assurai, par l'électro-puncture (épingles enfoncées dans les muscles servant de conducteurs), que les muscles se contractaient, qu'ils n'avaient, par conséquent, pas subi la dégénérescence fibreuse ou fibro-graisseuse.
Je n'hésitai plus alors à tenter, par une suture nerveuse, de remettre cet appareil musculaire sain en rapport avec l'axe central nerveux.
Le 13 mars 1872, le malade était anesthésié, je fis une
incision de six centimètres environ sur la face postéro- ■ interne du bras, commençant à trois centimètres au-dessus LI de répitrochlée et s'élevant dans la direction présumée du I nerf cubital. L'incision mit k découvert une longue masse ■ cicatricielle, au sein de laquelle ne se reconnaissait aucun H autre tissu.
Les recherches pour trouver les bouts nerveux aux \ | limites inférieures ou supérieures de ce tissu cicatriciel furent longues, car les rapports naturels des parties étaient changés. Le prolongement de l'incision facilita la décou-; verte des bouts du nerf cubital et du bout supérieur du médian. La bifurcation de l'incision dans la direction du bout inférieur du médian mit celui-ci assez vite à nu.
Lorsque les quatre bouts nerveux furent ainsi découverts, chacun sur une longueur de trois centimètres environ , il devint manifeste que le rapprochement des bouts inférieurs avec les supérieurs était impossible : un intervalle de quatre centimètres les séparait. , |
A l'aide du bistouri , je pratiquai alors , dans le bout ' cubital supérieur, une fente ou boutonnière commençant j à un demi-centimètre de la terminaison de ce bout et s'éle- | vaut à trois centimètres au-dessus. Vers le haut delà bou- | tonnière,je As sortir le bistouri ^en divisant transversale- ' ment une des lèvres de la boutonnière. Cette lèvre se trouva ainsi transformée en un lambeau que je renversai] 1 en bas, dans la direction du bout cubital inférieur. Ce' P lambeau, par sa racine, restait adhérent à son bout nerveux, mais par son extrémité libre il n'atteignait pas le bout vers lequel il était dirigé.
Il fallut tailler sur le bout inférieur un lambeau nerveux semblable, qui, renversé à son tour, vint à la rencontre du premier et s'aboucha, par sa foce avivée, avec une partie de . la face avivée du premier.
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Cette juxtaposition des deux lambeaux fut maintenue par un point de suture métallique.
Je procédai de même pour le nerf médian, dont les deux bouts furent réunis par deux lambeaux pareils fixés l'un à l'autre au moyen d'une suture semblable.
Le malade fut ensuite réveillé et remporté dans son lit.
Les premières heures furent pénibles ; le malade souffrit d'assez vives douleurs dans la blessure et dans la main. La pression sur la main les réveillait.
La nuit fut sans sommeil.
Ces phénomènes cessèrent le lendemain. La deuxième nuit fut calme, et au pansement du troisième jour on constata que la sensibilité suppléée du petit doigt paraissait plus accusée qu'avant l'opération.
Le cinquième jour la suppuration était établie. La plaie était assez douloureuse au pansement; une pression légère Siir la main et sur le poignet occasionnait de la douleur. L'état général était bon; le malade était très-gai.
L'amélioration se poursuivit les jours suivants.
Le vingt et unième jour, la gouttière métallique dans laquelle reposait le membre malade fut enlevée ; la plaie était granuleuse et cicatrisée en grande partie.
Le trente-deuxième jour, les fils métalliques de la suture nerveuse furent enlevés ; à ce moment le malade ressentit une vive douleur dans tout le bras et dans la main.
Le malade quitta l'Hôtel-Dieu , le quarante-quatrième jour (27 avril), complètement guéri de son opération .
Je le revis le 3 juin 1872. La sensibilité et la motilité de la main n'avaient pas encore subi de modification notable. Le malade s'imaginait sentir un peu mieux ; mais une exploration attentive de ses fonctions ne permettait pas de croire à une régénération nerveuse. Ce qu'il avait était de la sensibilité suppléée plus développée par l'étude.
LÉTiiiVANT, Sect. nerv. ^7
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