‹ Traité des sensations, première partieChapitre 11 sur 190 · LE TRAITÉ DES SYSTÈMES XI · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DES SYSTÈMES XI

inutiles et dangereux, parce que nous croyons acquérir en les composant de véritables connaissances, lorsque nos pensées ne roulent que sur des mots qui n'ont point de sens déterminé. Supposez un aveugle-né qui, après bien des questions et des méditations sur les couleurs, croit enfin découvrir dans le son de la trompette l'idée de l'écarlate : sa manière de raisonner en ce cas sera celle dont usent fort souvent la plupart des hommes. C'est ainsi que le peuple est arrivé à croire à la divination et qu'il est devenu de plus en plus superstitieux. C'est ainsi^ que les Cartésiens ont formé le système des idées innées : ayant acquis ces idées avant l'âge de raison et ne pouvant se rappeler le temps où ils les avaient eues pour la première fois, ils jugèrent qu'ils les avaient toujours eues. Condillac expose et critique ensuite le système de Malebranche, celui de Leibnitz sur les Monades, et celui du P. Boursier sur la Prémotion physique. L'exposition du système de Leibnitz est la plus exacte et la plus complète qu'on puisse citer au xviii" siècle; celle de la première partie de l'Ethique qui vient ensuite est aux yeux d'un juge compétent ce qu'il y a de plus solide sur le Spinozisme dans ce siècle'.

Condillac ne condamne pas absolument les hypothèses, dont il montre les avantages dans certains cas; mais il préfère de beaucoup les vrais systèmes, ceux que nous pouvons faire seulement lorsque nous avons réuni, grâce à l'analyse, assez d'observations pour saisir l'enchaînement des phénomènes*.

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