‹ Traité des sensations, première partieChapitre 113 sur 190 · LA MÉTAPHYSIQUE CXIX · texte numérisé non relu

LA MÉTAPHYSIQUE CXIX

entre ces phénomènes : il n'y a pour lui ni substance spirituelle, ni substance matérielle; il n'y a pour lui ni une cause qui produise en nous le mouvement et la pensée, ni des causes qui produisent en dehors de nous le mouvement des corps. Le phénoméniste supprime donc tout ce qui dépasse les phénomènes. Quant à l'idéaliste, il ne nie pas qu'il y ait quelque chose au delà des phénomènes, il admet, au contraire, l'existence d'une substance qui leur correspond ; mais cette substance, ce n'est pas la matière, c'est l'esprit ou la substance pensante, qui devient ainsi la source des phénomènes matériels comme des phénomènes spirituels. A priori, il est bien difficile de comprendre qu'on puisse être à la fois phénoméniste et idéaliste, puisque l'une de ces doctrines nie ce que l'autre affirme. Gela devient encore plus évident quand on prend pour exemple Hume et Berkeley; car Berkeley affirme expressément que l'esprit est le support de tous les phénomènes, tandis que Hume nie la réalité de la substance pensante comme la réalité de la substance étendue. Ce qui a pu faire considérer Condillac comme un phénoméniste, c'est qu'il répète à chaque instant que nous ne savons ce que c'est que substance' : nous n'avons en particulier aucune idée du sujet que nous nous représentons sous les qualités que nous attribuons aux corps*; nous ne connaissons pas plus la cause, et surtout cette cause qui produit le mouvement dans les corps^. Nous ne pouvons connaître

1. Essai, I, 32, 169, 181; Traité des systèmes, 219, 243; Traité des Sensatio7is, passim; Art de penser, Hi; Grammaire, etc.

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