CXXVI CONDILLAC
de celles qui n'ont de réalité que dans l'imaj^ination; c'est une de ces idées partielles que nous pouvons en toute assurance faire entrer dans la notion de Dieu.
Mais si nous sommes ainsi conduits à une cause première arrangeant, soit immédiatement, soit par l'entremise de quelques causes secondes, tous les effets que nous considérons, il y a lieu de nous demander si son action a pour terme des êtres qui existeraient par eux-mêmes, ou des êtres qu'elle aurait tirés du néant. Or l'hypothèse d'un premier principe ne faisant que modifier des êtres qui existent par eux-mêmes ne peut se soutenir; car des êtres qui existeraient par eux-mêmes auraient aussi par eux-mêmes telle ou telle modification, puisqu'un être ne peut exister sans être modifié d'une certaine manière; indépendants quant à leur existence, ils le seraient quant à la manière dont ils existeraient.
Donc le principe qui arrange les choses est le même que celui qui leur donne l'existence. La création n'est à notre égard que l'action d'un premier principe, par laquelle les êtres de non -existants deviennent existants. Un aveugle-né niait la possibilité de la lumière, parce qu'il ne pouvait la comprendre; les athées font de môme : ne comprenant pas l'idée d'une action créatrice, parce qu'ils ne trouvent en nous rien qui puisse nous servir de modèle pour la concevoir, ils la nient pour y substituer des systèmes ridicules.
Nous avons donc deux idées partielles que nous réunissons dans la notion d'une cause première créatrice.
Mais les athées soutiennent que toutes choses émanent nécessairement d'un premier principe, comme d'une