LA MÉTAPHYSIQUE CXXVII
cause aveugle et sans dessein. L'intelligence et la liberté divines n'auraient-elles donc qu'une réalité imaginaire?
D'abord quelle peut être l'intelligence divine? Dieu ne saurait imaginer, puisque d'après les athées euxmêmes tout est renfermé dans son essence; il ne peut que concevoir; mais ses idées n'ont pas la même origine que les nôtres, elles ne s'engendrent pas; il n'a pas besoin de signes, il n'a pas de mémoire, car tout lui est présent; il voit à la fois tous les êtres, et il en voit la nature, les propriétés, toutes les combinaisons et tous les phénomènes qui doivent en résulter ; les idées générales, les genres et les espèces ne sont nécessaires qu'à un être borné comme l'homme *.
Mais Dieu est-il réellement intelligent? Il suffit, pour le démontrer, de considérer les êtres qu'il a arrangés ^, L'ordre des parties de l'univers, la subordination qui est entre elles', l'insecte le plus vil*, et surtout l'examen de nous-mêmes, de nos sens, de nos organes, des opérations de notre âme ^ qui se forme tous les jours de nouvelles idées, doivent nous convaincre que la cause première a tout formé avec connaissance et avec dessein ; qu'elle doit tout embrasser d'un coup d'œil : car si quelque chose lui échappait, ne fût-ce que pour un instant, le désordre détruirait son ouvrage.
d. Traité des animaux, loc. cit. ; Grammaire, Précis des leçons préliminaires, cxix; Essai sur VOrigine, I, 212 et passim.