AVIS IMPORTANT AU LECTEUR
J'ai oublié de prévenir sur une chose que j'aurais dû dire, et peut-être répéter dans plusieurs endroits de cet ouvrage; mais je compte que l'aveu de cet oubli vaudra des répétitions, sans en avoir l'inconvénient. J'avertis donc qu'il est très important de se mettre exactement à la place de la statue que nous allons observer ' . Il faut commencer d'exister avec elle, n'avoir qu'un seul sens, quand elle n'en a qu'un ; n'acquérir que les idées qu'elle acquiert, ne contracter que les habitudes qu'elle contracte : en un mot, il faut n'être que ce qu'elle est. Elle ne jugera des choses comme nous que quand elle aura tous nos
1. Il est assez difûcile, coDime le remarque M. Cousin, de se mettre à la place d'uue telle statue. Il faut uou seulement se dépouiller de toutes les idées que nous avons acquises par nousmêmes et à la suite de l'éducation que nous ont donnée nos semblables; mais encore il faut nous dépouiller des facultés qui nous ont permis de les acquérir, il faut fermer ceux de nos sens que nous n'interrogeons pas, il faut enfin supprimer les sensations organiques qui subsistent encore alors que toutes les autres ont disparu, c'est-à-dire qu'en dernière analyse il faudrait cesser de vivre pour étudier comment la vie se développe eu nous. Le xviiie siècle a examiné avec les procédés cartésiens la politique et la religion que Descartes avaient mises hors de cause. Condillac s'est proposé pour sa part de compléter l'œuvre de Descartes eu métaphysique. Ou pourrait, à ce point de vue, dire de la philosophie de la sensation ce qu'on a dit du spinozisme : C'est un cartésianisme exagéré. Condillac indique bien d'ailleurs ce côté de sa doctrine à la fin du 11^ volume de ÏEsmi sur VOrifjine des connaissances humaines.