Condillac distingue nettement ce que l'école écossaise
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C'est donc des sensations que naît tout le système * de l'homme : système complet dont toutes les parties sont liées, et se soutiennent mutuellement. C'est un enchaînement de vérités : les premières observations préparent celles qui les doivent suivre, les dernières confirment celles qui les ont précédées*. Si, par exemple, en lisant la première partie on commence à penser que l'œil pourrait bien ne point juger par lui-même des grandeurs, des figures, des situations et des distances, on est tout à fait convaincu lorsqu'on apprend dans la troisième comment le toucher lui donne toutes ces idées.
Si ce système porte sur des suppositions 3, toutes les conséquences qu'on en tire sont attestées par notre expérience. Il n'y a point d'homme, par exemple, borné à l'odorat; un pareil animal ne saurait veiller à sa conservation; mais pour la vérité des raisonnements que nous avons faits en l'observant, il suffit qu'un peu de réflexion sur nous-mêmes nous fasse reconnaître que nous pourrions devoir à l'odorat toutes les idées et toutes les facultés que nous découvrons dans cet homme*, et
appelle d'un nom impropre, les perceptions naturelles elles perceptions acquises.
1. Condillac distingue trois espèces de systèmes : ceux qui reposent sur des maximes générales ou abstraites ; ceux qui reposent sur des suppositions ou des hypotiièses ; ceux eudu qui ne reposent que sur des faits bien constatés. Ces derniers sont les vrais systèmes, les seuls qui mériteraient de porter ce nom. Voyez Traité des Systèmes et Introduction.
2. L" unique objet des physiciens, dit Condillac, doit être d'observer les phénomènes, d'en saisir l'enchainement et de remouter jusqu'à ceux dont plusieurs autres dépendent. {Traité des Systèmes, 385.)
3. Sur le rôle des suppositions, voyez Introduction. Sur leur emploi par Condillac, voyez Cousin, Philosophie sensualiste, 124.
4. Condillac exagère la facilité de la tâche. Il oublie ce qu'il a dit lui-même ailleurs de l'évidence de sentiment et de ses
qu'avec ce seul sens il ne nous serait pas possible d'en acquérir d'autres. On aurait pu se contenter de considérer l'odorat en faisant abstraction de la vue, de l'ouïe, du goût et du toucher' : si on a imaginé des suppositions, c'est parce qu'elles rendent cette abstraction plus facile.
Précis de la première partie.
Locke distingue deux sources de nos idées, les sens et la réflexion-. Il serait plus exact de n'en reconnaître
limites. Personne n'a mieux montré les diflicultés de l'observation intérieure {Art de raisonner, ch. v et vi) ; personne n'a cru plus facilement que c'était chose aisée de connaître ce qui se passe en nous. Personne n'a critiqué avec plus de verve les hypothèses peu fondées des autres philosophes, personne n'a fait plus de conjectures. De là des observations ingénieuses, nouvelles et vraies mêlées avec des vues inexactes ou fausses.
1. Une telle méthode eût été préférable et seule pourrait conduire à des résultats positifs. Mais comment la mettre en pratique ? Quand nous sommes en état de nous observer, nos sens se sont fait mutuellement leur éducation et nous ne pouvons savoir ce que chacun d'eux nous a donné primitivement. L'observation des enfants pourrait donner des résultats intéressants, mais nous sommes obligés d'interpréter ce qui se passe en eux et exposés à leur prêter ce qui se trouve uniquement en nous. L'observation des aveugles-nés, des sourds-muets de naissance, de ceux mêmes qui sont aveugles, sourds et muets, comme Laura Bridgmann, jointe aux expériences si délicates de la psycho-physique peuvent également nous donner des indications précieuses ; mais il faut y apporter beaucoup de patience et d'impartialité. L'œuvre que croyait avoir accomplie Condillac ne pourra être que le résultat du travail de plusieurs générations de savants.
2. Essai sur l'entendement humain, 11, c. i. a L'expérience est le fondement de toutes nos connaissances, et c'est de là qu'elles tirent leur première origine. Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles ou sur les opérations intérieures de notre âme, que nous apercevons et sur lesquelles nous réfléchissons nous-mêmes, fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées... la sensation et la réflexion
qu'une, soit parce que la réflexion n'est dans son principe que la sensation même, soit parce qu'elle est moins la source des idées que le canal par lequel elles découlent des sens.
Cette inexactitude, quelque légère qu'elle paraisse, répand beaucoup d'obscurité dans son système; car elle le met dans l'impuissance d'en développer les principes. Aussi ce philosophe se contente-t-il de reconnaître que l'àme aperçoit, pense, doute, croit, raisonne, connaît, veut, réfléchit; que nous sommes convaincus de l'existence de ces opérations, parce que nous les trouvons en nous-mêmes, et qu'elles contribuent aux progrès de nos connaissances* : mais il n'a pas senti la nécessité d'en découvrir le principe et la génération, il n'a pas soupçonné qu'elles pourraient n'être que des habitudes acquises; il paraît les avoir regardées comme quelque chose d'inné, et il dit seulement qu'elles se perfectionnent par l'exercice.
J'essayai en 1746 de donner la génération des facultés de l'âme. Cette tentative parut neuve, et eut quelque succès'; mais elle le dwt à la manière obscure dont je l'exécutai'. Car tel est le sort des découvertes sur l'esprit humain : le grand jour dans lequel elles sont expo-
sonl les lieux sources de nos idées. » Nous avons expliqué commeut Condillac avait été amené à supprimer la réflexion en identiûaut complètement sensation et conscience.