Liv. 11, ch. XX
4. Platon a soutenu dans le Philèbe et dans la République, liv. IX, qu'il y a des états de conscience indifférents. Epicure a défendu l'opinion contraire; Bain, Stuart Mill etDumontont repris de nos jours la théorie de Platon ; Lotze, Taine et Bouillier, celle
Par conséquent, c'est le plaisir ou la peine qui, occupant notre capacité de sentir, produit cette attention d'où se forme la mémoire et le jugement.
Nous ne saurions donc être mal ou moins bien que nous avons été, que nous ne comparions l'état où nous sommes avec ceux par où nous avons passé. Plus nous faisons cette comparaison, plus nous ressentons cette inquiétude qui nous fait juger qu'il est important pour nous de changer de situation : nous sentons le besoin de quelque chose de mieux. Bientôt la mémoire nous rappelle l'objet que nous croyons pouvoir contribuer à notre bonheur, et dans l'instant l'action de toutes nos facultés se détermine vers cet objet. Or cette action des facultés est ce que nous nommons désir.
Que faisons-nous en effet lorsque nous désirons ? Nous jugeons que la jouissance d'un bien nous est nécessaire. Aussitôt notre réflexion s'en occupe uniquement. S'il est présent, nous fixons les yeux sur lui, nous tendons les bras pour le saisir. S'il est absent, l'imagination le retrace, et peint vivement le plaisir d'en jouir. Le désir n'est donc que l'action des mêmes facultés qu'on attribue à l'entendement, et qui étant déterminée vers un objet par l'inquiétude que cause sa privation, y détermine aussi l'action des facultés du corps. Or du désir naissent les passions, l'amour, la haine, l'espérance, la crainte, la volonté *. Tout cela n'est donc encore que la sensation transformée.
d'Epicnre. On peut constater, par l'expérience de chaque jour, qu'il y a en nous des sensations, relativement indifférentes ; il semble bien difficile d'établir qu'il y ait en nous à un moment donné des sensations absolument indifférentes. Voyez Fr. Bouillier, Du plaisir et de la douleur, ch. xi.