l'o édition : « les plus exactes et les phi s fines
encore que l'extérieur tout de marbre ne lui permettait l'usage d'aucun de ses sens, et nous nous réservâmes la liberté de les ouvrir, à notre choix, aux diflérentes impressions dont ils sont susceptibles.
Nous crûmes devoir commencer par l'odorat', parce que c'est de tous les sens celui qui paraît contribuer le moins aux connaissances de l'esprit humain. Les autres furent ensuite l'objet de nos recherches, et après les avoir considérés séparément et ensemble, nous vîmes la statue devenir un animal capable de veiller à sa conservation.
Le principe qui détermine le développement de ses facultés, est simple; les sensations mêmes le renferment : car toutes étant nécessairement agréables ou désagréables, la statue est intéressée à jouir des unes et à se dérober aux autres. Or, on se convaincra que cet intérêt suffit pour donner lieu aux opérations de l'entendement et de la volonté. Le jugement, la réflexion, les désirs, les passions, etc., ne sont que la sensation même qui se transforme différemment *. C'est pourquoi il nous
1. fionnet, Essai analytique, p. 18. «Avant que j'eusse ouï parler du plau de M. l'abbé de Condillac, j'exerçais d'abord ma slatue à voir. La vue est le sens dout uous faisons lé plus d'usage et qui nous fournit le plus d'idées et d'idées variées. Mais c'est précisément par cette raison que M. de Condillac n'a pas cru devoir commencer par ce sens. lia préféré de débuter par l'odorat, comme plus simple, moins fécond, et cette marche me paraissant plus dans l'esprit de l'analyse, je m'y conforme. » Buffon avait aussi commencé par ouvrir à la lumière les yeui de son homme nouvellement créé.
2. Voyez VExtrait raisonné et les notes que nous y avons ajoutées.
.Mais, dira-t-on, les bêtes {noie de Condillac) ont des sensations, et cependant leur Ame n'est pas capable des mêmes facultés que celle de l'homme. Cela est vrai, et la lecture de cet ouvrage en rendra la raison sensible. L'organe du tact est en elles moins parfait; et, par conséquent, il ne saurait filrc poui*
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a paru inutile de supposer que l'âme tient immédiatement de la nature toutes les facultés dont elle est douée. La nature * nous donne des organes pour nous avertir par le plaisir de ce que nous avons à rechercher, et par la douleur de ce que nous avons à fuir. Mais elle s'arrête là ; et elle laisse à l'expérience le soin de nous faire contracter des habitudes, et d'achever l'ouvrage qu'elle a commencé *.
Cet objet est neuf, et il montre toute la simplicité des voies de l'Auteur de la nature*. Peut-on ne pas admi-
elles la cause occasionnelle de toutes les opératious qui se remarquent en nous. Je dis la cause occasionnelle, parce que les sensations sont les modifications propres de l'âme, et que les organes n'en peuvent être que l'occasion. De là le philsophe doit conclure, conformément à ce que la foi enseigne , que l'âme des bêtes est d'un ordre essentiellement différent de celle de l'homme. Car serait-il de la saj^esse de Dieu qu'un esprit capable de s'élever à des connaissances de toute espèce, de découvrir ses devoirs, de mériter et de démériter, fût assujetti à un corps qui n'occasionnerait en lui que les facultés nécessaires à la conservation de l'animal? — Sur la différeuce de l'animal et de l'homme, voyez le Traité des animaux et dans notre Introduction l'article Psychologie. Sur la cause occasionnelle, voyez dans Y Introduction ce qui a trait aux rapports de Malebranche et de Condillac.
1. On a employé ce mot dans bien des sens différents au xvuie siècls. Pour Condillac, elle désigne souvent la manière dont Dieu agit.
2. Ainsi une âme capable d'agir, mais dont nous ne pouvons pénétrer la nature, des organes qui la modifient de manière à lui faire éprouver du plaisir ou de la douleur, voilà ce qu'est l'homme à l'origine.
3. Condillac adopte ici en partie le principe de la moindre action que Maupertuis a formulé ainsi : Lorsqu'il arrive quelque changement dans la nature, la quantité d'action employée pour ce changement est toujours la plus petite qu'il soit possible. On sait que ce principe a été l'occasion d'une querelle très vive entre Kœnig, qui soutenait que le principe dans ce qu'il avait de vrai était déjà dans Leibnllz, et Âlaupertuis, qui le revendiquait comme sa découverte propre. L'Académie de Berlin, après avoir entendu Euler, se prononça en faveur de Maupertuis.
ler qu'il n'ait fallu que rendre l'homme sensible au plaisir et à la douleur, pour faire naître en lui des idées, des désirs, des habitudes et des talents de toute espèce? Il y a sans doute bien des difficullés à surmonter pour développer tout ce système; et j'ai souvent éprouvé combien une pareille entreprise était au-dessus de mes forces*, Mlle Ferrand m'a éclairé sur les principes, sur le plan et sur les moindres détails; et j'en dois être d'autant plus reconnaissant, que son projet n'était ni de m'instruire ni de faire un livre. Elle ne s'apercevait pas qu'elle devenait auteur, et elle n'avait d'autre dessein que de s'entretenir avec moi des choses auxquelles je prenais quelque intérêt. Aussi ne se prévenait-elle jai mais pour ses sentiments; et si je les ai presque toujours préférés à ceux que j'avais d'abord, j'ai eu le plaisir de ne me rendre qu'à la lumière. Je l'estimais trop pour les adopter par tout autre motif; et elle-même, elle en eût été offensée. Cependant il m'arrivait si souvent de reconnaître la supériorité de ses vues, que mon aveu ne pouvait éviter d'être soupçonné de trop de complaisance. Elle m'en faisait quelquefois des reproches; elle crai-
Mais Voltaire prit le parti du Rceuig et traita cruellement Maupertuis. Voyez Janet, Les causes /f/ta/es, appendice VI.
Le principe de moindre action est considéré d'ordinaire comme nue forme du principe de finalité. Condillac, qui prouve l'existence de Dieu par l'ordre de l'univers, ne supprime pas absolument la rechercbe des lins dans la nature, et se distinj^ue par là de Bacon et même de Descartes. Voyez Art de raisonner, 1. IV, ch. ni, De /'(tnuloyie, et spécinlemeut le paragraphe Ana~ logie fondée sur le rapport à la fin. Voyez aussi Lo(/ir/ue, p. 182.
1. Condillac ne parlera plus avec la même modestie par la suite. Il oubliera qu'il avait présenté son système comme probable : 7iec tarnen ut Pylhius Apollo, cerla ut sint et fixa, quœ dixero : sed, îtt ho)nunculus, probahilia conjectura seijuens. Il y verra par la suite toute la vérité à laquelle l'homme peut atteindre, le système que la nature a fait elle-même. {Loyifjue.) Il est vrai que ses contemporains pensèrent de même.
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gnait, disait-elle, de gâter mon ouvrage ; et, examinant avec scrupule les opinions que j'abandonnais, elle eût voulu se convaincre que ses critiques n'étaient pas fondées.
Si elle avait pris elle-même la plume, cet ouvrage prouverait mieux quels étaient ses talents. Mais elle avait une délicatesse qui ne lui permettait seulement pas d'y penser. Contraint d'y applaudir, quand je considérais les motifs qui en étaient le principe, je l'en blâmais aussi, parce que je voyais dans ses conseils ce qu'elle aurait* voulu faire elle-même. Ce traité n'est donc malheureusement que le résultat des conversations que j'ai eues avec elle, et je crains bien de n'avoir pas toujours su présenter ses pensées dans leur vrai jour. Il est fâcheux qu'elle n'ait pas pu m 'éclairer jusqu'au moment de l'impression; je regrette surtout qu'il y ait deux ou trois questions sur lesquelles nous n'avons pas été entièrement d'accord'.
La justice que je rends à Mlle Ferrand, je n'oserais la lui rendre, si elle vivait encore. Uniquement jalouse de la gloire de ses amis, et regardant comme à eux tout ce qui pouvait en elle y contribuer, elle n'aurait point reconnu la part qu'elle a à cet ouvrage, elle m'aurait défendu d'en faire l'aveu, et je lui aurais obéi. Mais aujourd'hui dois-je me refuser au plaisir de lui rendre cette justice? C'est tout ce qui me reste dans la perte que j'ai faite d'un conseil sage, d'un critique éclairé, d'un ami sûr.
Vous le partagerez avec moi, ce plaisir, madame, vous qui la regretterez toute votre vie, et c'est aussi avec vous que j'aime à parler d'elle. Toutes deux également esti-
1, Iro édition : « pu. »
2. Couilillac indiqué dans l'Extrait raisonné, mis en tête de la seconde édition, que la manière dont nous avons l'idée d" extériorité était une de ces questions. Voyez page 161.
mables, vous aviez ce discernement qui démêle tout le prix d'un objet aimable, et sans lequel on ne sait point aimer. Vous connaissiez la raison, la vérité et le courage qui vous formaient l'une pour l'autre. Ces qualités serraient les nœuds de votre amitié, et vous trouviez toujours dans votre commerce cet enjouement qui est le caractère des âmes vertueuses et sensibles.
Ce bonheur devait donc finir ; et dans ces moments qui devaient en être le terme, il fallait qu'il ne restât d'autre consolation à votre amie que de n'avoir point à vous survivre. Je l'ai vue se croire en cela fort heureuse. C'était assez pour elle de vivre dans votre mémoire. Elle aimait à s'occuper de cette idée; mais elle eût voulu en écarter l'image de votre douleur. Entretenez-vous quelquefois de moi avec Mme de Vassé, me disait- elle, et que ce soit avec une sorte de plaisir. Elle savait qu'en eflet la douleur n'est pas la seule marque des regrets, et qu'en pareil cas, plus on trouve de plaisir à penser à un ami, plus on sent vivement la perte qu'on a faite.
Que je suis flatté, Madame, qu'elle m'ait jugé digne de partager avec vous cette douleur et ce plaisir! Que je le suis de l'honneur que vous me faites de porter le même jugement! Pouviez-vous l'une et l'autre me donner une plus grande preuve de votre estime et do votre amitié?