l'c édition : << comijarcrait
2. Condillac se home ici aux considérations psycliologiques. Il est revenu sur le côté physiologique de la question dans la Lo'jique, ch. ix. Nous avons exposé ses conjeciures à ce sujet dans la partie Psychologie, de Vlnlroduclion.
Bonnet (page 2[)) insiste sur ce cAté de la question et a peut-être sugg^^ré à Condillac, dont il trouve les idées sur la mémoire très vagues, Fidée de l'examiner de plus près. « La mémoire, dit-il, par laquelle nous retenons les idées dos choses, a été attachée au corps, puisque des causes qui n'alTectent que le corps, alfaiblissent la mémoire, la détruisent même ou la Ibrtifieut. Combien de maladies ou d'accidents qui ont été suivis de rafTaiblissement ou bien de la perte de la mémoire, combien d'autres accidents ont modilié singulièrement cette faculté ou ont paru lui donner de nouvelles forces. La conservation des idées par la mémoire dépend en dernier ressort de la disposition qu'ont les fibres des sens à se prêter à ces mouvements et à les répéter, comme le mouvement que la rose imprime au nerf olfactif et que celui-ci transmet au cerveau donne lieu à la modification de l'ûme que nous appelons odeur de rose. (Voyez Ribot, Maladies de la Mémoire.) En comparant ce paragraphe au paragraphe 10, Johnson remarque qu'il ne s'agit pas à proprement parler du souvenir, c'esl-à-dire de la conservation des représentations, mais de la continuation pour un certain temps de l'eflet produit par l'impression [lemporseren Nachwirkung des Eindnirhcs), d'une sensation continuée. {Condillac'Abhandtung uher die Eynpfindunqen, p. 22.)
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§ 7. Lorsque notre statue est une nouvelle odeur, elle a donc encore présente celle qu'elle a été le moment précédent. Sa capacité de sentir se partage entre la mémoire et l'odorat; et la première de ces facultés est attentive à la sensation passée, tandis que la seconde est attentive à la sensation présente * .
§ 8. Il y a donc en elle deux manières de sentir, qui ne diflerent que parce que l'une se rapporte à une sensation actuelle, et l'autre à une sensation qui n'est plus, mais dont l'impression dure encore. Ignorant qu'il y a des objets qui agissent sur elle, ignorant même qu'elle a un organe, elle ne distingue ordinairement le souvenir d'une sensation d'avec une sensation actuelle, que comme sentir faiblement ce qu'elle a été, et sentir vivement ce qu'elle est*.
§ 9. Je dis ordinairement, parce que le souvenir ne sera pas toujours un sentiment faible, ni la sensation un sentiment vif. Car toutes les fois que la mémoire lui retracera ces manières d'être avec beaucoup de force, et que l'organe au contraire ne recevra que de légères impressions, alors le sentiment d'une sensation actuelle sera bien moins vif que le souvenir d'une sensation qui n'est plus.
1. Cela est vrai, dit Johnson, pour l'observateur qui a perçu la cessation de l'impression extérieure ; cela ne l'est pas pour la statue: car l'excitation physique persiste et fait delà sensation, passée pour nous, une sensation présente et uon passée pour la statue.
2. Condillac se rapproche de Hume (p. 171, note 1); mais le mot ordinairement, qu'il ajoute, permet de l'en distinguer. Si Condillac a été induit en erreur, ce n'est donc pas, comme le croit Lewes (Ribot, Psychologie anglaise, 343), pour avoir adopté l'opinion commune que les idées ne sont que des impressions affaiblies, des copies de sensations. Le paragraphe suivant où Condillac explique pourquoi il a employé le mot ordinairement nous le prouve surabondamment.
,^iO. Ainsi donc qu'une odeur est présente à l'odorat par l'impression d'un corps odoriférant sur l'organe même, une autre odeur est présente à la mémoire, parce que l'impression d'un autre corps odoriférant subsiste dans le cerveau, où l'organe l'a transmise. En passant de la sorte par deux manières d'être, la statue sent qu'elle n'est plus ce qu'elle a été *, la connaissance de ce changement lui fait rapporter la première à un moment différent de celui où elle éprouve la seconde : et c'est là ce qui lui fait mettre de la différence entre exister d'une manière et se souvenir d'avoir existé d'une autre.
§ 11. Elle est active par rapport à l'une de ses manières de sentir, et passive par rapport à l'autre. Elle est active, lorsqu'elle se souvient d'une sensation, parce qu'elle a en elle la cause qui la lui rappelle, c'est-à-dire la mémoire. Elle est passive au moment qu'elle éprouve une sensation, parce que la cause qui la produit est hors d'elle, c'est-àdire dans les corps odoriférants qui agissent sur son orjrane'.
1. Les deux sensations étant présentes, comment pourrait-elle avoir l'idée du passé ? (John?ou.)
2. Il y a eu nous un principe de nos actions, que nous sentons, mais que nous ne pouvons défluir, ou l'appelle /brce. Nous sommes également actils par rapport à tout ce que celle force produit en nous ou au dehors. Nous le sommes, par exemple, lorsque nous réfléciiissous, ou lorsque nous faisons mouvoir un corps Par analogie sous supposons dans tous les objets qui produisent quelque changement, une force que nous conuais.-ous encore moins; et nous sommes passifs par rapport aux impressions qu'ils font sur nous. Ainsi un être est actif ou passif suivaut que la cause de l'effet produit est en lui ou hors de lui. {Note de la i" et de la 2» éaitiou.) — Les mêmes idées sont reproduites dans ÏArt de raisonner, p. 84. Elles montrent d'abord que Condillac soutient que nous sommes actifs quand nous rétléchissons ou que nous faisons mouvoir un corps : ensuite que lorsqu'il parle de passivité, il ne s'agit que d'une passivité relative. (Voyez VAme, dans l'Introduction.) Comme le remarque Johnson, l'âme ne peut jamais être complètement passive,
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§ l^. Mais ne pouvant se douter de l'action des objets extérieurs sur elle, elle ne saurait faire la difTérence d'une cause qui est en elle d'avec une cause qui est au dehors'. Toutes ses modifications sont, à son égard, comme si elle ne les devait qu'à elle-même; et soit qu'elle éprouve une sensation, ou qu'elle ne fasse que se la rappeler, elle n'aperçoit jamais autre chose, sinon qu'elle est ou qu'elle a été de telle manière. Elle ne saurait, par conséquent, remarquer aucune différence entre l'état où elle est active, et celui où elle est toute passive.
§ 43. Cependant plus la mémoire aura occasion de s'exercer, plus elle agira avec facilité. C'est par là que la statue se fera une habitude de se rappeler sans effort les changements par où elle a passé*, et de partager son attention entre ce qu'elle est et ce qu'elle a été. Car une habitude' n'est que la facilité de répéter ce qu'on a fait.
puisque l'impression organique n'est que la cause occasionneUf de la sensation éprouvée par lame.
1. On peut remarquer que Londiilac se distingue des phénoménistes en ce sens que. sil ne croit pas pouvoir connaître ce qu'est la cause, en nous ou en dehors de nous, il affirme cependant qu'elle existe en nous et en dehors de nous. Voyez Inlroduclion.
2. Condillac oublie ici, dit Johnson, qu'il a expliqué, non la faculté de rappeler la seusation, mais la continuité de la sensation provoquée par l'excitation extérieure. Ou peut consulter a ce sujet Kirchmann , Erliùterungen Zu Kant's Anthropologie . On a pu faire une objection semblable à la théorie développée par M. Ribot dans les Mal idies de la Mémoire.
3. Condillac fait jouer un rôle considérable àlhabitude chez l'homme et chez l'animal. Tout n est qu'habitude chez l'un et chez l'autre, à l'exception de l'âme, du plaisir, de la douleur et de l'organisme qui contribuent, dans des proportions diverses, à la naissance des habitudes. L'habitude a été étudiée par .Maine de Biran [Mémoire couronné par l'Institut), Ravaisson (Thèse sur {'Habitude), A. Lemoine [l'Habitude et l'instinct) et A. Dumouf {Revue philosophique, I, 325). Bonnet (p. 51), s'approprie sur Ci; sujet les idées de Hartley: « La répétition fréquente du mèmf mouvement dans la même fibre change jusqu'à un certain point
et cette facilité s'acquiert par la réitération des actes'.
§ 14. Si, après avoir senti à plusieurs reprises une rose et un œillet, elle sent encore une fois une rose, l'attention passive, qui se fait par l'odorat, sera toute à Todeur présente de rose, et l'attention active, qui se fait par la mémoire, sera partagée entre le souvenir qui reste des odeurs de rose et d'œillet. Or les manières d'être ne peuvent se partager la capacité de sentir qu'elles ne se comparent : car comparer n'est autre chose que de donner en même temps son attention à deux idées*.
§ 15. Dès qu'il y a comparaison, il y a jugement'.
l'état primilif de celle tii)re. Les molécules dont elle est composée, se disposent les uues à l'égard des autres dans un nouvel ordre relalif au genre et au degré de l'impression reçue. Par ce nouvel arrangement dos molécules, la fibre devient plus facile à mouvoir dans un sens que daus tout autre. Les sucs nourriciers, «e couformaut à. la position actuelle des molécules, se placent en conséquence. La fibre croît, sa solidité augmente, la disposition contractée se fortifie, s'enracine, et la fibre devient de jour en jour moins susceptible d'impressions nouvelles. »
1. Je ne parle ici, et daus tout cet ouvrage, que des habitudes qui s'acquièrent naturellement; tout est soumis à d'autres lois dans l'ordre surnaturel. Cette note, qui se trouve dans la l'» et la 2" édition, nous rappelle que Goudillac veut étudier l'âme telle qu'elle est depuis le péché originel, sans s'occuper de ce qu'elle était auparavant ou de ce qu'elle sera daus une autre vie.
2. Goudillac soutient que comparer deux représentations et y être atleulif, c'est une seule et même chose. On peut soutenir le contraire avec La Uomignière (page loi) et trouver qu'il passe â côté de la dilficullé sans cherchera la résoudre, (.loluison.) Horbart et Beueke ont essayé, au contraire, de la résoudre en montrant que toute division, toute combinaison ou tout arrangement des re[)réseutations uesl pas produit par l'Amo, mais par les représeutations eili's-môuies. (Voyez llibot, Psycknlof/ie allemande, 2<= édition, ch. i.) C'est ce qu'ont tenté également ïituart Mill, et surtout H. Spencer. Mais Condillac voit dans l'âme une substance et une cause, il ne pouvait se placer au même point de vue.