Sur riiabilude, voyez pa;?e
2. Comment la répétition ûe lactc pourra t-elle contribuer à 1,1 persistiincc de l'habitude, s'il ue reste nulle part aucune trace de l'acte lui même? (Johnson.) 11 y a lieu de remarquer en outre que la continuation de l'acte et son intensité peuvent contribuer comme la répétition à la production de l'habitude. Voyez Janet, Traité élémeyitaire, 288.
:{. Bacon, \ovum orgnniim, II, 26 : « Ce qui fait une vive impression sur la sensibilité en inspirant de la crainte, de l'admiration, de In honte, do In joie, niilc la niémoin». »
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d'étendre de plus en plus ses habitudes. Il y a même J lieu de conjecturer qu'elle démêlera dans une succession " d'odeurs des différences qui nous échappent'. Obligrée d'appliquer toutes ses facultés à une seule espèce de sensation, pourrait-elle ne pas apporter à cette étude plus de discernement que nous?
§ 42. Cependant les rapports que ses jugements peuvent découvrir sont en fort petit nombre. Elle connaît seulement qu'une manière d'être est la même que celle qu'elle a déjà eue, ou qu'elle en est différente ; que l'une est agréable, l'autre désagréable, qu'elles le .sont plus ou moins.
Mais démêlera-t-elle plusieurs odeurs qui se font sentir ensemble? C'est un discernement que nous n'acquérons nous-mêmes que par un grand exercice : encore est-il renfermé dans des bornes bien étroites : car il n'est personne qui puisse reconnaître à l'odorat tout ce qui compose un sachet. Or tout mélange d'odeurs me paraît devoir être un sachet pour notre statue.
C'est la connaissance des corps odoriférants, comme nous le verrons ailleurs, qui nous a appris à reconnaître deux odeurs dans une troisième. Après avoir senti tour à tour une rose et une jonquille, nous les avons senties ensemble, et par là nous avons appris que la sensation que ces fleurs réunies font sur nous est composée de deux autres. Qu'on multiplie les odeurs, nous ne distinguerons que celles qui dominent, et même nous n'en
1. Peut-on classer les odeurs? Linné l'a essayé (Janet, Traité élémentaire, 57), Bain l'a tenté également, mais en faisant remarquer qu'il ne fallait pas chercher dans cet essai une classification rigoureuse. Voyez Bernstein, lea Sens. — On peut citer l'exemple des chimistes qui arrivent à discerner par les odeurs un corps d'un autre corps. Mais Condillac parle de l'odorat livré à lui seul et non de l'odorat qui a reçu renseignement des .lutroe sens.
ferons pas le discernement, si le mélange est fait avec assez d'art pour qu'aucune ne prévale. En pareil cas, elles paraissent se confondre, à peu près comme des couleurs broyées ensemble; elles se réunissent, et se mêlent si bien, qu'aucune d'elles ne reste ce qu'elle était ; et de plusieurs il n'en résulte qu'une seule.
Si notre statue sent deux odeurs au premier moment de son existence, elle ne jugera donc pas qu'elle est tout à la fois de deux manières. Mais supposons qu'ayant appris à les connaître séparément, elle les sente ensemble, les reconnaîtra-t-elle? Cela ne me paraît pas vraisemblable. Car ignorant qu'elles lui viennent de deux corps différents, rien ne peut lui faire soupçonner que la sensation qu'elle éprouve, est formée de deux autres. En effet, si aucune ne domine, elles se confondraient même à notre égard ; et s'il en est une qui soit plus faible, elle ne fera qu'altérer la plus forte, et elles paraîtront ensemble comme une simple manière d'être. Pour nous en convaincre, nous n'aurions qu'à sentir des odeurs que nous ne nous serions pas fait une habitude de rapporter à des corps différents : je suis persuadé que nous n'oserions assurer si elles ne sont qu'une, ou si elles sont plusieurs. Voilà précisément le cas de notre statue.
Elle n'acquiert donc du discernement que par l'attention qu'elle donne en même temps à une manière d'être qu'elle éprouve, et à une autre qu'elle a éprouvée'. Ainsi ses jugements ne s'exercent point sur deux odeurs senties
1. Au paragraphe 10, Condillac explique que nous percevons la succespion de deux sensations en percevant leur différence ; il explique ici la perception de la différence par celle de la succession. Les deux choses demeurent ainsi inexpliquées, de même que la notion de nombre qui en est selon lui dérivée, (ch. IV, 5). (Johnson.)
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à la fois; ils n'ont pour objet que des sensations qui se succèdent
CIIA.PITHE lil
Des désirB, des passions, de l'amour, de la haine, de 1 espérance, de la crainte et de la volonté dans un homme borné au sens de l'odorat.
i. Le désir n'est que Taction des facultés. — 2. Ce qui en fait la faiblesse ou la force. — 3. Une passion est un désir dominant. — 4. Comment une passion succède à un autre. — Jj. Ce que c'est que l'amour et la baiue. — 6. L'un et l'autre susceptibles de dillérents degrés. — 7. La statue ne peut aimer qu'ellemême. — 8. Principe de l'espérance et de la crainte. — 9. Comment la volonté se forme.
§ 1. Nous venons de faire voir en quoi consistent les différentes sortes de besoins, et comment ils sont la cause des degrés de vivacité avec lesquels les facultés de l'âme s'appliquent à un bien dont la jouis-sance devient nécessaire. Or, le désir n'est que l'action même de ces facultés, lorsqu'elles se dirigent sur la chose dont nous sentons le besoin \
§ 2. Tout désir suppose donc que la statue a 1 idée de quelque chose de mieux que ce qu'elle est dans ce moment, et qu'elle juge de la différence de deux états qui se succèdent. S'ils diffèrent peu, elle souffre moins, par la privation de la manière d'être qu'elle désire; et
1. Loijique; Leçons préliminav-es du Cours d'éliides. Note de lal^éd. : Los mois « lor:^qu''elles se diriçicnt sur la chose dont n('US sentons le hesoin, » ne figurent pas dans la f'' édition. Sur le désir, voyez Iniroduclion, et pages 442 et l.'io.
j'appelle malaise, ou léger mécontentement ^ le sentiment qu'elle éprouve : alors l'action de ses facultés, ses désirs sont plus faibles. Elle souffre au contraire davantage, si la différence est considérable; et j'appelle mqniétîide , ou même ^owrmew/, l'impression qu'elle ressent : alors l'action ' de ses facultés, ses désirs sont plus vifs. La mesure du désir est donc la différence aperçue entre ces deux états; et il suffit de se rappeler comment l'action des facultés peut acquérir ou perdre de la vivacité, pour connaître tous les deg-rés dont les désirs sont susceptibles.
§ 3. Ils n'ont, par exemple, jamais plus de violence que lorsque les facultés de la statue se portent à un bien, dont la privation produit une inquiétude d'autant plus grande qu'il diffère davantag^e de la situation présente. En pareil cas, rien ne la peut distraire de cet objet : elle se le rappelle, elle l'imagine; toutes ses facultés s'en occupent uniquement. Plus par conséquent elle le désire, plus elle s'accoutume à le désirer. En un mot, elle a pour lui ce qu'on nomme passion, c'est-àdire, un désir qui ne permet pas d'en avoir d'autres, ou qui du moins est le plus dominant,
§ 4. Celte passion subsiste tant que le bien qui en est l'objet, continue de paraître le plus agréable, et que sa privation est accompagnée des mêmes inquiétudes. Mais elle est remplacée par une autre, si la statue a occasion de s'accoutumer à un nouveau bien, auquel elle doit donner la préférence.
§ 5. Dès qu'il y a en elle jouissance, souffrance, besoin, désir, passion, il y a aussi amour et haine. Car elle aime une odeur agréable, dont elle jouit, ou qu'elle désire.
1. Il convient de remarquer ce mot qui revient si souvent dans Cundillac.
L'I/i TRAIÏK
Elle hait une odeur désagréable, qui la fait souffrir ; enfin, elle aime moins une odeur moins agréable, qu'elle voudrait changer contre une autre. Pour s'en convaincre, il suffit de considérer qu'aimer est toujours synonyme de jouir, ou de désirer ; et que haïr l'est également de souffrir du malaise, du mécontentement à la présence d'un objet.
§ C. Comme il peut y avoir plusieurs degrés dans l'inquiétude que cause la privation d'un objet aimable, et dans le mécontentement que donne la vue d'un objet odieux, il en faut également distinguer dans l'amour et dans la haine. Nous avons même des mots à cet usage : tels sont ceux de goût, penchant, inclination ; d'éloignement, répugnance, dégoût. Quoiqu'on ne puisse pas substituer à ces mots ceux d'amour et de haine, les sentiments qu'ils expriment ne sont néanmoins qu'un commencement de ces passions ; ils n'en diffèrent que parce qu'ils sont dans un degré plus faible.
§ 7. Au reste, l'amour dont notre statue est capable, n'est que l'amour d'elle-même, ou ce qu'on nomme l'amour-propre. Car dans le vrai elle n'aime qu'elle, puisque les choses qu'elle aime ne sont que ses propres manières d'être.
§ 8. L'espérance et la crainte naissent du même principe que l'amour et la haine.
L'habitude où est notre statue d'éprouver des sensations agréables et désagréables, lui fait juger qu'elle en peut éprouver encore ^ Si ce jugement se joint à l'amour d'une sensation qui plaît, il produit l'espérance ; et s'il se joint à la haine d'une sensation qui déplaît, il forme la crainte. En effet, espérer, c'est se flatter de la jouis-
1. l'" édition : « qu'oiie en peut encore éprouver des uns et des autres. »
DES Sl-IN'SATIONS 215
sance d'un bien ; craindre, c'est se voir menacé d'un mal. Nous pouvons remarquer que l'espérance et la crainte contribuent à augmenter les désirs. C'est du combat de ces deux sentiments que naissent les passions les plus vives.
§ 9. Le souvenir d'avoir satisfait quelques-uns de ses désirs, fait d'autant plus espérer à notre statue d'en pouvoir satisfaire d'autres que ne connaissant pas les obstacles qui s'y opposent, elle ne voit pas pourquoi ce qu'elle désire ne serait pas en son pouvoir, comme ce qu'elle a désiré en d'autres occasions. A la vérité, elle ne peut s'en assurer ; mais aussi elle n'a point de preuve du contraire. Si elle se souvient surtout que le même désir, qu'elle forme, a d'autres fois été suivi de la jouissance, elle se flattera, à proportion que son besoin sera plus ^rand. Ainsi deux causes contribuent à sa confiance : l'expérience d'avoir satisfait un pareil désir, et l'intérêt qu'il le soit encore *. Dès lors elle ne se borne plus à désirer, elle veut ; car on entend par volonté, un désir absolu, et tel que nous pensons qu'une chose désirée est en notre pouvoir *.
t. Il en est de uotre otulue cumme de tous les lioiuiues. Nous uous couduisous d'après l'expérience, et nous nous faisons iliffrrentes règles de probabilité, suivant l'intérêt qui nous domino. S'il est grand, le plus léger degré de probabilité nous suffit ordinairement ; et lorsque nous sommes assez sages pour ne uous déterminer que sur une probabilité bien fondée, ce n'est souvent que parce que nous avons peu d'intérêt à agir. (Noie de Condillac.)
2. Voyez uotre Introduction, et pages li2 et Ijli; Logique. cb. viu.
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