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2. Dans le ch. ii, 10 (page 191). Condillac dit que le discernement se produit, non parce que la statue sent qu'une odeur cesse de se produire, mais au contraire parce qu'elle se main • tient encore actuelleuaent. Il revient ici sur l'origine de la notion de durée et semble ainsi reconnaître l'insuffisance de sa déduction.
3. Art de penser, 112 : « L'idée de durée n'est qu'une abstraction ; c'est d'après la succession de nos idées que nous nous représentons la durée des choses qui sont hors de nous... — 147 : Parce
qu'il jugera à propos, et les substituer à celles que j'ai cru devoir préférer.
§ 12. Le passage d'une odeur à une autre ne donne à notre statue que l'idée du passé. Pour en avoir une de l'avenir, il faut qu'elle ait eu à plusieurs reprises la même suite de sensations, et qu'elle se soit fait une habitude de juger qu'après une modification une autre doit suivre.
Prenons pour exemple cette suite : jonquille, rose, violette. Dès que ces odeurs sont constamment liées dans cet ordre, une d'elles ne peut affecter son organe qu'aussitôt la mémoire ne lui rappelle les autres dans le rapport où elles sont à l'odeur sentie. Ainsi qu'à l'occasion de l'odeur de violette, les deux autres se retraceront
que l'idée de durée subsiste également, lorsqu'on substitue aux sensations de la vue celles de l'odorat, à celles de l'odorat celles de l'ouïe, etc. on juge qu'on pourrait l'avoir sans la vue, sans l'odorat, sans l'ouïe; on conclut précipitamment qu'on l'aurait encore quand même on aurait été privé de tous les sens, et on ne doute pas qu'elle ne soit innée. Voilà pourquoi ou a été si longtemps avant de remarquer que la durée n'est, par rapport à nous, que la succession de nos sensations. » Ailleurs il dit que la durée n'appartient qu'à des êtres qui changent (Voyez Introduction : Dieu) et que Dieu n'est pas soumis à la durée.
Leibnitz appelle le temps « un ordre des successions » {Lettres à Clarke, lettre 3) ; Kant en fait une forme a priori de notre sensibilité : Condillac s'accorde avec l'un et avec l'autre en ce qu'il ne fait du temps ni un attribut ni une substance. Il diffère de Leibnitz en ce que celui-ci en fait l'ordre des successions intérieures et extérieures en vertu de l'harmonie préétablie, tandis que Condillac voit dans les secondes la raison déterminante des premières. 11 se rapproche de Kant en ce que l'un et l'autre font de la durée une chose subjective ; il en diffère en ce que pour lui c'est une notion a posteriori tandis qu'elle est pour Kant une forme a priori.
Royer-Collard a soutenu que l'idée de durée vient de la conscience, mais qu'elle résulte du sentiment de notre identité continue, qui résulte elle-même de la continuité de notre action et non de la succession de nos pensées. {Œuvres de Reid, traduction Jouffroy, IV, 3G7.)
comme ayant précédé, et qu'elle se représentera une durée passée, de même à Toccasion de l'odeur de jonquille, celles de rose et de violette se retraceront comme devant suivre, et elle se représentera une durée à venir.
§ 13. Les odeurs de jonquille, de rose et de violette peuvent donc marquer les trois instants qu'elle aperçoit d'une manière distincte. Par la même raison, les odeurs qui ont précédé, et celles qui sont dans l'habitude de suivre, marqueront les instants qu'elle aperçoit confusément dans le passé et dans l'avenir. Ainsi, lorsqu'elle sentira une rose, sa mémoire lui rappellera distinctement l'odeur de jonquille et celle de violette; et elle lui représentera une durée indéfinie, qui a précédé l'instant où elle sentait la jonquille, et une durée indéfinie *, qui doit suivre celui où elle sentira la violette,
§ 14. Apercevant cette durée comme indéfinie, elle n'y peut démêler ni commencement ni fin : elle n'y peut même soupçonner ni l'un ni l'autre. C'est donc à son égard une éternité absolue; et elle se sent comme si elle eût toujours été, et qu'elle ne dût jamais cesser d'être*.
En effet, ce n'est point la réflexion sur la succession de nos idées qui nous apprend que nous avons commencé et que nous finirons : c'est l'attention que nous donnons aux êtres de notre espèce, que nous voyons naître et périr. Un homme qui ne connaîtrait que sa propre existence, n'aurait aucune idée de la mort ".
1. Descartes, Lettre XXIII à M. Chanut : « Pour dire qu'une chose est indéfinie, il suffit de n'avoir poiùt de.'raison par laquelle on puisse prouver qu'elle ait des bornes. »
2. La pensée serait plus exacte si on lui donnait une forme négative : La statue ne pense ni qu'il y a eu un moment où ell3 n'était pas, ni qu'il y aura un moment où elle pourra cesser d'exister. (Johnson.)
3. Revue philosophique, 1879, I, 323. Laura Bridgmann n'avait aucune idée de la mort ; « Elle décrivait avec des gestes fréué-
§ 15. L'idée de la durée d'abord produite par la succession des impressions qui se font sur l'organe, se conserve, ou se reproduit par la succession des sensations que la mémoire rappelle. Ainsi, lors même que les corps odoriférants n'agissent plus sur notre statue, elle continue de se représenter le présent, le passé et l'avenir. Le présent, par l'état où elle se trouve; le passé, parle souvenir de ce qu'elle a été; l'avenir, parce qu'elle juge qu'ayant eu à plusieurs reprises les mêmes sensations, elle peut les avoir encore.
Il y a donc en elle deux successions : celle des impressions faites sur l'organe, et celle des sensations qui se retracent à la mémoire,
§ 16. Plusieurs impressions peuvent se succéder dans l'organe, pendant que le souvenir d'une même sensation est présent à la mémoire ; et plusieurs sensations peuvent se retracer successivement à la mémoire, pendant qu'une même impression se fait éprouver à l'organe. Dans lé premier cas, la suite des impressions qui se font à l'odorat, mesure la durée du souvenir d'une sensation : dans le second, la suite des sensations qui s'offrent à la mémoire, mesure la durée de l'impression que l'odorat reçoit *.
li([ues l'horreur qu'elle ressentit lorsqu'à l'âge de sept ans elle toucha un cadavre. Toutefois cette horreur ne venait pas d'une, idée exacte de ce qu'est un cadavre, mais de ces sensations nouvelles de froid et de rigidité inflexible. Elle manifesta la même terreur après son entrée à l'asile (elle y entrai l'âge de huit ans, six ans après avoir perdu la vue, l'ouïe et l'odorat) en apprenant la perte de quelques-unes de si;s compagnes, et elle refusait naïvement d'admettre qu'elle dût subir la même loi. »
1. Art de 7'aisonner, 87 : « Nous ne jugeons de la durée que par la succession de Jios idées. Mais cette succession n'a rien de lixe. Si, transportant cette succession hors de nous, nous l'attribuons il tous les êtres qui existent, nous ne savons pas ce que nous leur attribuons. Nous nous représentons cependant une éternité qui n'a ni commencement ni un. Mais les parties de
Si, par exemple, lorsque la statue sent une rose, elle se rappelle les odeurs de tubéreuse, de jonquille et de violette, c'est à la succession qui se passe dans sa mémoire qu'elle ju^e de la durée de sa sensation : et si, lorsqu'elle se retrace l'odeur de rose, je lui présente rapidement une suite de corps odoriférants, c'est à la succession qui se passe dans l'organe qu'elle juge de la durée du souvenir de cette sensation. Elle aperçoit donc qu'il n'est aucune de ses modifications qui ne puisse durer. La durée devient un rapport sous lequel elle les considère toutes en général, et elle s'en fait une notion abstraite.
Si dans le temps qu'elle sent une rose, elle se rappelle successivement les odeurs de violette, de jasmin et de lavande, elle s'apercevra comme une odeur de rose qui dure trois instants : et si elle se retrace une suite de vingt odeurs, elle s'apercevra comme étant odeur de rose depuis un temps indéfini; elle ne jugera plus qu'elle ait commencé de l'être, elle croira l'être de toute éternité.
§ 17. Il n'y a donc qu'une succession d'odeurs transmises par l'organe, ou renouvelées par la mémoire, qui puisse lui donner quelque idée de durée. Elle n'aurait jamais connu qu'un instant, si le premier corps odoriférant eût agi sur elle d'une manière uniforme, pendant une heure, un jour ou davantage; ou si son action eût varié par des nuances si insensibles qu'elle n'eût pu les remarquer.
Il en sera de même si, ayant acquis l'idée de durée.
cette durée ne sont-elles que des instants indivisibles? Comment donc forment-elles une durée ? Et si elles durent, comment durent-elles elles-mêmes? Tout cela est incompréhensible. Nous ne saurions faire de la durée qu'avec de la durée, c'est-à-dire que nous n'en saurions faire. »
elle conserve une sensation sans faire usage de sa mémoire, sans se rappeler successivement quelques-unes des manières d'être par où elle a passé. Car à quoi y distinguerait-elle des instants? Et si elle n'en distingue pas, comment* apercevra-t-elle la durée?
L'idée de la durée n'est donc point absolue, et lorsque nous disons que le temps coule rapidement ou lentement, cela ne signifie autre chose sinon que les révolutions qui servent à le mesurer, se font avec plus de rapidité ou avec plus de lenteur que nos idées ne se succèdent*. On peut s'en convaincre par une supposition.
§ 18. Si nous imaginons qu'un monde composé d'autant de parties que le nôtre ne fût pas plus gros qu'une