‹ Traité des sensations, première partieChapitre 155 sur 190 · Ir» édition : « en apercevra · texte numérisé non relu

Ir» édition : « en apercevra

2. Le célèbre mangeur d'opîum Tb. de Quincey, augmentant sa dose d'opium habituelle, croyait qu'en une nuit il avait vécu mille ans ou plutôt un laps de temps qui excède la limite de toute expérience humaine, M. Maury {le Sommeil et les Rêves, ch. V, p. 138-139) cite un certain nombre de faits curieux. Il nous suffit de rappeler le plus caractéristique. M. Maury était encore endormi lorsque le bâton qui soutenait les rideaux du lit lui tomba sur le cou et le réveilla. Dans l'intervalle de quelques secondes qui sépara la chute du bâton et le réveil, M. Maury rêva qu'il était accusé, arrêté, qu'il comparaissait devant le tribunal révolutionnaire, qu'il entendait le réquisitoire de Fouquier-Tinville, qu'il était condamné, mis dans la charrette, qu'il montait sur l'échafaud et que le couteau lui tombait sur le cou. Brierre de Boismont (Des hallucinations, observation n^) cite des faits analogues. On a souvent remarqué que dans un grand danger toute notre vie se représente devant nous en l'espace de quelques secondes. Au contraire, chez l'idiot, le crétin, chez certains paralytiques ou malades, la lenteur de la pensée est frappante. « Les idées sont tellement disjointes que l'intervalle qui les sépare est appréciable à tout le monde. »

Les travaux de Donders, de Helmholtz, d'Exner, de Kries, d'Auerbach, surtout de Wundt et de ses disciples, ont fait entrer l'élude de cette question dans une voie véritablement sclentitique. M. Ribot a fait connaître les résultats déjà obtenus dans la Psychologie allemande, 2" édition, ch. viii.

Il convient de remarquer l'exactitude et la précision des analyses de CondlUac.

noisette, il est hors de doute que les astres s'y lèveraient et s'y coucheraient des milliers de fois dans une de nos heures; et qu'organisés comme nous le sommes, nous n'en pourrions pas suivre les mouvements. Il faudrait donc que les organes des intelligences destinées à l'habiter fussent proportionnés à des révolutions aussi subites'.

Ainsi, pendant que la terre de ce petit monde tournera sur son axe, et autour de son soleil, ses habitants recevront autant d'idées que nous en avons pendant que notre terre fait de semblables révolutions. Dès lors, il est évident que leurs jours et leurs années leur paraîtront aussi longs que les nôtres nous le paraissent.

En supposant un autre monde, auquel le nôtre serait aussi inférieur qu'il est supérieur à celui que je viens de feindre , il faudrait donner à ses habitants des organes dont l'action serait trop lente pour apercevoir les révolutions de nos astres. Ils seraient par rapport à notre monde, comme nous par rapport à ce monde, gros comme une noisette. Ils n'y sauraient distinguer aucune succession de mouvement.

Demandons enfin aux habitants de ces mondes quelle en est la durée : ceux du plus petit* compteraient des millions de siècles, et ceux du plus grand, ouvrant à peine les yeux, répondront qu'ils ne font que de naître.

La notion de la durée est donc toute relative : chacun n'en juge que par la succession de ses idées; et vraisem-

1. Malebranche fait uae pareille supposition, pour prouver que nous ne jugeons de la grandeur des corps que par les rapports qui sont entre eux et nous. {Rech. de la Vér., liv. I, chap. vi,) [Noie de Condillac.) — « Imaginons-nous, dit Malebranche^ que Dieu ait fait en petit et d'une portion de matière de la grosseur d'une balle un ciel et une terre, et des hommes sur cette terre, avec les mêmes proportions qui sont observées dans ce grand monde. Ces petits hommes auraient des idées de la grandeur des corps bien différentes de celles que nous en avons. »

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