l'o édition : « qui les sépare
4. Dans tout ce paragraphe où Gondillac soutient que l'œil ne voit pas par lui-même les grandeurs et les figures, il combat les idées que Diderot avait exposées dans la Lettre sur les Aveugles. Il l'indique lui-même dans l'Extrait raisonné, p. 160.
nos sensations portent avec elles. Nos connaissances se bornent uniquement aux idées que nous avons appris à remarquer : nos besoins sont la seule cause qui détermine notre attention aux unes plutôt qu'aux autres ; et celles qui demandent un plus grand nombre de jugements, sont aussi celles que nous acquérons les dernières. Or je n'imagine pas quelle sorte de besoin pourrait engager notre statue à former tous les jugements nécessaires, pour avoir l'idée de la figure la plus simple *.
D'ailleurs quel heureux hasard réglerait le mouvement ' de ses yeux, pour leur en faire suivre le contour? Et lors même qu'ils le suivraient, comment pourrait-elle s'assurer de ne pas passser continuellement d'une figure à une autre? A quoi pourra-t-elle juger que trois côtés, qu'elle a vus l'un après l'autre, forment un triangle? 11 est bien plus vraisemblable que sa vue, obéissant uniquement à l'action de la lumière, errera dans un chaos de figures : tableau mouvant, dont les parties lui échappent tour à tour.
Il est vrai que nous ne remarquons pas les jugements que nous portons pour saisir l'ensemble d'un cercle ou d'un carré. Mais nous ne remarquons pas davantage ceux qui nous font voir les couleurs hors de nous. Cependant
1. On aperçoit clairement dans ces passages l'inconvénient de la méthode employée. Admettons qu'il en soit comme Condillac le veut, pour sa statue, si cette « cho>;e monxtrueuse » pouvait jamais exister. Qu'en résulterait-il pour la connaissance de l'homme ? L'homme n'est pas une statue qui puisse être ainsi privée des sensations organiques et réduite à tel ou tel sens ; du moment que les suppositions ne peuvent servir, directement ou indirecli-ment, à nous faire connaitre la réalité, elles sont plus dangereuses qu'utiles.
2. Condillac accorde à l'œil le mouvement réflexe; il ne croit pas que noua puissions apprendre, sans le toucher et la mnin, à diiiger les mouvements de l'œil. Voyez page 2"59.
il sera démontré * que cette apparence est l'effet de certains jugements que l'habitude nous a rendus familiers. Qu'on nous offre un tableau fort composé : l'étude que nous en faisons, ne nous échappe pas; nous nous apercevons que nous comptons les personnages, que nous en parcourons les attitudes, les traits, que nous portons sur toutes ces choses une suite de jugements, et que ce n'est qu'après toutes ces opérations que nous les embrassons d'un môme coup d'oeil. Or les yeux de notre statue seraient obligés de faire, pour voir une figure entière, ce que les nôtres font pour voir un tableau entier. Nous l'avons fait sans doute* nous-mômes la première fois que nous avons appris à voir un carré. Mais aujourd'hui la rapidité avec laquelle nous en parcourons par habitude les côtés, ne nous permet plus de nous apercevoir de la suite de nos jugements. Il est raisonnable de penser que, lorsque nos yeux n'étaient point exercés, ils ont été dans la nécessité de se conduire, pour voir les objets les plus simples, comme ils se conduisent actuellement pour en voir de plus composés.
§ 9'. Nous ne jugeons des situations que parce que nous voyons les objets dans un lieu où ils occupent chacun un espace déterminé; et nous ne jugeons du mouvement que parce que nous les voyons changer de situation. Or la statue ne saurait rien observer de semblable dans les sensations qui la modifient. Si c'est au tact*, comme nous le prouverons', à*^ nous faire remar-
1. Voyez nie partie, ch." m. Voyez page 164, Précis de la troisième pai'tie,
2. Cela est possible ; mais à quoi reconnaissez-vous qu'il en a été ainsi ?