LE TRAITÉ DES ANIMAUX XXVII
et sur les sens; puis il donna dans une seconde partie ses idées sur le sujet dont Buffon paraissait avoir fait son domaine.
La critique de Condillac est des plus vives : « C'est souvent la vanité, dit-il, qui enfante les systèmes; c'est le motif secret qui porte les philosophes à expliquer la nature sans l'avoir observée; c'est elle qui les fait généraliser sans justesse ni précision, et jeter un regard méprisant sur ces sages observateurs qui ne parlent que d'après ce qu'ils voient, et ne voient que ce qui est. C'est à ces seuls petits esprits, comme on les appelle, qu'il appartient pourtant de généraliser. M. de Buffon adopte sur la nature des animaux des principes si différents qu'il est impossible de découvrir un point fixe auquel on puisse rapporter toutes ses réflexions; avec quelque attention qu'on le lise, sa pensée échappe quand il parle de sensations corporelles, quand il mentionne dans l'homme deux principes différents dont les combats font naître nos contradictions, dont l'un cependant est infiniment subordonné à l'autre, tandis qu'ailleurs il nous le montre prenant un empire absolu... Le mécanisme de M. de Buffon n'explique rien, et d'après ses principes mêmes, on peut prouver que les bêtes comparent, jugent, qu'elles ont des idées et de la mémoire. On ne trouve ni plus de logique ni plus de vérité dans ce qu'il a dit des sens et de l'homme dont il ouvre pour la première fois les yeux à la lumière. »
Condillac parle ensuite de ces philosophes qui agitent chaque question comme s'ils allaient développer les ressorts les plus secrets des phénomènes; qui donnent pour neufs des principes rebattus, qui font des efforts, non pour rien établir, mais pour faire valoir leurs veilles;