XXX CONDILLAC
Si les amis de Buffon jugèrent sévèrement le Traité des Animaux, il fut en revanche longuement analysé et loué par les journalistes de Trévoux, auxquels Condillac témoigna sa reconnaissance'. Quant au jugement définitif qu'il convient de porter sur les deux adversaires, il nous semble que Vicq d'Azyr l'eût donné aussi exact que possible, s'il eût montré un peu moins d'enthousiasme pour l'un et pour l'autre *.
Il semble que Condillac ait envoyé alors à Voltaire ses ouvrages. Celui-ci lui écrit en 1756 une lettre où il cache des critiques fort justes sous des compliments très flatteurs. « Enfin j'ai trouvé le temps de vous lire avec l'attention que vous méritez. Je trouve que vous avez raison dans tout ce que j'entends, et je suis sûr que vous auriez raison encore dans les choses que j'entends le moins et sur lesquelles j'aurais quelques petites difficultés. II me semble que personne ne pense ni avec tant de profondeur ni avec tant de justesse que vous.
« J'ose vous communiquer une idée que je crois utile au genre humain. Je connais vos trois ouvrages, V Essai sur l'Origine des connaissances humaines, le Traité des Sensations et celui des Animaux. Peut-être quand vous fîtes le premier, ne songiez-vous pas à faire le second, et quand vous travaillâtes au second, vous ne songiez pas au troisième. J'imagine que depuis ce temps-là il vous est venu quelquefois la pensée de rassembler en un corps les idées qui régnent dans ces trois volumes et d'en faire un ouvrage méthodique et suivi qui contiendrait tout ce
1. Dans une lettre adressée par lui à l'auteur des Lettres à un Américain.