LE COURS D'ÉTUDES XXXVII
fait de mal. 11 faut qu'il respecte leurs vertus, qu'il chérisse leurs lalents, qu'il haïsse leurs vices. L'histoire doit donc èire pour lui un cours de morale et de législation : elle doit donc embrasser les gouvernements, les mœurs, les opinions, les abus, les arts, les sciences, les révolutions, leurs causes, les progrès et la décadence des empires; tout ce qui concourt à former les sociétés civiles, à les perfectionner, à les défendre, à les corrompre, à les détruire.
M. de Kéralio, de son côté, lui enseignait les mathématiques en suivant la même méthode : il lui apprit de même l'astronomie, la géographie, l'architecture militaire, l'artillerie raisonnée, l'attaque et la défense des places. Les Pères le Seur et Jacquier vinrent à Parme faire un cours de physique expérimentale; ils lui firent revoir tout ce qu'il avait acquis de connaissances en mathématiques et lui firent même commencer le calcul diiîérentiel.
L'infant reçut donc, comme le remarque Grimm dont le témoignage n'est pas suspect, une éducation véritablement digne d'un prince, et tous ceux qui prendront la peine de paicourir le Cours d'études ne pourront que répéter son jugement. Il ne semble pas cependant que Condillac ait réussi à faire de son élève un grand homme ou même un homme supérieur. « J'apprends, écrit d'Alembert à Voltaire en 1769, que ce prince passe la journée à voir des moines et que sa femme, Autrichienne et superstitieuse, sera la maîtresse. » Pas plus que l'élève de Fénelon, l'élève de Condillac ne sut distinguer entre la vraie piété que son précepteur avait essayé de faire naître en lui et les pratiques de dévotion qui conviennent
XXXVIIT CONDILLAC
à un moine, mais non à un souverain. € Où il n'y a point d'âme, ajoute d'Alembert, l'éducation n'a rien à faire. » Cependant l'infant de Parme, comme le duc de Bourgogne, était bien doué, et Gondillac sut comme Fénelon, et mieux peut-être que Bossuet, se mettre à la portée de son élève. Mais à côté du précepteur se trouvaient les courtisans, dont les flatteries étaient capables de gâter les meilleurs naturels et de détruire l'eflet des meilleures leçons. Un prince à qui on répète souvent qu'il est le maître absolu, ne tarde pas à oublier les conseil s de ceux qui lui ont dit qu'il devait se rendre digne du pouvoir qui lui est confié.
En 1764, Gondillac fut atteint de la petite vérole et Voltaire le crut mort un instant. « Vous savez sans doute, écrit-il à d'Argental, que vous avez perdu l'abbé de Gondillac, mort de la petite vérole et des médecins d'Italie. Nous perdons là un bon philosophe, w D'Alembert détrompa Voltaire : « Vous avez cru comme moi sans fondement, lui écrit-il, que l'abbé de Gondillac était mort; heureusement il est tiré d'affaire et reviendra bientôt chez nous jouir de la fortune et de la réputation qu'il mérite. La philosophie aurait fait en lui une grande perte. En mon particulier, j'en aurais été inconsolable. » Voltaire, à son tour, détrompe ceux qui avaient cru à cette fausse nouvelle : « Vous savez à présent, écrit-il à M. Bordes, que l'abbé de Gondillac est ressuscité, et ce qui fait qu'il est ressuscité, c'est qu'il n'était pas mort. Dieu merci, voilà un philosophe que la nature nous a conservé. Il est bon d'avoir un lockiste de plus dans le monde lorsqu'il y a tant d'asinistes, de jansénistes, etc. » Rousseau, qui était en correspondance avec Deleyre et le priait de