XLIV CONDILLAC
le philosophe a Tair de découvrir ou de retrouver la science des nombres, fait réellement de son ouvrage une sorte de méthode vivante '. Après avoir refait, dans l'espace de quelques années et par la seule puissance de sa méthode, les principales découvertes dont le génie ma" thématique n'avait pu se rendre maître que par les efforts combinés et successifs des plus grands hommes de tous les pays et de tous les siècles, il aurait cru, nous assurent les éditeurs de ce dernier ouvrage, ne s'être placé encore qu'à l'entrée de la carrière qu'il voyait s'ouvrir devant lui. Ce qu'il avait principalement en vue, c'était de débrouiller le chaos où les abus et les vices du langage ont plongé les sciences morales et métaphysiques. Ce qu'il avait communiqué de son projet à quelques amis, ce qu'il a fait dans sa Logique, le degré étonnant de simplicité auquel sur la fin de ses jours il avait porté son esprit, enfin ce qu'il annonce dans l'introduction de la Langue des Calculs : « Les mathématiques dont je traiterai, sont dans cet ouvrage un objet subordonné à un objet bien plus grand; » tout nous donne la conviction la plus entière qu'il ne se serait pas borné à perfectionner une langue qui, tout admirable qu'elle est, ne sera jamais parlée que par un petit nombre d'hommes.
Les éditeurs eussent pu ajouter qu'en parcourant la carrière qui s'ouvrait devant lui avec la Langue des calculs, il n'eût fait que mettre à exécution le projet qu'il annonçait dans son premier ouvrage: Il me parut, dit-il, qu'on pouvait raisonner en métaphysique et en morale avec autant d'exactitude qu'en géométrie. Nous avons la
- 1. Robert, ouvr. cité, p. 98.