‹ Traité des sensations, première partieChapitre 42 sur 190 · SA PHILOSOPHIE XLIX · texte numérisé non relu

SA PHILOSOPHIE XLIX

auti'es. On a été longtemps avant d'avoir beaucoup de bonnes observations, avant de savoir raisonner sur les observations faites, avant de savoir distribuer les observations et les raisonnements dans un ordre systématique. Les Grecs avaient, à un moment donné, si peu de connaissances qu'ils n'en formaient qu'une seule masse dans laquelle ils ne distinguaient ni genres ni espèces. C'est ainsi qu'ils confondaient sous un seul nom lu poésie, l'éloquence, la musique, Ibistoire, la morale, lu politique, la religion, la philosophie '. Le besoin les avait amenés à observer la nature; ils crurent avoir vu les moyens par lesquels elle procède et tentèrent des expériences qui leur firent voir leurs méprises. Ils observèrent de nouveau et firent de nouvelles expériences. Stimulés par le besoin, les hommes firent ainsi des progrès dans certains arts et dans certaines sciences : dans l'astronomie nécessaire à l'agriculture, dans la géométrie nécessaire à l'astronomie elle-même; dans d'autres au contraire, comme dans l'art militaire et dans l'art de gouverner les peuples, on resta longtemps stationnai re, parce qu'on n'avait pas l'occasion de remarquer les fautes commises. Les philosophes, en observant la nature, ne pensèient point à en classer les objets pour les étudier avec ordre; mais portant leur attention à des études différentes, ils distinguèrent peu à peu plusieurs sciences, et on adopta ces distinctions faites sans plan et pour ainsi dire au hasard'.

1. Ilisloire ancienne, II, p. 88. Nous ferous l'exposiliou de la philosophie de Condillac en nous servant, mitant que possible, des termes dont il s'est servi lui-même.

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