L CONDILLAC
Los premiers pliilo.sophes n'ont pas 6iè heureux dans leurs recherches sur la nature. Ils ont regardé autour d'eux et ils ont cru aussitôt tout conaprendre. Il sennble qu'ils se soient dit tout d'abord : Nous pouvons rendre raison de tout, puisque nous voyons tout. Avant d'avoir rien observé, ils entreprirent de tout expliquer; ils se posèrent des questions avant de savoir s'il était possible ou non de les résoudre; ils se flattèrent de tout découvrir sans avoir de moyen pour faire leurs recherches, sans savoir même ce qu'ils cherchaient. Ils voyaient comme en songe l'univers se former à leurs yeux : ils rêvaient les principes des choses, leurs essences, leur génération, et ils ne s'éveillaient point *. La philosophie est un océan, et les philosophes n'ont été souvent que des pilotes dont les naufrages nous font connaître les écueils que nous devons éviter *.
Il faut donc étudier les philosophes anciens, comme un pilote étudie les naufrages de ceux qui ont navigué avant lui. C'est en observant les routes qui les ont engagés d'erreurs en erreurs que nous apprendrons à éviter les absurdités qu'ils ont dites, et que nous trouverons le chemin des découvertes. C'est ainsi que Socrate, le plus savant, le plus vertueux et le plus modeste des Grecs, fit une révolution en philosophie, en s'appliquant surtout à montrer les bornes que nous ne devons pas tenter de franchir, en blâmant la manie des philosophes qui croyaient découvrir l'origine et la génération des choses, en faisant de la morale sa principale étude. Aristippe est le premier qui ait bien parlé sur les sens qui peuvent nous