SA PHILOSOPHIE LI
faire connaître les choses par rapport à nous, mais qui ne sauraient faire découvrir ce qu'elles sont en elle?, mêmes. Platon, combinant les systèmes condamnés par son maître pour en faire un système nouveau, est un de ceux qui ont retardé les progrès de la raison. On démêle dans Aristote une grande érudition, un génie vaste, et les ouvrages où on l'entend, font regretter qu'on ne l'entende pas également dans tous. Il établit, dans sa rhétorique et sa poétique, des principes qui, vrais en général, ont été adoptés par les meilleurs esprits. Sa logique est moins bonne; on y admire une très grande sagacité, mais il s'arrête beaucoup plus au mécanisme du raisonnement qu'au raisonnement lui-même. Sa physique, si l'on en excepte l'histoire des animaux, est le plus imparfait de ses ouvrages. Il eût été un bon observateur; il voulut deviner la nature et fit un système. Pyrrhon exagéra la faiblesse de l'esprit humain ; mais il faut convenir qu'il était moins déraisonnable de douter de tout avec lui que de croire quelque chose avec les autres philosophes de son siècle. Zenon ne se borna pas à la morale ; il voulut comme les autres expliquer la génération des choses. Epicure avait réfléchi sur les abus de la dialectique et il a, mieux qu'aucun des anciens, senti comment nos connaissances nous viennent des sens. C'est en morale qu'il a le mieux raisonné ; mais en physique il n'a guère eu que des opinions absurdes et contradictoires. L'erreur des philosophes grecs a été de juger qu'avec des définitions ils montreraient l'essence des choses en physique, parce qu'avec des définitions ils la montraient en géométrie. Ils auraient dû analyser les objets de la nature et ils se sont contentés de les classer, et quoiqu'il