LVI CONDILLAC
et les a rendus capables de perfectionner à la fuis toutes les sciences et tous les arts.
La vraie philosophie date donc du .wii" siècle, de l'époque où, au lieu de deviner la nature, on l'a patiemment observée ' .
Il en est de même de la métaphysique. Il ne faut pas entendre par là la science vaine créée par Aristote qui ramassa toutes les idées abstraites, telles que l'être, la substance, les principes, les causes, les relations et autres idées semblables et se proposa de traiter de tout en général avant d'avoir rien observé, c'est-à-dire de parier de tout avant d'avoir rien appris. Il faut ne comprendre sous ce nom que l'analyse de nos idées, analyse qui n'est pas une science séparée des autres sciences *. Elle doit être précédée d'une autre science qui étudie ce que sont nos idées et comment elles se forment. On pourrait nommer Psychologie la science qui étudierait ainsi l'origine et la génération de nos connaissances.
Les logiques faites avant lexvn" siècle sont mauvaises, comme le serait une poétique faite par un peuple qui n'aurait pas de bons poètes. Bacon vint et, considérant
1. Le IX" volume de l'Histoire moderne est consacré tout entier à l'exposition des révolutions dans les lettres et dans les sciences depuis le xv« siècle. Gondillac a encore montré le progrès des sciences et exposé longuement les découvertes faites au xvii'î et au xviu» siècle dans l'Art de raisonner. Nous insistons sur ce point parce qu'on a quelquefois présenté Condillac comme ayant séparé la philosophie et les sciences. Ce reproche ne nous parait nullement fondé. Voyez également la Lang'ue des calculs.
2. Condillac distingue également une métaphysique ambitieuse qui n'accumule que des erreurs, et une métaphysique retenue, proportionnant ses recherches à la faiblesse de l'esprit liumain, qui n'acquiert que peu de connaissances, mais évite Terreur. (Essai sur l'Origine des commissances huma'mes.)