SA PHILOSOPHIE LVII
les sciences dans leur origine et dans leurs progrès, trouva dans les découvertes déjà faites le moyen d'en faire de nouvelles, apprit en observant les égarements de l'esprit humain à ne pas s'engager dans les routes qui conduisent à l'erreur. On se plaint avec raison des subdivisions qu'il multiplie trop : la division des sciences et des arts par rapport aux trois facultés de l'entendement, mémoire, imagination, raison, est tout à fait arbitraire; car d'un côté le concours des facultés est nécessaire dans toutes nos études et le nombre trois auquel on les réduit est une division inexacte, résultat d'une analyse grossièrement faite *. Descartes a perfectionné l'art de raisonner en géométrie, mais les autres sciences ne lui ont pas la même obligation. Locke s'est ouvert et frayé une route qui n'avait point été battue avant lui ; il a observé l'esprit humain. L'Essai sur V entendement humain est neuf pour le fond et en général pour les déiails, mais il manque d'ordre ; l'analyse qu'il donne de l'entendement humain est imparfaite ; il n'a pas cherché la génération des opérations de l'àme : Locke n'a pas vu qu'elles ne sont que la sensation transformée, il n'a pas fait consister uniquement l'évidence dans l'identité ; il n'a pas connu que la plus grande liaison des idées est le vrai principe de l'art de penser.
En l'ésumé, la philosophie ou 1 histoire de la nature est à proprement parler la seule science ; mais elle est trop vaste pour nous et nous ne pouvons en saisir que quelques branches. Nous observons des faits ou nous
1. 11 faut se rappeler que Condillac fait sortir de la sensation toutes les opérations de lame.