LVIII CONDILLAC
combinons des notions abstraites : de là la division de la science de la nature en science des vérités sensibles et en science des vérités abstraites. La première est désignée sous le nom général de physique et comprend la physique proprement dite, la chimie, l'optique et ses divisions. La seconde comprend la métaphysique, les mathématiques et la morale. Mais il faut remarquer que, quel que soit le sujet de nos études, les raisonnements abstraits sont nécessaires pour saisir les rapports des idées sensibles, et les idées sensibles sont nécessaires pour nous faire des idées abstraites. C'est ainsi que la métaphysique est de toutes les sciences celle qui embrasse le mieux tous les objets de notre connaissance ; science de vérités sensibles, puisqu'elle étudie ce qu'il y a de sensible en nous, comme la physique étudie ce qu'il y a de sensible au dehors ; science de vérités abstraites, puisqu'elle découvre les principes, forme les systèmes et donne toutes les méthodes de raisonnement. Elle préside à toutes nos connaissances ; elle connaît seule l'esprit humain, et seule peut nous conduire dans l'étude de chaque science, puisqu'il est nécessaire de traiter les sciences relativement à notre manière de concevoir. En ce sens, on peut dire qu'elle comprend la morale, qui est la base de la politique, et les mathématiques elles-mêmes ; elle nous fait connaître la distinction de l'âme et du corps ainsi que l'immortalité de l'âme * ; elle nous élève jusqu'à Dieu et forme la théologie naturelle. En même temps, elle fournit une méthode aux sciences physiques. Condillac comprend ainsi d'abord sous le nom de métaphysique une partie de