LXII CONDILLAC
le sentiment. Mais il n'y a pas de sensations indifférentes ; pour chercher des sensations agréables, pour se dérober aux sensations désagréables, l'àme entre en activité. Quand elle est privée d'un objet qu'elle croit nécessaire à son bonheur, elle éprouve une inquiétude que nous appelons le besoin. Les besoins se répètent ; il s'en forme de nouveaux, et c'est ce qui développe nos connaissances et nos facultés.
Supposons qu'une multitude de sensations se fassent sentir avec le même degré de vivacité et en même temps : la multitude des impressions ôte toute action à l'esprit. Diminuons la force de toutes, une seule exceptée, l'esprit sera occupé plus particulièrement de cette sensation qui conserve toute sa vivacité. Cette sensation devient atte?ition. Si une nouvelle sensation acquiert plus de vivacité que celle-ci, elle deviendra à son tour attention. Mais l'expérience nous prouve que l'impression produite par la première se conserve d'autant plus qu'elle a eu plus de force. Notre capacité de sentir se partage entre la sensation que nous avons eue et celle que nous avons, entre la sensation passée et la sensation actuelle. La mémoire n'est donc qu'une sensation qui ne se fait pas actuellement, mais s'offre à nous comme une sensation qui s'est faite. Si l'on donne son attention en même temps à deux objets, on les compare; on aperçoit entre eux quelque ressemblance ou quelque différence, on juge. La comparaison et le jugement ne sont donc que des sensations transformées. Si l'on conduit successivement son attention sur plusieurs choses, sur plusieurs parties de la même chose, ou sur plusieurs qualités ; si à mesure qu'on la conduit ainsi, on compare ces choses, ces parties, ces qualités ; si