‹ Traité des sensations, première partieChapitre 59 sur 190 · LXVI CONDILLAC · texte numérisé non relu

LXVI CONDILLAC

extérieurs : par lui nous découvrons en nous l'organe de l'odorat; nous en approchons ou nous en éloignons une fleur, nous sentons ou nous ne sentons plus une odeur, nous jugeons qu'elle nous vient de la fleur et nous faisons de l'odeur une qualité des corps. De môme par le toucher nous découvrons en nous un organe de l'ouïe, nous jugeons que le son nous vient des corps, nous faisons des sons les qualités des corps. De plus le toucher nous apprend à juger par l'ouïe des distances et des situations ; mais de tels jugements peuvent nous induire en erreur. Nous portons notre main sur nos yeux, les couleurs disparaissent ; nous la retirons, les couleurs reparaissent; nous les sentons pour ainsi dire au bout de nos yeux comme nous sentons au bout de nos doigts les objets que nous touchons, nous en foimons une surface; puis en touchant un corps qui est devant nos yeux, en le couvrant avec la main, nous substituons une couleur à une autre; en retirant la main, nous faisons reparaître la première couleur. Nous promenons la main sur une surface, nous voyons une couleur qui se meut sur une autre couleur dont les parties paraissent et disparaissent tour à tour : nous attribuons à ce corps la couleur immobile, à la main celle qui se meut. Nous conduisons notre main de nos yeux sur les corps, et des corps sur nos yeux ; nous mesurons la distance ; puis, approchant ou éloignant ces corps, nous étudions les impressions que l'œil en reçoit à chaque fois ; nous nous accoutumons à lier ces impressions avec les distances connues par le tact, nous voyons les objets tantjH plus près, tantôt plus loin, parce que nous les voyons où nous les touchons. Ainsi les yeux distinguent un

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