LA PSYCHOLOGIE LXVII
globe d'un cube, ils jugent des situations, des grandeurs, du mouvement dans l'espace qui se trouve à la portée de notre main. Puis étendant les bras pour saisir ce que nous voyons, il nous arrive de ne rien toucher; nous avançons et nous rencontrons le corps; nous répétons cette observatiou et nous nous accoutumons peu à peu à voir le corps hors de la portée de notre main; nous voyons, d'après les changements qui arrivent dans les impressions visuelles, si le corps se rapproche ou s'éloigne; nous voyons la lumière et les couleurs répandues sur les objets, c'est-à-dire là où nous jugeons qu'elles doivent être. Nous apprenons même à nous passer du toucher : car ayant lié différents jugements à différentes impressions de lumière, nous reproduisons ces jugements dès que les impressions se répètent ; mais nous pouvons nous tromper sur la grandeur, sur la distance et sur la figure d'un corps en jugeant d'après les expériences qui nous ont appris à voir la grandeur, la distance et la figure d'un autre corps ; car nous ne pouvons pas avoir fait autant d'observations qu'il y a d'objets qui réfléchissent différemment la lumière : nos yeux pourront se mettre en contradiction avec le toucher lorsqu'ils apercevront de la convexité sur un relief peint où la main ne percevra qu'une surface, avec eux-mêmes quand ils jugeront, à une certaine distance, ronde et petite la tour qui de près leur paraîtra grande et carrée. Le toucher pourra donc seul nous faire discerner les circonstances où l'on peut se fier au témoignage des sens.
Telles sont les modifications que l'âme éprouve primitivement à l'occasion de chaque sens ; telles sont celles qu'elle éprouve ensuite, lorsque le toucher a fait