‹ Traité des sensations, première partieChapitre 70 sur 190 · LXXVI CONDILLAC · texte numérisé non relu

LXXVI CONDILLAC

conséquent le pouvoir de nous rappeler cet objet ; les mouvements accomplis habituellement par les parties molles et flexibles du cerveau sont liés les uns aux autres, comme les idées sont liées entre elles; un premier mouvement occasionné par l'action d'un objet sur nos sens détermine dans le cerveau une suite de mouvements qui retracent une suite d'idées. Par conséquent une indisposition du cerveau, la vieillesse qui enlève la flexibilité aux fibres cérébrales, peuvent airaiblir, troubler ou môme faire disparaître la mémoire'*

Si l'on considère la mémoire au point de vue psychologique, on devra se rendre compte de ses rapports avec l'imagination et l'attention. L'attention fait subsister dans Tesprit, en l'absence des objets, les perceptions qu'ils ont occasionnées : elle lie les idées qui se sont présentées ensemble ; elle lie, par exemple, le nom d'une chose à son idée. L'imagination a lieu quand, en entendant le nom, nous nous représentons la chose; le souvenir ou la mémoire, quand nous ne nous rappeloub' que les signes ou quelques-unes des circonstances qui ont accompagné les perceptions. Or, l'attention n'est attirée sur les choses que par le rapport qu'elles ont à notre tempérament, à nos passions, à notre état, en un mot à nos besoins : elle liera donc les idées des besoins et les idées des choses qui s'y rapportent. Mais les idées de nos besoins qui tiennent les uns aux autres, sont comme une série de perceptions fondamentales au-dessus

1. Logique, c. ix. Ce chapitre est un des plu» curieux de l'ouvrage. Voyez Ribot, Maladies de la Mémoire. Les conclusions que donne ici Condillac sont justifiées dans ce livre par des exemples iutéresBauts cl biou choisis.

Page 1