LXXVIII CONDILLAC
Il y a des signes naturels : ce sont les cris que la nature a établis pour les sentiments de joie, de crainte, de douleur, etc. Le signe accidentel étant absent, nous n'avons aucun moyen de réveiller l'idée qui y est attachée. Il en est de même du cri, qui n'éveille l'idée en nous que quand le hasard nous le fait entendre. Donc, avec des signes accidentels ou naturels, 1 homme .serait incapable de mémoire; il faut qu'il ait des signes (VinS' titulion, c'est-à-dire des signes choisis par lui et n'ayant qu'un rapport arbitraire avec ses idées. Ces signes, d'abord empruntés au langage d'action dont les éléments sont innés en ce sens qu'ils résultent de notre organisation, ou formés de sons articulés ou de signes écrits, se sont liés aux idées qu'ils représentaient; ils ont été à notre disposition et nous ont permis de rappeler quand nous l'avons voulu les idées auxquelles ils avaient été liés. Le langage a donc facilité la liaison et le rappel des idées : il nous a servi en outre à les analyser, à les distribuer en genres et en espèces. II est nécessaire pour l'exercice des opérations de l'âme; il est nécessaire par rapport aux différentes espèces d'idées, pour l'expression des idées simples comme pour celles des idées complexes*.
La sensation et les opérations qui en découlent, la liaison des idées accompagnée de la liaison des mouvements cérébraux et facilitée par les signes de toute espèce, voilà le point de départ de nos connaissances et les moyens par lesquels nous arrivons à les augmenter de plus en plus.
1. Voyez surtout Essai, Art de penser. Art (Técrire, Grammaire, Logiqne, Langue des calculs, etc. Voyez aussi ce que uous (lisons du langage en parlant de la méthodi'.