LXXX CONDILLAC
présent fuis ou recherchés. Elle se rappelle les méprises où elle est tombée, pour s'être souvent déterminée trop à la hâte, et avoir obéi aveuglément au premier mouvement de ses passions. Elle regrette de ne s'être pas mieux conduite. Elle sent que désormais il dépend d'ollo de se régler d'après les connaissances qu'elle a acquises, et s'accoulumant à en faire usage, elle apprend peu à peu à résister à ses désirs et même à les vaincre. C'est ainsi qu'intéressée à éviter la douleur, elle diminue l'empire des passions, pour étendre celui que la raison doit avoir sur sa volonté et pour devenir libre '. Condillac revient encore plus loin sur le même sujet ; la statue parle de l'état où elle est après avoir reçu successivement l'usage de ses sens : Instruite par l'expérience, dit-elle, j'examine, je délibère avant d'agir. Je n'obéis plus aveuglément à mes passions, je leur résiste, je me conduis d'après mes lumières, je suis libre, et je fais un meilleur usage de ma liberté à proportion que j'ai acquis plus de connaissances *. On ne peut donc pas dire en réalité que Condillac ne parle pas dans le Traité des Sensations de la liberté ; on ne peut pas dire que l'ouvrage soit en contradiction avec l'appendice qui contient une Dissertation sur la liberté. Condillac nous apprend lui-même qu'il a composé cette dissertation pour nous montrer les avantages de la méthode qu'il a suivie dans le Traité des Sensations, et il y répète, en les développant, les idées qu'il a émises dans les deux passages cités plus haut.
1. IVo partie, c. i. Le texte est le même dans la i'» édition (Il8 vol., p. 161) et dans la 2e (p. 339). Dans l'une et dansl'antrf, il renvoie à la Dixsertation sur la Uberlé.
2. IV» partie, c. viii (lr« édition, I. p. 230); 2« édition Cp. ilo).