LA PSYCHOLOGIE LXXXI
Comme il a expliqué successivement l'apparition de toutes les facultés dans la statue, il explique l'apparition de la liberté. Tant qu'elle ne trouve point d'obstacle à ses désirs, elle n'a point l'occasion de délibérer ; mais elle rencontre des obstacles, elle ne trouve pas dans les objets le plaisir qu'elle y avait cherché ou elle y rencontre des maux auxquels elle no s'attendait pas. Elle se rappelle qu'au moment où elle a agi, il y avait d'autres objets dont elle eût pu jouir ; elle juge qu'il eût été en son pouvoir de les préférer comme elle les a préférés dans d'autres circonstances ; elle les regrette, elle se repent d'avoir agi comme elle l'a fait. Elle apprend ainsi combien il lui importe de délibérer avant de se déterminer. Elle compare ses divers désirs en tenant compte des moyens de les satisfaire, des obstacles à surmonter, des plaisirs de la jouissance, des peines auxquelles elle est exposée. Elle cherche non l'objet qui offre le plaisir le plus vif, mais celui où il y a le moins de peine avec le plus de plaisir. Elle résiste à ses désirs, délibère, surmonte quelquefois ses passions et préfère ce qu'elle désirait moins. Sans doute les passions violentes lui enlèvent le pouvoir de délibérer ; mais dans tous les autres cas, elle a assez de connaissances pour être sujette au repentir et elle a ainsi l'occasion de délibérer. Elle reconnaît à propos de chacune de ses actions, prise séparément, qu'elle pourrait ne pas avoir lieu, et se réduire au seul pouvoir. Dès lors elle est libre : car la liberté n'est que le pouvoir de faire ce qu'on ne fait pas, ou de ne pas faire ce qu'on fait. Il serait absurde d'imaginer qu'elle peut se réduire au simple pouvoir par rapport à deux actions contradictoires, qu'elle peut au même