‹ Traité des sensations, première partieChapitre 78 sur 190 · Page · texte numérisé non relu

Page

2. Voyez ce que nous avons dit de la cause et de l'âme. Gondillac se rapproche encore ici de Uescartes. Pour ce dernier, la quantité de mouvement est invariable, la direction de ce mouvenieut peut seule être modiliée par nous : Un pilote habile, dit Condillac, saura suspendre, ariôter la course d un vaisseau; avec un même vent, il en saura varier la direction, et ce n'est que dans la tempête que le gouvernail cessera d'obuir à sa main. Voilà l'image de l'homme.

LXXXIV CONDTLLAC

maux ne sont pas des automates, comme le disent les Cartésiens, puisqu'ils veillent à leur conservation, se meuvent à leur gré, saisissent ce qui leur est propre, rejettent, évitent ce qui leur est contraire, paraissent régler leurs actions par les mêmes sens qui règlent les nôtres. Il y a autre chose en eux que le mouvement : ils sentent. On ne peut d'ailleurs leur accorder la faculté de sentir et expliquer mécaniquement tous leurs actes, comme lofait Biifïon; car d'un côté si les bêtes sentent, elles sentent comme nous ; de l'autre, on ne saurait, en les considérant comme des êtres purement matériels, rendre raison du sentiment qu'on leur accorde; on ne saurait même, en les considérant comme matériels et sensibles, expliquer qu'elles veillent à leur conservation, si on ne leur attribue pas la connaissance. Le développement des facultés de l'animal suit la même marche que celui des facultés de l'homme. Il a un corps organisé d'une façon déterminée et une âme capable de sentir ; les objets agissent sur lui, il éprouve du plaisir ou de la douleur ; il se meut, mais sans pouvoir régler ses mouvements. Il compare les états où il se trouve successivement, observe comment il passe de l'un à Tautre, découvre son corps et y rapporte les impressions que reçoit son âme : le commerce le plus intime s'établit entre son âme et son corps. Peu à peu le corps acquiert y habitude de se mouvoir, en même temps que l'àme acquiert Vhabitude de juger : les besoins produisent à la fois une suite d'idées et une suite de mouvements correspondants. Comme l'homme, les animaux doivent à la liaison des idées la facilité de parcourir les connaissances qu'ils ont groupées autour des besoins. Les

Page 1