LA LOGIQUE LXXXIX
La môme école spiritualiste voit dans la raison la faculté qui nous donne les premiers principes et les notions premières, les principes d'identité et de contradiction, de raison suffisante, de causalité, de substance, de finalité, et les notions d'infini, de parfait, d'absolu. C.ondillac s'est placé à un point de vue tout difTéreiit. Il distingue à propos de la substance ce que nous en savons et ce que nous n'en savons pas : nous savons qu'il y a en nous un être dans lequel nos sensations se succèdent, quelque chose qui est en dessous de nos sensations ; mais nous ne savons quel est cet être , parce que nous ne l'apercevons point en lui-même. De même nous savons qu'il y a quelque chose en dehors de nous, mais nous n'en connaissons pas la nature'. Nous savons donc qu'il y a des substances, mais nous ne pouvons dire quelles elles sont'. De même nous sentons qu'il y a en nous quelque chose qui produit nos mouvements, comme il y a en dehors de nous quelque chose qui meut les corps; nous savons qu'il y a des causes ou des forces, mais nous ne pouvons en connaître l'essence. Gondillac ne nierait donc pas les principes de causalité et de substance; il n'est pas un phénoméniste pur comme Hume ou comme Stuart Mill; mais il on
Philosophie en France au xix« siècle, 2" édition ; Lachelier, Hevue philosophique, mai 1885.)
\. Art de penser, 143.
2. II est intéressant do coaiparer ce que dit Conilillac avec la théorie kantienne des choses en soi. Kant dit quelquefois que nous ne pouvons môiue savoir s'il y a des choses en soi; mais le plus souvent il affirme qu'elles existent et nie que nous puissions rien en savoir de plus. De môme les positivistes parlent « d'un océan qui vient hattre notre rive, et pour lequel nous n'avons ni harque ni voile. » (Littré.)