‹ Traité des sensations, première partieChapitre 98 sur 190 · CIV CONDILLAC · texte numérisé non relu

CIV CONDILLAC

Mais cela n'a lieu que pour les besoins de première nécessité, et nous portons une foule de jugements sur lesquels la nature ne nous avertit plus. Comment alors la plus grande liaison s'établira-t-elle entre nos idées? Condillac croit que la nature nous guide encore par l'ordre même dans lequel elle offre les objets : il y en a qui appellent plus particulièrement les regards, qui sont plus frappants, qui dominent, autour desquels semblent s'arranger tous les autres'. Ainsi se formeront de nouveaux groupes ; mais nous ne trouvons plus, comme à propos des premiers, une explication de la manière dont ils se forment; nous savons même qu'ils se forment de différentes manières, et nous n'avons plus le plaisir ou la douleur pour nous avertir que nous ne suivons pas l'ordre naturel. Gomment savoir alors si nos idées se combinent selon la plus grande liaison ? Condillac nous dit bien qu'il faut éviter la précipitation, qu'il faut faire appel à l'expérience ; mais il nous manque le signe auquel nous pouvons reconnaître que nous ne nous sommes pas trompés; il nous dit bien que la nature nous guide, mais nous n'avons plus le moyen de nous assurer que nous marchons dans la voie qu'elle nous trace. Par suite, il devient assez difficile de donner des règles applicables à l'art de raisonner, et il reste une certaine obscurité sur le principe même auquel Condillac ramène toute la méthode *.

1. Art de penser, ch. v; Essai^\, ch. ix; Logique, ch. i et it.

2. L'école anglaise, qui explique par l'associatiou des iLées i'àme et ses facultés, a essayé de porter plus de précision dans cette question. Les analyses de Hume, de Hartley, de Stuart Mill, de Bain, de Spencer sont intéressantes à ce point de vue; car elles ont pour but principal d'expliquer ce qui n'est pas

LA LOlilQUI-; CV

Le langage.

Si le secret de l'analyse est la liaison des idées, le langage est le moyen qui nous a été donné par la nature pour bien raisonner. Les langues, dit Condillac, sont des méthodes analytiques. A l'origine, nous avons le langage d'action dont les éléments, c'est-à-dire les organes que l'auteur de la nature nous a donnés, sont nés avec l'homme et sont ainsi innés et antérieurs aux idées. De même que notre conformation, dans son ensemble, a été produite par Dieu pour assurer la conservation de notre être, notre conformation extérieure est destinée à représenter tout ce qui se passe dans l'âme ', à exprimer nos sentiments et nos jugements ; nous parlons le langage d'action aussitôt que nous sentons. Le besoin de nous faire entendre, pour recevoir des secours de nos semblables, nous fait observer successivement tous les mouvements qui constituent leurs actions et les nôtres ; puis nous répétons ces mouvements, et le langage d'action devient pour nous une méthode analytique; en décomposant notre action, qui est le tableau de notre pensée, nous décomposons notre pensée ellemême. Ayant ainsi les premiers signes, nous trouverons, en consultant l'analogie, tous les autres et le langage d'action rendra toutes nos idées. Mais l'homuie cesse de parler le langage d'action et le remplace par

suffisamment ('-clairci par ConJillac. Celles qui porli^ul on parliciilier sur les principes directeurs de la connaissance sont justement célèbres.

{. Logique, p. 110.

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