RELÂCHEMENT SIMULTANÉ DES SPHINCTERS
d'autres agents, ainsi que Ta observé M. Brown- Sequard dans ses recherches sur les Batraciens , et ensuite parce qu'à l'instant de îamort il s'opère dans la pupille une énorme dilatation. Nysten a fait de nombreuses expériences sur l'irritabilité de l'iris, dont il a démontré l'existence à l'aide du galvanisme 3 il croit d'ailleurs, comme Haller, que la cause qui fait contracter la prunelle ne subsiste que pendant la vie et aussi longtemps que la rétine est en bon état. Enfin de tous ceux qui ont écrit des traités de physiologie , ou des articles sur la mort, il n'en est aucun qui fasse mention du relâchement de l'ouverture pupillaire au moment de la mort.
Voici enfin le résultat de mes recherches que j'ai été heureux de trouver dans des ouvrages aussi recommandables que ceux de Whytt et de Haller , dont l'autorité est une garantie pour moi.
Dans l'agonie, la pupille se contracte avec force comme dans le sommeil. Elle se Pupiue de rhomme
dans l'cigotiie.
rétrécit d'une manière surprenante, et son diamètre diminue au point d'être compris entre un et deux millimètres, ce qui donne à la pupille la dimension de cette figure.
A l'instant de la mort, tantôt quekfues minutes avant les derniers battements du cœur à l'auscultation; tantôt après, elle se dilate, comme si véritablement la pupille était la fenêtre de l'âme, et, elle prend tout à coup un diamètre considérable Pi.piiie derhomnie qui varic entre cinq et six milli-
api es la niurt.
mètres. Elle offre l'aspect représenté par la figure ci-jointe, qu'elle conserve pendant plusieurs heures, et qu'elle perd malheureusement quelquefois un peu plus tard.
En effet, si ce phénomène avait plus de ténacité, ce serait un excellent signe de la mort , mais il disparaît trop rapidement. Tel qu'il est pourtant, il peut servir h reconnaître une mort récente datant de deux ou trois heures. Passé cette époque, les yeux s'affaissent, la pupille revient insensiblement sur elle-même, de manière à prendre un diamètre ordinaire.
Ces phénomènes nous permettent de rapprocher l'agonie du sommeil , quant au caractère anatomique. Ainsi la pupille est fort contractée dans l'un et l'autre de ces états, et elle se dilate à l'instant du réveil, comme à l'instant de la mort. Ils se confondent également par un autre caractère purement physiologique , puisque de part et d'autre
RELACHEMENT SIMULTAKÉ DÈS SPHINCTEI^S. tVd
la vue est abolie, et la paupière étant soulevée , une lumière placée devant la pupille ainsi rétrécie ne communique aucune sensation au cerveau. L'hommeendormi dont on ouvre les paupières, pas plus que rhomme agonisant, ne sont sensibles aux images qui les entourent.
C'est là un fait qui semble contraire aux lois physiologiques , mais qui ne prouve jusqu'à présent, qu'une chose j c'est que les lois im.posées par la physiologie à l'iris ont besoin d'être révisées. Il est surprenant en effet, de trouver l'iris contracté dans le sommeil, alors que recouvert par la paupière, ou placé dans Tobscurité, son ouverture semble devoir présenter unedilatation considérable. Il n'est pas moins étrange d'observer le pareil phénomène chez l'homme agonisant ; car , si à cette période les sens sont abolis, si les impressions extérieures ne frappent plus la rétine, si en un mot cette membrane est paralysée, loin d'être rétréci , le diamètre de la pupille doit être plus large que de coutume. Il n'en est rien , dans le sommeil et dans l'agonie , la pupille est également contractée et la physiologie de l'iris est à refaire. Il semble que la nature ait voulu ajouter à ses moyens ordinaires de protection, et donnera
riiomme prêt à se reposer ou à l'homme qui va mourir , une ressource de plus dans le voiie qui couvre ses yeux, et les garantit contre des impressions désormais douloureuses.
La violente constriction de la pupille dans l'agonie , et la dilatation énorme qui lui succède à l'heure de la mort , se manifestent h peu près de la même manière , dans toutes les maladies de l'homme. Le phénomène est surtout bien évident dans les agonies de courte durée, et dans les cas de mort violente des animaux. Je l'ai observé chez eux dans l'asphyxie, la décapitation, la congélation, l'empoisonnem.ent par diverses substances, et même dans un cas d'empoisonnement par la belladone. Ce caractère peut avoir une bien grande importance aux yeux du physiologiste et du philosophe, qui l'envisagent chez les animaux décapités , car, il indique, fait inconnu jusqu'à ce jour, combien de temps dure la vie dans la tête qu'on vient de séparer du corps. C'est ce phénomène qui fait connaître l'instant précis de la mort du cerveau puisqu'il dépend lui-même du cerveau. Ainsi l'on s'est évertué à chercher dans la tête des suppliciés, par la guillotine, des signes de vie ° on a regardé comme tels , les mouvements de l'ccil et
RELACHEMEiNT SIMULTAISÈ MS SPHINCTEKS. 131
des lèvres observés sur ces victimes, la rougeur du visage de Charlotte Corday insultée par son bourreau , mais il a été impossible de rien affirmer à cet égard, et l'on n'a rien pu répondre à ceux qui regardent le fait de cette rougeur comme mensonger, et les mouvements du visage comme des mouvements convulsifs, involontaires, et par conséquent, sans valeur comme mimique de Tintelligence. On a été obligé d'avouer qu'il était impossible de préciser la durée de la vie dans la tête , après la décapitation. La chose est désormais possible et facile. On sait que sur un animal que l'on tue par le fer ou le poison, la pupille se dilate à l'instant de la mort, deux ou trois minutes avant que le cœur ait cessé de se faire entendre au stéthoscope. Or, la dilatation delà pupille, dans cette circonstance, est le résultat de la cessation des fonctions du cerveau , c'est-à-dire de la mort de cet organe , comme la cessation définitive des battements du cœur est le signe de sa mort. Mais, les choses se passent exactement de la même manière chez un animal à qui l'on vient de trancher la tète ; par conséquent, on peut dire qu'après la décapitation, le relâchement de la pupille indique encore la cessation de la vie du cerveau, de môme
132 SIGNES IMMÉDIATS UÈ LA AIORt.
que la suspension des battements du cœur indiquera mort de cet organe. lî suffit donc d'examiner l'œil chez un animal décapité, et d'observer sa pupille pour savoir combien de temps la vie se prolonge dans la tète séparée du corps. C'est ce que j'ai fait aux abattoirs, sur des moutons qu'on venait de sacrifier. Après leur décapitation, la face reste un instant immobile , puis l'œil roule dans son orbite j les lèvres semblent ruminer, la pupille se contracte très fortement et prend une forme elliptique semblable à celle de la figure ci-joinle j les muscles respiratoires de la face entrent en exercice : on dirait que l'animai éprouve une dyspnée, violente et un impérieux besoin de respirer j les lèvres, dont la commissure est entraînée en bas par le muscle triangulaire , aspirent l'air avec effort , puis tous les muscles se contractent dans le même but, et ils se crispent d'un commun ensemble pour satisfaire à ce besoin imaginaire. L'œil s'enfonce dans Torbite , retiré en arrière par une force musculaire irrésistible, et revient presque aussitôt à sa place ; alors, et c'est entre la deuxième et la troisième minute de l'opération , la pupille se dilate , ses diamètres s'agrandissent dans tous les sens, et elle prend une forme à peu près circu-
RELACHEMENT SiMULTANÉ DÉS SPHINCTERS. 133
laire dont la voici la figure. C'est l'instant de la mort du cerveau.
Pupille du mouton dans l'agonie.
(!3 millinicUcs de long,
7 niillim. de large.)
Fiipille du moutoTi après la mort.
(19 millimèties de long,
lo millim. de large.)
Si l'on examine aussitôt le cœur du mouton , ses battements persistent encore deux ou trois minutes et tout disparaît. Le cœur à son tour a cessé de vivre. L'animal est mort.
Je ne sais si, dans l'espace qui s'écoule entre la décapitation et le relâchement de la pupille , le cerveau, encore vivant, conserve l'intégrité de ses fonctions et l'exercice de la pensée ; mais si cela était, il faut convenir que ce court instant serait bien terrible pour l'animal. Je ne suppose pas qu'il en soit ainsi, et je pense, au contraire , que la décapitation le jette aussitôt dans l'agonie , c'est-à-dire dans un état de trouble tel qu'il n'a pas conscience de ce qui lui est arrivé. S'il en était autrement, nous devrions plaindre les malheureux que frappe le glaive de la loi, et dont la tcte 5 tombée dans le panier du bourreau , aurait
i'ii SIGNES IMiMEDlÀTS DE LA MURf.
encore à elle deux minutes pour penser à la vie qu'on lui enlève.
En résumé, c'est à l'instant même de la mort qu'on observe le relâchement simultané du sphincter de l'anus, de la vulve, des paupières, des lèvres, et de l'iris j le sphincter de la rétine. Cette série de phénomènes constitue un signe immédiat très certain de la mort, qu'on ne trouvera jamais dans aucune autre circonstance.
e. Appendice sur les mouvements de Viris. L'étude des mouvements de l'iris qui nous a fourni d'importants caractères applicables au diagnostic de la mort, du sommeil et de la veille, peut encore être utile dans certaines circonstances pathologiques, que nous croyons devoir faire connaître en rapportant les conclusions d'un mémoire particulier que nous publierons plus tard.
1° La pupille est contractée dans le sommeil ^
2° La pupille est contractée dans l'agonie j
3" La pupille se dilate à l'instant du réveil et oscille plus ou moins vivement selon le degré d'intensité des rayons lumineux qui tombent sur la rétine.
4° La pupille se dilate à Tinstant de la mort et reste insensible à la lumière extérieure ,
5" La pupille se contracte dans le sommeil des
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amaurotiques, complètement aveugles, contrairement à Topinion de Haller, et comme l'ont déjà vu Wedel, Robert Whytt, Porterfield et Petit. J'en ai vu trois exemples à la Charité , deux dans le service de M. Rayer, et uo dans le service de M. Velpeau. Tous trois ont été constatés par M. Routier et par moi, les malades étaient complètement aveugles, et pendant leur sommeil, nous avons trouvé très resserrée l'ouverture de la pupille qui était fort dilatée durant le jour.
6^ La pupille est dilatée et sensible à l'action de la lumière chez les prétendus somnambules qui font semblant de dormirpour tromper la crédulité publique. On trouvera dans ce caractère un moyen de flétrir scientifiquement et sans pitié les fourbes qui, sous le nom de magnétiseurs, présententcomme parfaitement lucides des somnambules qui ne devinent ce qu'ils voient, ou ce qu'o'n leur demande, que parce qu'ils sont éveillés. J'ai assisté à des séances de magnétisme dans lesquelles les exercices ont été farts, sur ma demande, par le somnambule, ayant le visage et les yeux découverts. J'ai pu me convaincre , et tout le monde pourra s'assurer comme moi, d'après l'état de la pupille, que ces somnambules n'étaient point endormis et qu'ils n'étaient si lucides que parce qu'ils étaient
habitués à faire les yeux fermés les plus jolis (ours de prestidigitation.
Les sujets magnétisés que j'ai vus bien endormis, la pupille contractée, ne purent dire un mot durant leur sommeil.
Chez ceux, au contraire, que le magnétisme a rendus lucides, j'ai toujours vu les yeux fuir sous la paupière supérieure, et la pupille , sensible à l'action de la lumière, offrir des alternatives de dilatation et de relâchement ;
7^ L'examen de ia pupille peut guider le chirurgien chargé de pratiquer l'opération césarienne chez mie femme grosse près de mourir. L'instant de la dilatation de la pupille et celui de la cessation des battements du cœur lui indiqueront la conduite à suivre 3
8° Les mouvements de la pupille peuvent être consultés avec avantage, parle chirurgien qui fait la trachéotomie, à la période extrême du croup. Les bruits pulmonaires empêchent d'ausculter le cœur ; il n'y a donc que la dilatation de la pupille qui puisse indiquer le moment de la mort. Il faut opérer dès que survient la constriction de la pupille dans le cours de l'asphyxie, car alors l'agonie commence, et si, l'opération étant commencée, à ce phénomène succède, comme cela m'est arrivé,
AFFAISSEMENT DE LA COllNÉE. 4 3T
un commencement de dilatation qui annonce une mort imminente, en quelques secondes peut-être, il faut se hâter de finir et de placer la canule qui doit faciliter l'exercice de la respiration.
C. De l'affaissement des yeux et de la formation d'une toile glaireuse sur la cornée.
Ces phénomènes ne se rapportent que d'une manière très éloignée , il est vrai , à la cessation (les fondions du cerveau , mais j'ai cru qu'il était convenable d'en parler ici, à cause du moment de leur apparition, lors de la dernière et violente contraction musculaire de Tagonie et parce qu'il vient déjà d'être question de phénomènes relatifs à des modifications du globe oculaire.
Louis , dans ses Lettres sur la certitude des signes de la mort, paraît attacher beaucoup d'importance aux caractères qui résultent de l'examen de l'œil, et , chose extraordinaire, il a observé cet organe avec soin sans être frappé des changements survenus dans les dimensions de la pupille. Ce qu'il y a vu lui suffit néanmoins, pour l'autoriser à dire que l'examen des yeux d'un sujet peut fournir les preuves les plus évidentes de la mort. L'affaissement de l'organe, et la toile glaireuse delà cornée en sont les signes caractéristiques.
^38 3TGNES IMMÉDIATS DE Là MORT,
L'auteur dont je parle a eu parfaitement raison de s'exprimcrainsi, et son opinion, qu'appuient, à la fois, l'expérience des faits et l'autorité d'un juste et immense renom, l'emporte sur l'avis contraire, soutenu avec talent par MM. Orfila et Devergie dans leurs traités de médecine légale.
Sténon, dans son Traité des glandes et des muscles, avait déjà fait quelques observations à cet égard : il avait signalé les porosités de la cornée , mais sans prendre le soin de bien établir leur existence. Ce n'est que plus tard qu'on parvint à compléter cette expérience, etWinslow, en pressant après la mort sur le globe oculaire, a vu suinter, au travers de la cornée, la sérosité plastique qui se concrète et forme la toile glaireuse dont nous parlons. [Mémoires de l* Académie des sciences , 1721). Mais ce que Winslow a produit par la pression du globe oculaire , la convulsion de l'agonie qui entraîne l'œil en arrière, et le comprime au fond de l'orbite, ne peut-elle pas le produire? Je n'y vois aucun obstacle et c'est de cette manière , je crois, qu'il faut expliquer la formation de ce voile de la mort.
Quoi qu'il en soit , le fait indiqué par Winslow fut recueilli par les physiologistes , et il devint l'objet des commentaires les plus variés et des re-