ABAISSEMENT DE LA MACHOIRE INFÉRIEURE
loin de pouvoir être considéré comme tel ( Orfila). Il est la conséquence de l'interruption des fonctions nerveuses qui président à l'immobilité du corps : or , les muscles qui communiquent le mouvement à la mâchoire inférieure ayant cessé d'agir , cette partie , eu égard à la position des malades dans l'agonie , se trouve nécessairement entraînée par l'action de la pesanteur, et elle s'abaisse d'une manière plus ou moins considérable. La position peut donc modifier ce phénomène , de plus, il est soumis à une foule d'influences passagères qu'on ne peut pas toujours saisir , et qui peuvent changer son apparence. Ainsi, dans les maladies qui se terminent au milieu du délire et de spasmes nerveux, il survient quelquefois des contractions tétaniformes dans les muscles des mâchoires, ce qui rapproche les arcades dentaires l'une de l'autre, et les laissent, après la mort, dans cette position. Enfin cet abaissement, s'il a existé, disparaît en totalité ou en partie par le fait du raccourcissement des muscles , lors de la rigidité cadavérique. Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter davantage sur ce phénomène , qui devrait être retranché de la liste des signes immédiats de la mort.
148 SIGNES iMMÉDÎAtS DE LA MORT.
F. De la flexion du pouce dans le creux de la main.
''Au moment de la dernière et forte contraction musculaire de l'agonie , pendant laquelle la peau du corps se crispe avec violence , et les bras s'élèvent lentement vers le col avant de retomber, on surprend quelquefois un mouvement de flexion des doigts , qui est la cause de l'occlusion du pouce dans le creux de la main. Cette observation, qu'on doit à M. Villermé, est fort bien appréciée par lui. Quand la mort est réelle, dit cet auteur, les quatre premiers doigts de la main sont rapprochés et fléchis, et le pouce recouvert par eux, presque toujours dirigé dans le creux de la main , vers la racine du petit doigt ; les deux phalanges, dont la première se trouve dans la flexion, sont ordinairement étendues l'une sur l'autre. Mais s'il est vrai que ce signe s'observe quelquefois après la mort, et qu'il offre une assez grande valeur quand il existe, il n'en est pas moins certain qu'il manque souvent , et que dans les cas où il peut être constaté, il suffit d'une force extérieure accidentelle pour écarter le pouce des autres doigts , ou pour étendre ceu7î-ci, et faire par conséquent disparaître le caractère (1).
(1) Annales d'hygiène publique et de médecine légale. Paris, 1830, t. IV, p. Ii20.
§ 11, Signes éloignés de la mort.
Les signes éloignés de la mort occupent la première place dans les traités de médecine légale moderne, et sont généralement considérés comme des indices pins certains de cette situation que les signes immédiats dont nous venons de parler. Mais c'est là mie erreur et un inconvénient qu'il faut essayer de faire disparaître. C'est une erreur, car il y a, comme nous l'avons vu, des phénomènes immédiats qui annoncent la mort d'une manière très positive , et c'est un inconvénient que de laisser croire le diagnostic de la mort douteux avant l'apparition des signes éloignés qu'il nous reste à décrire.
Les signes éloignés de la mort peuvent se diviser en trois catégories : les uns placés sous la dépendance de la cessation des fonctions du cœur, comme le refroidissement du corps , qui est dû à l'absence de la circulation et de la nutrition moléculaire • les autres qu'il faut rapporter à la cessation des fonctions du cerveau, comme la disparition delacontractilité musculaire sous l'influence des agents galvaniques, la raideur des articula* lions, etc. ; et les dernières qui annoncent le règne des lois naturelles, physiques et chimiques sur la
matière animale privée de la vie. Dans cette catégorie se trouvent l'affaissement des parties molles sous l'influence de la pesanteur, et la putréfaction.
1° Signes éloignés de la mort qui résultent de la mort du cœur. A. Refroidissement du corps.
Ce phénomène que je vais décrire, d'après M. Orfila, qui Ta fort bien apprécié, ne manque jamais. 11 paraît graduellement et n'est ordinairement complet qu'au bout de quinze ou vingt heures. On observe même que chez la plupart des malades, les extrémités et la surface du corps commencent à se refroidir avant la mort. Plusieurs circonstances concourent à accélérer ou à retarder ce refroidissement, et il importe de les connaître.
a. Le genre de maladie. Il est beaucoup plus lent lorsque la mort est produite par l'apoplexie et par les maladies aiguës, que lorsqu'elle est le résultat d'une maladie chronique ou d'une hémorrhagie ; les cadavres des asphyxiés par la vapeur du charbon, par suite de la strangulation, conservent la chaleur pendant longtemps, tandis que, dans l'asphyxie par submersion, le refroidissement ne tarde pas à avoir lieu.
b. L'état d'obésité ou d'amaigrissement. Plus