‹ Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 47 sur 83 · XXX. Mort apparente reconnue par un médecin · texte numérisé non relu

XXX. Mort apparente reconnue par un médecin

« Une fille mélancolique , et aimant la solitude , s'étant imaginée voir un esprit , fut frappée d'une terreur et d'une stupeur qui lui donnèrent la fièvre avec inquiétudes, délire, défaillances, etc. Elle resta enfin comme morte, sans respirer et sans senfir ni la brûlure, ni les piqûres. Elle était dans cet état depuis vingt-qualre heures, si bien réputée morte, qu'on pensait à l'enterrer. Son médecin, qui revint heureusement de la campagne , l'ayant examinée avec soin , et ayant entrevu quelque signe de vie équivoque^ lui fit avaler insensiblement quelques volatils spiritueux , qui la firent revenir à la vie (1). «

XXXI. Mort apparente accompagnée de mouvements de la tête ; mauvais traitements infligés à la malade.

Nymman, dans son Traité de V apoplexie, à\. XXXI, s'exprime ainsi: « Nous avons actuellement, dit-il, en » cette ville de Wirtemberg , une femme , nommée Eve » Megers, veuve d'Etienne Sicharding, layetier, qui , » étant fille, il y a trente et tant d'années, et demeurant » chez une de ses tantes , veuve d'ÉIie Zabers , dans la » ville d'Acken , qui est dans notre voisinage , où la peste » faisait de grands ravages, en fut attaquée après quel- » ques autres personnes de la même maison, qui en » étaient mortes. Elle avait alors vingt-trois ans , et elle » fut tellement pressée par la maladie, que tout le monde

(1) Bruhier, Be Viucertitude^l. II, p. o9/i, hil-

» la crul molle, cl qu'après l'avoir ciisciciie , ou ïa » i)orla d'un lieu chaud dans un froid, où elle fut mise » sur de la paille jusqu'à l'heure de l'enterrement , c'est- » à-dire jusqu'à deux heures après midi; car on la rt croyait morte depuis minuit , aulrement ou l'aurait » enterrée à midi, suivant l'usage établi pour lors dans cet » endroit. Qu'arrive-t- il ? après midi , peu de temps avant )) l'arrivée des porteurs , la prétendue morte commence » à se remuer, et fait effort pour lever la tète^ et même ^i pour se lever. La tante, qui était encore dans la maison » avec une autre femme, et s'imaginant que c'était un » esprit, se saisit d'un bâton, avec lequel elle aurait » achevé sa nièce , si sa compagne ne s'y fût opposée ; » mais elle ne put l'cmpccher de s'en servir pour la re- )) pousser avec violence dans la place où elle était; puis D elle s'enfuit, et s'enferma exactement dans son poêle. » La malade, ainsi maltraitée, resta comme en extase » dans le lieu où on l'avait repoussée, avec cette différence » qu'elle avait une respiration sensible. Douze heures i> après , car on avait différé l'enterrement , elle revint » entièrement à la vie. Actuellement elle se porte bien » encore, bien qu'elle ait payé depuis longtemps les droits » qui sont dus au clergé, au curé et aux sonneurs (1). »

XXXn. Mort apparente dissipée à propos.

« Une dame de grande distinction d'Augsbourg , après une perte de sang très considérable, tomba dans une syncope si forte, qu'ayant perdu tout mouvement et

(1) Bruhier, De Vincertiliulc, t. II, p. /ii9, 420.

loul scnlimciU, étant sans pouls, sans donner le moindre signe de vie , personne ne doutait qu'elle ne fût réellement morte. Le lendemain , comme on l'ensevelissait suivant l'usage du pays, après avoir fait tout ce qu'on fait en pareil cas , la personne qui cousait le suaire lui enfonça son aiguille dans la plante du pied , pour voir si elle ne donnerait pas quelque signe de vie, et bien lui en prit; elle commença dans le moment à respirer, enfin elle fut réiablic par le secours du vin et d'autres remèdes , et elle a survécu longtemps en bonne santé à celte mort apparente (1). »

XXXIII. Mort apparente reconnue par une personne étrangère à la médecine.

« Un gentilhomme âgé de soixante ans , malade d'une fièvre continue, qui était tombé en syncope, rendit à ce qu'on crut les derniers soupirs. Tout était disposé pour les funérailles et même pour l'ouverture de son corps que ses enfants avaient souhaitée. Deux curés qui éiaicni restés auprès du corps pour faire les prières ordinaires se disputaient à qui l'aurait, ce qui obligea mon père d'entrer dans la chambre pour empêcher qu'ils n'en ^ lussent aux mains. Mon père s'étant ensuite approché du lit où était le mort prétendu , et ayant , par je ne sais quelle curiosité, ou plutôt par quel hasard, découvert la face , il crut y voir quelque mouvement. Il lui approcha en même temps la chandelle du nez et de la bouche et lui toucha les tempes sans s'apercevoir d'aucune respiration ni d'aucun hallcment d'artères.

(1) Biuliier, De l'incert.iliule, t. II, p. h^'J.

» Comme il le quittait , le croyant tout à fait mort, il crut voir encore le même mouvement , et lui ayant y^etouché les tempes^ il crut y sentir quelque mouvement. Il demanda du vin ; il lui eu frotta le nez , les lèvres et les tempes, et lui en mit plusieurs fois dans la bouche sans qu'il donnât aucune marque de vie. Mon père allait l'abandonner le croyant entièrement privé de vie , lorsqu'il commença de savourer le vin qu'on lui avait mis dans la bouche , et en ayant avalé quelques cuillerées , il ouvrit les yeux; et étant revenu de sa faiblesse , il raconta tout ce qui s'était passé entre les deux curés, sans y omettre la moindre circonstance. Il se guérit entièrement peu de temps après (1). »

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