‹ Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 48 sur 83 · XXXIV. Mort apparente dissipée à propos · texte numérisé non relu

XXXIV. Mort apparente dissipée à propos

« L'an 1579, un malade , appelé Flans Teurtel , qu'on avait cru mort, et qu'on avait déjà mis dans la bière, revint à lui cinq heures après avoir perdu tout senlimenl. Il se leva, et voyant l'enterreur auprès de lui : Mon ami, lui dit-il , je le prie d'aller faire mes excuses à M. le pasteur de ce que j'ai pris la liberté de ressusciter (2).»

XXXV. Mort apparente périodique et annuelle de tous les habitants d'une province entière.

« Alexandre Guaguino, Véronais, colonel d'un régiment d'infanterie dans lé fort deVitebska, limitrophe de la Russie, rapporte, dans sa description de la Moscovie , que les habitants de la Lucomorie, province

(1) Bruhier, De Cincerliliidcy t. II, p. 505.

(2) Bruhier, De l'inccrtilude, t. II, p. 51G,

qui est au fond de la Russie , meurent tous les ans le 27 novembre par la rigueur du froid , comme les hirondelles et les grenouilles , ou , pour mieux dire , qu'ils sont gelés , et ressuscitent au retour du printemps le 1h avril. Voici comme ils font le commerce avec les peuples de leur voisinage. Lorsqu'ils sentent approcher leur mort , ils déposent leurs marchandises dans certains endroits, et leurs voisins les emportent en laissant l'équivalent. Lorsque les Lucomoriens ressuscitent, ils acceptent l'échange s'il leur paraît exact; mais s'ils n'en jugent pas de même , ils redemandent leurs marchandises , et c'est souvent un sujet de guerre. Au reste, cet assoupissement n'éteint point la chaleur innée de ces corps , accoutumés à la température de leur air, et recuits par la gelée, pour parler comme Albert Kranlzius, parce que tous les pores, canaux, conduits, étant fermés et bouchés par le froid, elle se ramasse vers les viscères , et cette espèce d'antipéristase ne fait que l'augmenter et la rendre plus vive au printemps. De toutes les parties du corps ce serait le cerveau qui courrait plus de risques, à cause du grand nombre d'amples ouvertures, des narines, par exemple, qui donnent entrée au froid, si la nature n'y avait pourvu en faisant couler du nez, lorsque ces peuples commencent à se geler, une pituite légère et aqueuse qui, suivant le rapport de Piduxius, ne se gèle pas moins que les crachats , que Sigismond d'Herbestein , dans son Histoire de Moscovie , dit être gelés avant que de tomber à terre. Une nouvelle pituite descendant , et se gelant à mesure , elle se prolonge jusqu'à terre ,

de la mcinc manière qu'il arrive chez nous aux gouttières pendant l'iiiver. Les narines étant bouchées par ce moyen , le cerveau est moins accessible à cet air j^lacé et en est moins pénétré. 3Iais si quelqu'un prétend se garantir de rinclémence de l'air au moyen de peaux , on fait effort pour dégager les narines de ce qui les bouche , le froid aigu entrant sur-le-champ dans le cerveau par la porte qu'on lui a ouverte, sa chaleur s'éteint et les Lucomoriens meurent pour ne plus renaître; au lieu que quand on attend paisiblement que la douce chaleur du printemps fonde peu à peu cette pituite , la chaleur se répand insensiblement dans leur corps, les membres reprennent la force et le sentiment , et toutes les fonctions rentrent dans l'ordre originaire (1). »

XXXVI. Mort apparente reconnue par une personne étrangère à la médecine.

« Un officier de dragons , jeune et vigoureux , est laissé pour mort d'un coup d'épée , sur le champ de bataille même. Le chirurgien-major de son régiment le trouve sans ressource; le mouvement des artères et du cœur est arrêté : les signes de mort les moins équivoques caractérisent sa perte. Plusieurs personnes tiennent conseil , près du cadavre , sur les moyens de le soustraire aux recherches de la justice ; les uns sont de l'avis de Tenterrer aussitôt , les autres de le couper par morceaux pour disperser ses membres. Enfin , après une partie de la nuit écoulée en préparatifs de sépulture, un des amis

(1) Bruiner, hc. cit., t. II, p. 308.

du mort, le trouvant encore chaud, le secoue, l'agile , l'appelle, invite le chirurgien-major à lui donner des secours , et en cjuelques minutes on le lira de cet élat. Il avait entendu tout ce cjui s'était fait et dit autour de lui, mais il ne pouvait donner aucun signe de sentiment. L'effroi et la détresse n'ont peut-être pas peu contribué à le rappeler à la vie (1). «

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