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CHAPITRE II

LEBERT ET SES ÉLÈVES. — ROBIN. — BROCA. — VERNEUIL. — RE- CHERCHE DES ÉLÉMENTS SPÉCIFIQUES. — FXOLE ANGLAISE. — SES RELATIONS AVEC l'ÉCOLE FRANÇAISE.

Dans le chapitre précédent, nous avons autant que possible cherché à faire connaître comment on était arrivé à la connaissance des tumeurs bénignes du sein, et nous avons déterminé nettement, nous le croyons du moins, les raisons qui empêchèrent les anatomo-pathologistes et les cliniciens de cette époque de dépasser les limites auxquelles ils se sont arrêtés. La clinique, disions-nous, et l'anatomie pathologique macroscopique avaient donné tout ce qu'elles pouvaient apporter à la science.

Il fallait d'autres méthodes d'examen pour arriver à d'autres notions. Ce sont les moyens nouveaux d'investigalion, ce sont des principes différents de ceux dont nous avons analysé précédemment les résultats, qui dirigèrent les auteurs dont nous devons chercher à étudier l'influence prépondérante pendant un certain nombre d'années. Nous voulons parler de Lebert, de ses élèves Robin, Broca, Verneuil. Les efforts de cette école abou-

28 œNSIDÉRATIONS HISTORIQUES.

tirent à un certain nombre de résultats heureux, et diso6>' immt'diatement que c'est à ses recherches incessantes q» nous devons la démonstration d'un grand nombre de fa 4[ui, jusqu'à elle, étaient restés ou ignorés ou douteui Mais, après lui avoir rendu pleine justice, nous somme obligé de reconnaître que les préoccupations dogmatique* de ses principaux représentants et surtout la doctrine îi exclusive de Vêlement spécifiq\iey comme moyen conslai et infaillible de déterminer la nature des tumeurs, Tonl entraînée souvent hors des voies de la véritable méthode naturelle. — Vouloir, en effet, déterminer la nature d'une l)roduction morbide d'après un seul de ses caractères, serait déjà une tentative difficile dont les résultats ne seraient pas de longue durée; ce serait créer une méthode analogue à celle de Linné dans les sciences naturelles, et qui n'aboutirait, comme elle, qu'à des classifications artificielles; à plus forte raison doit-on trouver prématurés les essais qui ont voulu faire reposer toute la pathologie des tumeurs sur des caractères aussi fugaces, aussi contingents que ceux qui sont présentés par des éléments anatomiques isolés, considérés en eux-mêmes, et dont on connaît la fragilité et les mutations incessantes .

Après avoir signalé le point de départ, erroné à notre avis, d'où ont procédé les recherches de Lebert et de son école, nous devons étudier en détail les résultats de ces recherches et faire connaître les avantages que la science en a retirés. Si dans l'état actuel de nos connaissances, ces résultats ne sont plus acceptables comme corps de doctrine, les faits n'en subsistent pas moins avec toute leur valeur, parce qu'ils ont été bien observés, et à ce titre ils méritent d'être pris en grande considération.

' Lchert parle lies tumeurs dites bénignes du sein dans trois ouvrages différents, ou plutôt traite cette question trois fois; mais c'est dans sa Physiologie pathologique (A) en premier lieu, et quelques années plus tard-dans un mémoire inséré dans les Bulletins de la Société anatounique (2) qu'il fait surtout connaître les résultats de ses recherches. La première étude, celle que l'on trouve dans là Physiologie pathologique y n'Q%\,^ouvvànû dire que le premier jalon posé pour.fairè connaître l'idée qu'il avait déjà de ces tumeurs; il la développera plus tard, lorsqu'il aura recueilli un plus grand nombre de faits. Bien que sommaire, celte étude contient en germe ou même explicitement tout le fond de la doctrine de Lebert. ■ * - En effet, après avoir rappelé les caractères cliniques que A. Bî'rard avait altribués à ces tumeurs dans sa thèse de concours; et; qui n^étaient, ainsi que nous l'avons vu, qu'uni résumé des opinions défendues par Astley Cooper dans Je. mémoire que nous avons analysé, cet auteur cite, à l'appui de celte description clinique très-succincte; quatre obscrviitions ayant plusieurs caractères communs.' i. Les tumeurs dont il s'agit appartenaient, sauf dans un cas,. à dès femmes jeunes. Dans les quatre faits, ces productions morbides étaient mamelonnées, et lorsque; après les avoir enlevées, on en faisait une section, on trouvait à, la surface de la coupe une apparence lobulée. . . Enfin on y constatait une hypertrophie du tissu cellulolibL'cux delà glande, a'ccornpagnée de formations kystiques plus .oumoins évidentes, et. de végétations intrakystiques mamelonnées, présentant l'apparence de véritables chouxfleurs..

{\} Lcberl (Physiologie pathologique. Paris, 18lo, t. Il, p. 18^-202). (i) Dullet. de la Société anatomique. 1850, l. XXV, p. 11-18 et 49-51.

Ces caractères anatoiniques sont sulïisants pour noin permettre d'établir dès maintenant que dans les qualre faits que Lebert avait observés, il avait été en présencf de tumeurs fibreuses ou sarcomateuses avec végélalioK endo-canaliculaires. Mais, ainsi qu'on peut le conslaler dans l'examen liistoloj>ique de ces tumeurs, la préoccupation constante, pour ainsi dire unique de Lebert, d de chercher à déterminer la nature, la forme, les caractères hislolof^âques des éléments anatomiques enlrani dans la constitution de ces productions nouvelles. 11 décrit longuement les éléments figurés considérés sépar.ment, laissant tout à fait dans l'ombre l'aspect caraclériv tique qu'ils présentent, par suite de leur arrangemeni et des rapports réciproques adoptés par eux pour former un tissu plus on moins complexe.

Lebert ne paraît pas s'être douté que, pour déterminer la nature d'une tumeur, il est nécessaire de considérer successivement la question sous deux faces : reconnaître d'abord la nature et la forme des différents éléments anatomiques; examiner et déterminer ensuite Tarrangement de ces éléments; en un mot faire l'étude complète des tissus constituants et de la texture de la production nouvelle. C'est cette seconde partie, de beaucoup la plus importante, qui a été complètement négligée par Lebert et son école. Par sa méthode générale d'examen, il a bien reconnu des éléments du tissu conjonctif, des cellules épithéUales, des cellules fibro-plastiques, des apparences de culs- de -sac glandulaires à côté de véritables acini; mais il n'a pu déterminer la véritable nature et le mode de développement des productions morbides bénignes. Gomme conséquence de ces examens incomplets est née la théorie de Vadénàme.

Jii Le développement de ces lumeu y a été rattaché à une «véritable hypertrophie glandulai % alors que le plus «souvent la partie véritablement sécrétante n'était que se- ^ condaircment affectée et que tout le processus pathologi- Cf que se passait, au début du moins, dans le tissu conjonctif ti interlobulaire et péri-acineux.

En outre, Lebert a émis une singulière opinion sur le mode d'après lequel se développeraient certains kystes que l'on rencontre dans les tumeurs du sein : il attribue leur formation à T infiltration d'un suc fibro-plastique, gélatiniforme, abondant, se déposant dans les interstices du tissu fibreux pour y former plus tard des loges kystiques.

On le voit, cette théorie n'est que la reproduction de celle de Cruvciihier, qui avait cherché à expliquer de la même façon la production des géodes qu'on rencontre dans les tumeurs fibreuses en général, et qu'il avait cru retrouver dans les fibromes mammaires. Si dans les fibromes utérins ces géodes ne sont pas douteuses, elles ne se présentent pas dans les fibromes de la mamelle avec un caractère de fréquence et de netteté tel que nous devions nous y arrêter longuement et leur attribuer ce mode de production qui leur est assigné par Lebert et Cruveilhier. Sans vouloir nier leur existence d'une façon absolue, nous pouvons dire que ces sortes de cavités sont tellement rares que, dans une étude générale de ces tumeurs, on peut en faire abstraction.

Cette première étude, dans laquelle se trouve en entier la théorie de l'adénome, est complétée plus tard par le mémoire présenté à la Société anatomique. — Ce dernier travail, fondé sur l'examen clinique et anatomo-pathologique de près de trente malades, ne fait que développer

3i ^ . . CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES.

les idées que nous venons d*analyser. Les tumeurs qui étddie sont d'après Lebert des adénomes à cause de Yo}^ parence glandulaire qyxe présenieni certaines parliesd! ces productions nouvelles, et à cause de la présemv à'acini dans les préparations microscopiques.

Certes, avoir démontré, d'une façon indiscutable, les relations de ces tumeurs avec le tissu glandulaire était un point dont l'acquisition à la science était imporlanti^. D'autres anatomo-pathologistes avaient fait celte démonstration par d'autres procédés, par d'autres moyens d'investigation, mais la démonstration due à Lebert était tellement nette que Velpeau lui-même fut obligé de s'incliner et, ainsi que nous l'avons vu, de modifier sa tbéorie patbogénique des tumeurs (ibrineuses, pour admettre une certaine action de contact amenant la production d'éléments d'apparence glandulaire alors qu'un plasma quelconque s'organise au milieu d'une glande.

Ainsi, en résumé, alors que la plupart des chirurgiens, se laissant égarer par la fausse physiologie pathologique de Velpeau, expliquaient ou plutôt n'expliquaient pas du tout l'origine des tumeurs adénoïdes, Lebert démontre nettement que ces productions morbides se développent dans le tissu glandulaire de la mamelle et sont dues à une modification d'une partie plus ou moins considérable de cette glande; il en donne la preuve en dt*montrant dans ces tumeurs la présence d'éléments glandulaires plus ou moins modifiés. — Mais faut-il avec lui leur donner le nom d'adénome et considérer ces tumeurs comme le résultat d'une hypertrophie vraie? Pour ceux qui ne considèrent la glande mammaire qu'en dehors de l'état de lactation, cette opinion pouvait paraître soutena-

ble. En effet, dans les productions nouvelles qu'il appelle adénomes, les acini sont élargis, allongés, plus développés que sur une glande à Tétat de repos. Mais il ne faut pas prendre pour point de départ une de ces glandes atrophiées, ratatinées et ne fonctionnant plus depuis longtemps. C'est la glande à l'état physiologique, c'est-à-dire à la période de lactation, qui doit servir de point de comparaison. Si l'on procède ainsi, on s'aperçoit bien vile que dans ces tumeurs, au lieu d'une véritable hypertrophie de Vêlement glandulaire, il n'existe en réalité que des modifications qui toutes tendent à faire disparaître l'élément sécréteur proprement dit. Si les acini ont semblé s'allonger et se dilater, c'est en réalité pour former des kystes, des espaces lacunaires qui n'ont plus rien de glandulaire que leur origine. Aussi pouvons-nous dire, contrairement à l'opinion de Lebert, que la très-grande majorité des tumeurs bénignes du sein ne sont pas des adénomes, et que si elles se sont développées dans un tissu glandulaire, elles n'ont plus que les apparences d'une glande.

Un des élèves de cette école, celui qui a le plus étudié cette question, sentant bien le défaut de la théorie de Lebert, est obligé de passer de la théorie de la cellule spécifique à celle de Vêlement composé spécifique. A côté de Vêlement anatomique, qui seul suffit à déterminer une production nouvelle, il y aura Vorganule spécifique, dont la présence sera caractéristique de l'adénome.

Envisagée à un certain point de vue, cette conception nouvelle de M. Broca ne manque pas d'originalité, et se trouve certainement plus vraie, plus exacte que celle de Lebert; mais disons-le tout de suite, malgré tout elle n'est pas suflisante et n'autorise pas à considérer comme glandulaires, et à donner le nom d'adénomes, à des tu-

3i CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES.

meurs dans lesquelles les parties constituantes ont été si profondément modifiées, qu elles ont perdu la propriélf^ sécrétante d\i tissu glandulaire normal. L'épithélium a changé de nature et de forme, le tissu péri-acineux s'esi hypertrophié et s'est modifié souvent dans sa nature intime; de simple tissu conjonctif ordinaire il est devenu fibreux, sarcomateux, myxomateux ; il a pris quelquefois un tel développement que d'accessoire il est devenu la partie principale et importante de la tumeur. L'élément glandulaire, au contraire, a tellement changé de forme et d'aspect qu'il n'est plus reconnaissable, à moins que l'on ail pu le suivre, dans toute la série des modifications qu'il a parcourues, pour arriver à la forme sous laquelle on le retrouve en dernier lieu.

Aussi, toutes ces raisons réunies : perte de la fonction normale, modification profonde des rapports réciproques de l'élément conjonctif et de la partie glandulaire, transformation radicale dans la forme et la texture de l'élément sécrétant, toutes ces raisons, disons-nous, obligent à rejeter et le nom d'adénome et la théorie de l'organule spécifique, sur laquelle nous reviendrons d'ailleurs dans le cours de cette étude.

Voyons rapidement les recherches qui, succédant à celles de Lebert, proviennent de son école. Presque toutes procédant de la même origine, arrivent presque aux mêmes conséquences. C'est tout au moins ce que permet de constater la lecture des publications de M. Broca en France et des nombreuses thèses dues à son inspiration, et celle des ouvrages deBirkett et de Pageten Angleterre. Toutefois, avant d'arriver à celte partie de notre historique, nous devons faire connaître la part que M. Charles Robin a prise à ce mouvement scientifique, non que Tac-

lion de cet érninent histologiste ait été directe , mais parce que Ton retrouve ses idées dans différentes publications sur les tumeurs du sein.

Les travaux de M. Robin, soit seul, soit en collaboration avec plusieurs de ses élèves, no touchent pas directement à la question des tumeurs adénoïdes et des adénomes, et Ton s'explique [difficilement comment quelques auteurs ont pu s'en servir pour appuyer la doctrine de Tadénôme tel que l'entendait l'école de Lebert. Nous n'en voulons comme preuve que les titres donnés aux publications diverses, sur les tumeurs du sein, auxquelles nous faisons allusion; aucune n'a en vue ni directement ni indirectement l'adénome.

Dans son mémoire sur quelques hypertrophies glandulaires, M. Flobin (1) étudie le mécanisme suivant lequel les glandes en grappe augmentées de volume s'atrophient par la compression du canal excréteur; il établit qu'il l'aul îidmettre une distinction entre les hypertrophies glandulaires et les productions épitliéliales de l'intérieur des glandes, puisque ces dernières détruisent l'élément glandulaire après l'avoir distendu, et envahissent les tissus voisins. Mais dans toute cette description on ne voit pas se dégager nettement une notion qu'on puisse appliquer à la théorie de l'adénome.

Est-on plus heureux si l'on veut s'en rapporter au uk'moire fait en collaboration avec 3f. Lorain et inséré dans la Gazette des hôpitaux (2)? Est-on autorisé, comme le

(1) Robin, Noti! sur quelques hypertrophies glandulaires. (Gaiette deshû-

(tf Robin l'I Lorain : Mànoire .^ur une altération spéciale (!<> la 'j:hiiuU* maniniaire qui a reçu le nom de tumeur, bien qu*il y ail 1>> plus soiiu'tit diinitiiition de volume de l'oi^gane, et celui de cancrr squirrliriix qn.tiipiWit.* iir .soit pas cancéreuse. (Gûiette des hôpitaux^ fi sirpteuibre IK.U. p ^^-^'^

veut M. Broca, à considérer le fait clinique et anatomique qui fait le sujet de ce mémoire, comme se rapportant à un adénome dont le blastéme transporté dans les ganglions y produirait des culs-de-sac de nouvelle formation et y déterminerait la genèse d'un véritable tissu glandulaire? — Nous ne le croyons pas. MM. Robin et Lorain (1) ne considéraient point le fait comme se rapportant à un adénome; si telle eût été leur opinion, ils l'eussent diteiplicitement. S'ils l'ont considéré, peut-être à tort, comme ne se rapportant point au cancer, il est certain qu'ils étaient autorisés à admettre une certaine diflerence dénature entre cette tumeur et le cancer véritable; nous n'en voulons pour preuve que la description qu'ils en donnent.

En effet, à l'examen anatomique on trouve des culs-desac remplis d'épitbéliums pavimenteux et la description de cette tumeur pourrait se rapporter à un épUhélioma tubulé dans lequel les cellules épilhéliales seraient en voie de reproduction, de prolifération très-active. Ce sont les mêmes caractères que ces histologistes attribuent à des productions semblables dans un travail ultérieur.

Les caractères intimes de ces tumeurs consistent, en effet, en une augmentation de volume de la plupart des culs-de-sac dans lesquels l'épithélium nucléaire a donné naissance à un épithélium pavimenteux ; de plus, cet épithélium ne forme plus une simple gaine tapissant un cylindre creux, mais il constitue un cylindre solide et plein. Ces culs-de-sac, en se développant, au lieu d'être séparés, écartés les uns des autres par une couche considérable de vaisseaux, de vésicules adipeuses, de fibres du tissu cellulaire, se trouvent au contraire amenés au contact les

(1) Lorain et Robin, Archives générales de médecine^ 5» série, t. V. {Mé^ moire sur une altération spéciale de la glande mammaire.)

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uns des îuitres; ils sont très-fortement adhérents entre eux, et dilïîciles à isoler, au moins, sans déchirures. A ces caractères nous ne reconnaissons rien qui se rapproche de la description donnée par Lebert de son adénome mammaire. Ces tumeurs ne sont donc pas des adénomes; serait-ce des cancers? On pourrait considérer cette seconde hypothèse comme plus probable, bien que la description qui en est faite diffère notablement de celle des diverses variétés de cancers rencontrées habituellement dans le sein. C'est pour cette raison qu'il nous parait juste de conserver la distinction établie par les auteurs du mémoire, distinction sur laquelle nous reviendrons dans une autre partie de cet ouvrage.

Telles sont, parmi les publications de M. Robin, celles (jue l'on a essayé de rapporter à la description de Fad*?nôme et que, par une extension abusive, on aurait vouIg faire servir à la démonstration d'une généralisatioa T*^tStt par l'intermédiaire des lymphatiques glandulaire:!^ jufii que, dans les différents mémoires que nous T«ini» ie citer, rien n'autorise à admettre une pareille iin*rpc»*tation. Mais si, à notre avis, ceux qui veulent îit iwrrir «îé» recherches de M. Robin pour étayer ou înûrBis insnaiiifii théories particulières relatives aux adfmma^ ne aoat pas fondés dans leurs prétentions, od ô:ic ronuiiiaitre hautement que les faits dont il s'agit i.-aL •oiîileiu \2lî moins avec leur valeur tout enUèré". EâUiflKS «ianâ leurs détails les plus minutieux, décrils m^^n tâvte ^ naétho^Je, ils puisent dans la compéleDce VAÊkt lururuHitt^ de l'observateur aucpiel ils sont du>, oe imp«irtaiiee considérable, et ils la conservent, queiçK cusune que l'on veuilU: édifier avec eux.

Dans un passage de celle iîaét mmà arom déjà pu

atiirer raltention sur un des résultats indirects des recherches de Lebert. C'est, en effet, grâce à elles que Velpeau modifia la pathogénie des tumeurs adénoïdes du sein. Nous avons vu, toutefois, que cette modification avait été incomplète, et que s'il avait renoncé à la tumeur fibrinensCy s'il s'était arrêté à une désignation plus exacte eo leur donnant le nom à'adénoïdCy il avait dévié de la véritable voie en leur attribuant une nature glandulaire qui serait due à l'organisation de la matière plastique en glande véritable, sous l'influence d'une sorte d'action catalytique puisant sa source dans le tissu glaudulain préexistant.

Certes on ne peut nier cette action de contact si bien démontrée en anatomie normale et en analomie pathologique, et grâce à laquelle un élément anatomique venant se greffer dans une région éloignée de celle où il s* est développé, imprime aux éléments embryonnaires voisins de son nouveau domicile une tendance générale qui les fait dévier dans un sens plutôt que dans un autre. Cet élément a fécondé les éléments indifférents et en a fait des éléments anatomiques qui suivront fatalement la même évolution que l'élément générateur. Cette action est trop bien démontrée, surtout par l'étude du cancer et des tumeurs malignes, pour être mise en doute même un seul instant. — Mais cette même action de contact peut-elle aller jusqu'à permettre la reproduction d'un organe aussi complexe que l'acinus d'une glande en grappe? Nous ne le croyons pas. Dans la série animale, sur des animaux en voie d'évolution formative, on a pu voir des phénomènes analogues se produire même avec une plus grande complexité; mais sur les mammifères, l'homme surtout, alors que la période embryonnaire a cessé, que les organes se

sont délimités, que leur territoire de formation s'est ciioonscrit, que leur forme et leur constitution intime s'est arrêtée, il ne nous paraît pas facile de démontrer une néoformation aussi complexe. C'est à peine si l'effort réparateur peut aller jusqu'à reconstituer des éléments anatomiques. Pour des épithéliums, pour des éléments conjonctifs, le fait a été démontré facilement; mais ce n'est que dans ces dernières années, et par des voies détournées, que la rénovation de fibres musculaires, de tubes nerveux, a pu être nettement déterminée (1).

Dans le corps humain, il existe toutefois un organe, celui dont nous nous occupons à l'occasion des lumeurs dont il est le siège, la glande mammaire, qui peut paraître une exception à cette loi de néoformation. Lorsque, en effet, on l'examine comparativement, après son développement complet, soit à l'état de repos physiologique, soit à l'état de lactation, on trouve une différence telle, que l'on est presque autorisé à supposer que les modifications si considérables qu'elle a subies pour arriver à sécréter sont la conséquence de néoformations d'organes nouveaux. En supposant que ce fait fût vrai, il serait pour ainsi dire une confirmation de la règle à laquelle nous avons fait allusion, car à chaque grossesse nouvelle la glande passerait alors par une voie de rénovation complexe, par une reconstitution analogue à celle qui procède à sa formation première. Mais il n'en est rien, toutes les parties, qui doivent ultérieurement prendre un développement si extraordinaire, existent en puissance, mais atrophiées, ratatinées, dormant pour ainsi dire jusqu'au jour

(1) Voir à ce 8uj«H le mémoire de L. Ranvier : De la dégénérescence et de la régénération des nerfs sectionnés. (Comptes rendus de la Société de» biologie, 1874, p. G3.j

OÙ Taction de l'utérus vient mettre en mouvement l'activité nutritive de tous les éléments de la glande mammaire, et faire que les acini rétrécis et représentés, sur les parties latérales du lobule, sous forme de bosselures insignifiantes, s'allongent, s'élargissent, se contournent et donnent à ce lobule le volume qu'on lui trouve lorsqu'il est entré eo pleine fonction sécrétante.

Ces faits paraissent enlever toute base solide à ropinion de Velpeau.

Nous devons de plus reconnaître, pour être justes, que ces modifications dans les idées de Velpeau ne sont pas dues uniquement à Lebert. Ses élèves ont une large part à revendiquer dans ce résultat, et, entre tous, M. Broca mérite la première place par l'importance de ses travaux.

En effet, pour démontrer la dépendance dans laquelle se trouvaient ces tumeurs par rapport au tissu de la mamelle, il a fallu, s' ajoutant aux examens microscopiques, les nombreuses et minutieuses dissections de M. Broca, et les recherches 'de M. Ollier sur les migrations des fibromes mammaires. C'est dans le même ordre d'idées que l'on peut encore citer les observations de Goyrand d'Aix et de Lenoir qui concourent au même résultat et établissent, d'une façon indiscutable, le développement des adénoïdes dans le tissu de la glande. Elles démontrent cette connexion pour celles même d'entre ces tumeurs qui paraissent le plus nettement séparées de la masse glandulaire, qui en sont extérieurement isolées, au point qu'on pourrait les en croire indépendantes. En effet, ces recherches font voir que ces tumeurs se rattachent à la glande par un pédicule quelquefois très-grêle, mais que l'on peut toujours retrouver par une dissection attentive.

Les travaux de M. Broca ne se confinent pas dans ce

point restreint d'anatomie patliologique surabondamment démontré; ils ont une portée plus grande, et par leur étendue, riniluence qu'ils ont exercée et qu'ils exercent encore, ils méritent d'être discutés avec soin. Disons toutefois que s'ils sont plus complets et plus étendus que ceux de Lebert, ils ne sont que le développement naturel de la doctrine de cet éminent anatomo-pathologiste et peut-être en exagèrent-ils les conséquences doctrinales.

M. Broca (1) développe cette importante question dans deux ouvrages dont l'un toutefois n est que l'abrégé ou la reproduction presque textuelle de l'autre : nous voulons parler de son Traité des tumeurs et de l'article du Diction^ naire encyclopédique consacré à l'étude des adénomes. Bien que ces articles embrassent la description des adénomes en général, sans distinction d'origine, ils s'appliquent plus particulièrement à ce que l'on désigne communément sous le nom d'adénomes mammaires. Car, ainsi que M. Broca le fait remarquer avec raison, les tumeurs de celte région ont été les premières connues; elles sont les plus fréquentes, aussi ce sont elles qu'on peut étudier le plus souvent. Il en résulte que c'est à l'adénome mammaire ou à la tumeur qui porte habituellement ce nom, que s'applique d'une façon particulière, pour ne pas dire d'une façon exclusive, la description qu'il en donne.

Comme pour Lebert, pour M. Broca, les adénomes At la mamelle forment un groupe compact comprenant les tumeurs mammaires chroniques d'Astley Cooper, les tumeurs fibrineuses de Velpeau, les fibromes de Cruveilhier. Ce terme commun sert à désigner toutes les tumeurs de la glande mammaire qui ne se conduisent pas cliniquement

(1) Voy. Broca, Trailé des tumeurs, t. Il, p. 413. et Dictionnaire encyclùpédique des sciences médicales, t. 1, art. Adénome.

comme des cancers et qui peuvent être rattachées à uor hypertrophie; car pour M. Broca corarae pour Lebert, ces adénomes sont le type des tumeurs hyperirophiqm. Nous verrons dans quel sens il faut entendre ce termt jusqu'à quelle limite il faut l'accepter, et s*il est vrai qui! y ait hypertrophie élémentaire.

D'après l'ensemble des caractères qu'il reconnaît à ce? tumeurs, il lui paraît évident qu'il faut les diviser en deai variétés assez distinctes. La première, dans laquelle prédominerait le stroma : elles auraient alors une consistance dure et correspondraient aux tumeurs fibreuses de Cruveilhier. Dans l'autre variété, ce que M. Broca regarde comme Vêlement glandulaire prendrait un développement plus considérable que le stroma. Elle représenterait les tumeurs fibrineuscs de Velpeau, les hydalides de k mamelle d'Astley Gooper.

iNous pouvons voir déjà par cette division du travail de M. Broca, qu'on peut lui adresser certaines critiques.

11 n'est pas douteux, en effet, que toutes les tumeurs décrites sous le nom d'adénomes par les uns, d'adénoïdes par les autres, dérivent de modifications diverses des différentes parties constituantes de la glande, soit de ses éléments sécrétants ou sécréteurs, acini ou conduits collecteurs (cas le plus rare à notre avis, en tant qu'origine de la lésion), soit, et ce second cas est le plus fréquent, par suite d'altérations survenues dans le stroma conjonctif péri-acineux réunissant les uns aux autres les éléments glandulaires.

Mais est-il vrai que le plus souvent ce que l'on considère, avec les procédés d'examen par dissociation , comme de véritables culs-de-sac glandulaires, à cause de leur forme en tube et de l'épithélium qui tapisse les

^ bords et le fond de ces dépressions tabulaires; est-il vrai, '^ disons-nous, que cette disposition anatomique soit due à "* de véritables acini néoformés ? On peut émettre des doutes ^' sérieux sur ce point particulier, dans le plus grand nom- *' bre des circonstances. On sait, en effet, que dans celles de ces tumeurs qui sont les plus nombreuses, les fibromes ■ endo-canaliculaires, on rencontre de véritables acini plus ^ ou moins altérés et plus ou moins modifiés, et à côté de » ce tissu glandulaire encore reconnaissable par ses caractères extérieurs, on trouve des cavités kystiques d'origine glandulaire et remplies par des végétations foliacées dont les différentes nervures sont séparées par des dépressions plus ou moins profondes. A un examen superficiel on pourrait prendre ces dépressions pour une glande en tube. Mais elles se différencient du véritable acini même modifié, et par la forme de la dépression, et parla nature de répithélium qui la tapisse, et par le mode de développement qui préside à sa formation.

Lorsqu'on procède à l'examen d'une parcelle de ces tumeurs par le raclage et la dissociation des tissus, on obtient des débris microscopiques où l'on peut quelquefois reconnaître un véritable acinus, mais où l'on ne découvre le plus souvent que ces dépressions interfoliacées plus ou moins complètes et se présentant dans une étendue plus ou moins considérable de leur longueur.

Ne peut-on pas supposer que cette confusion entre ces dépressions et une véritable organisation glandulaire, soit venue altérer les résultats des recherches microscopiques de Lebert et de M. Broca (1)? Cette supposition défi) Traité des tumeurs, t. II, p. 406.

« Les conditions anatomiques qui ont permis de constater la formation d'éléments glandulaires entièrement nouveaux, se rencontrent rarement dans

vient presque une certitude lorsqu'on sait qu'un norobn assez considérable de ces tumeurs ne contiennent pk quel que soit le point que l'on examine, quelle que sot l'étendue des coupes que l'on pratique, que des élément glandulaires profondément modifiés. Les changement^ qu'ils ont subis sont tels, qu'il faut, pour les reconnaître, une étude attentive de faits nombreux, ayant permise-^ suivre ces altérations depuis leur début jusqu'à leun termes extrêmes.

Pour résumer en quelques mots cette partie de notre critique, nous pensons pouvoir reprocher à M. Broca d'avoir décrit souvent comme formation glandulaire mi? disposition anatomique qui n'est en réalité qu'un accident de développement y et que l'on peut retrouver dans toutes les végétations, dans tous les papillomes en choufleur. Comme on le voit, cette objection, sérieuse à notre avis, s'adresse à la théorie de Tadénôme et à celle de l'hypertrophie, quel que soit le sens dans lequel on l'entende, partielle ou élémentaire.

Nous avons déjà combattu la théorie de radénôme lorsque nous avons analysé les travaux de Lebert, alors que nous avons cherché à faire voir combien l'hypertrophie vraie était improbable, et quelles étaient les objections que l'on devait élever contre elle. Nous ne reviendrons pas sur ce point particulier; mais en discutant cette question nous aurions dû parler de la distinction que M. Broca avait voulu établir entre Y hypertrophie géyiérale et Vhy-

les adénomes multi-glanduluires. Il parait assez probable toutefois que les végétations des kystes prolifères de la mamelle observées par M. Paget, dans une variété exceptionnelle d'adénomes que cet auteur distingué a prise à tort pour le type des adénomes mammaires, renferment quelquefois des éléments glandulaires tout à fait indépendants du tissu de la glande adjacente. > (Broca.)

pertrophie partielle de Lebert, et la manière dont il dé- ^ sirait que fût comprise cette dernière. A son avis, 1'%- ■^ pertrophie partielle devait être synonyme d'hypertrophie ■■ élémentaire. Mais que faut-il comprendre sous cette dé- • signation d'hypertrophie élémentaire? Est-elle due au

■ développement exagéré des cellules épithéliales, ou bien

■ à celui du tissu conjonctif qui entoure la partie sécrétante? f Certainement c'est un peu tout cela, mais c'est plus enp core et Ton retire de la lecture attentive du Traité des

tumeurSy l'impression que les parties sécrétantes aug- I menteraienty non-seulement de volume y mais encore de nombre (1). Le cul-de-sac glandulaire prend la valeur d'un élément analomique, et après avoir eu la cellule spécifique^ nous arrivons à Vorganule spécifique.

Ce que nous avons dit sur les causes d'erreur, dans les examens anatomiques des fibromes papillaires^ répond pour une large part au plus grand nombre des faits dans lesquels on serait tenté de croire à cette multiplication des organyles glandulaires, et permet de rejeter le plus souvent cette interprétation.

Le résultat des recherches de M. Ramier (2) vient con-

(1) Pour démontrer que rhypertrophie est due surtout à la multiplication des culs-de-sac glandulaires, M. Broca se livre à des calculs dont voici le résumé.

L*ampliation des culs-de-sac n^entre donc que pour une part très-minime dans l'accroissement des adénomes du 1«' type, et cet accroissement est dû presque entièrement, souvent même il est di^ entièrement à la multiplication des culs-de-sac, c'est-à-dire à la formation continuelle de culs-de-sac nouveaux qui s'ajoutent aux anciens. (Broca, Traité dei tumeur 8^ t. II, p. 432.)

(2) Dans son traité é'Anatomie pathologique ^ malgré l'afllrmation donnée devant la Société anatomique, M. Ranvier reconnaît n'avoir vu qu'un seul fait d'adéndme vrai. {Bulletin de la Société anatomique, année 1869.)

Voici d'ailleurs les caractères que M. Ranvier considère comme ceux des adéndmes véritables.

Ils sont composés du tissu môme de la glande et se confondent pour

lirmer celle opinion. Cet anatomo-pathologiste, avec bea.-] coup d'autres, sans nier d'une façon absolue Texisle^t de V adénome vrai y l'admet avec de telles restrictions qo g i en fait une rareté pathologique. Nous sommes disp(^i| admettre que les faits qui ont été considérés comme de' exemples d'adéiiômes vrais doivent être rapportés à m variété de tumeurs que nous étudierons plus tard, soit le nom à'épithélioma intra-canaliculaire.

Dans cette partie de notre exposé historique nous inous sommes occupés que d'anatomie pathologique puiv, que des travaux de Lebert et de son école, sans chercher: nous rendre compte de l'influence exercée par les théorifc que nous avons exposées sur la pratique chirurgicale: aussi, pour apprécier actuellement cette influence, noit devons faire connaître les points principaux de deux discussions scientifiques très-importantes soulevées la mêrn»: année, l'une à l'Académie de médecine (1), l'autre à h Société de chirurgie (2).

Devant cette dernière société il fui question. plus particulièrement de l'écoulement de sérosité sanguinolente par le mamelon, de sa valeur diagnostique et pronostique, et c'est tout à fait secondairement que la question des adénoïdes, et surtout de l'origine des kystes des tumeurs mammaires, fut soulevée par M. Verneuil. Aussi, nous ne nous arrêterons pas actuellement sur ce point particulier

ainsi dire avec la niasse de la mamelle. Les culs-de-sac sont alors séparés les uns des autres par une faible quantité de tissu fibreux. Les tumeurs sont limitées par une membrane bien nette et présentent à leur intérieur un épithélium pavimentcux.

Cet auteur ajoute que ces tumeurs sont très-rares et qu'il n*a eu qu*une seule fois l'occasion d'en voir une. Voir é^ilement l'art, adénôices du Mù" nuel et histologie pathologique par Comil et Ranvier, \^ partie, page 291.

(1) Bulletin de l* Académie de médecine, 1854.

(2) Comptes rendus des séances de la Société de chirurgie, 1854.

^ nous y reviendrons plus utilement lorsque nous ferons • une étude complète du phénomène alors en litige et sur ^•lequel Richard avait attiré l'attention dès 1852, à l'occa- ** sion d'une malade de M. Nélaton, malade qui avait été le ^ sujet d'une leçon clinique intéressante. ? L'origine de la discussion académique de 1854, bien ■ que paraissant, à première vue, en dehors de ces recherches, nous intéresse au fond plus directement, parce que I les points particuliers discutés et mis en lumière viennent f à l'appui de l'opinion que nous avons défendue lorsque I nous avons cherché à faire connaître les résultats obtenus par Lebert et son école.

Quand nous avons parlé des premiers travaux de Lebert, nous avons établi ce fait, c'est que la préoccupation constante des histologistes de cette époque, leur objectif perpétuel, avait été la découverte d'un élément spécifique pour caractériser le cancer. Toutes leurs recherches étaient dominées par le désir de constater l'existence ou l'absence de cette cellule spécifique. Lorsqu'elle existait, la production morbide qui la contenait était un cancer; lorsqu'on ne la rencontrait pas, la tumeur perdait tout de suite tout caractère de malignité, elle était Iwméomorphe^ elle ne récidivait pas. Nous avons rejeté cette manière de voir, en nous fondant surtout sur la variabilité et la mutabilité de tous les caractères distinctifs des différents éléments anatomiques; mais la discussion académique de 1854 est encore plus démonstrative à ce sujet. Elle a pour point de départ la question de la curabilité du cancer. Faut-il admettre et accepter comme cancéreuses les tumeurs dans lesquelles on rencontre la prétendue cellule? Faut-il considérer, au contraire, comme bénignes celles dans lesquelles elle n'existe pas? Velpeau et Delà-

fond ne le croient pas; suivant eux la spécificité de$ â^| ments n'est pas démontrée. Ce sont d'autres caractér" différentiels qu'il faut rechercher. Velpeau aurait \m\ trouver dans l'étude microscopique du sang ce caradir différenliel, qui, jusqu'à ce jour, n'a pu être délenni| dans ce liquide.

Nous pouvons dire que les arguments apportés dam^l cours de la discussion par ces deux orateurs, par lep^l mier au point de vue clinique, par le second au poinli' vue histologique, contre la valeur attribuée à la ciM^ spécifique y emportent la conviction, et Ton peut conclur? avec eux que la présence même de cette celluU ne serai pas caractéristique puisqu'on la rencontre dans des tissi^ qui n'ont rien de cancéreux.

La démonstration clinique donnée par Velpeau de ce fait est également péremptoire, irréfutable, et on peut dire qu'à partir de ce jour la spécificité des éléments a peniu toute autorité dans le diagnostic et le pronostic des productions morbides de nouvelle formation. D'ailleurs cette discussion fait ressortir pleinement le grand écueil (Il des travaux de l'école de Lebert ; c'était d'avoir voulu généraliser trop tôt à l'aide de quelques faits particuliers el d'avoir voulu appliquer immédiatement à la pratique chi-

(1) Il faut toutefois dire, à la décharge de Técole de Lebert, que les recherches histologiques ne lui étaient pas rendues faciles. Le discours de M. Larrey est très-instructif ù cet égard et rend compte des devinettea que les chirurgiens voulaient imposer aux anatomo-pathologistes. Les uns et les autres imposaient et acceptaient cette situation par suite de Topinion éi^ ronée acceptée par tout le monde sur la valeur du microscope comme moyen de diagnostic. Dans l'opinion généralement dominante, l'examen microscopique devait tout faire connaître et tenir lieu de tout, alors qu'il n'est qu*un moyen de dissection perfectionnée et donnant la connaissance des notions qu'on ne pourrait avoir autrement, mais ne dispensant pas dos autres moyens d'investigation.

rurgicale des résultats qui pouvaient et ne devaient avoir de valeur, pendant de longues années, que pour les laboratoires. La partie du discours de Velpeau relative aux tumeurs homéomorphes et hétéromorphes est particulièrement intéressante à ce point de vue, dans les parties où il étudie l'épithélioma, la tumeur fibro - plastique et la généralisation des tumeurs de cette nature.

Les monographies qui parurent en France, après le travail considérable de M. Broca, ont une importance bien minime. Lorsqu'on les compare à ce travail, on s'aperçoit bientôt qu'elles n'en sont qu'une pale imitation. C'est en effet le jugement que l'on peut porter sur la thèse de M. Porez (I) et sur celle de M. Launay (2). Cette dernière toutefois mérite une mention particulière à cause des bonnes observations cliniques qu'elle renferme. Enfin une thèse publiée à Strasbourg, et due à M. Huvelin (3), a des prétentions qu'elle ne justifie guère. Destinée à faire la critique des travaux parus jusqu'à ce jour sur les tumeurs adénoïdes, elle ne parle pas des faits nouveaux et peu connus en France, que l'école de Strasbourg devait certainement connaître, par suite de ses relations avec l'Allemagne. Ainsi donc, en France, l'école de Lebert se trouve surtout personnifiée par les travaux personnels de Lebert et par les publications de M. Broca.

Comme conclusion de l'analyse minutieuse des travaux de celte école, nous dirons que sa doctrine des tumeurs hypertrophiqiies du sein a été erronée, d'abord par l'excès de généralisation qui l'avait amenée à confondre sous le

(\) porez. Des tumeurs adénoïdes du sein, th. Paris, 1858. {t) Launay, Des tumeurs adénoïdes ou tumeurs partielles de la mamelle, Ih Paris, i8(J3.

(3) Uuvcliii, Étuile critique des tumeurs dites adénoïdes, th. Strasbourg,

T. DU SEIIf. -i

nom générique d'adénome des tumeurs qui n'étaient plus glandulaires; et ensuite par une conception artificielle de V hypertrophie, conception qui ne correspond en rien à la réalité des fails. Enfin, nous avons cherché à étudier k^ causes de cette erreur en démontrant qu'elle était due surtout à une méthode d'examen défectueuse et à un désir de généralisation prématuré.

A la suite des travaux de Lebert et de son école nous devons placer les publications importantes de deux chirurgiens anglais Paget et Birkelt, qui procèdent bien évidemment, pour le fond de leurs travaux, de l'école française, dont ils acceptent la plupart des théories ; ils les modifient toutefois en quelques points, par suite de Tinfluence antérieure d'AsIley Cooper et de Benj. Brodie.

Sir Paget consacre une partie importante de ses Leçons sur les tumeurs à l'étude anatomo-pathologique des tumeurs du sein, et plus particulièrement de celles qui sont bénignes; mais, par suite même de la distribution de ces leçons, et comme conséquence du processus pathogénique assez singulier et toujours le même qu'il leur attribue, il est amené à étudier dans des chapitres différents chacune des diverses formes qu'elles peuvent présenter. Aussi, pour arriver à se faire une idée de ses opinions, il faut les rechercher successivement dans les leçons sur les kystes simples (1), sur les kystes proli-

(I) \oir Lecture on Surgical Pathology^i. II, par John Paget, p. 27, 28,

CeW\ partie est surtout relative à la formation des kystes simples auxquels il attribue trois modes de développement.

Le premier par l'élargissement et la fusion des espaces du tissu aréolaire cellulo-libreux.

Le deuxième par dilatUion des conduits excréteurs ou sécrétants des partics de la glande. Dans le troisième, beaucoup moins facile à comprendre, les

fères (1), sur les tumeurs glandulaires (t2). C'est dans les parties de son ouvrage qui traitent des kystes prolifères que nous trouvons les renseignements les plus étendus; c'est là qu'il développe très-complètement le mode de formation de ces tumeurs et qu'il se rallie à une hypothèse unique, celle des kystes prolifères^ qui, à ses yeux, peut expliquer toutes les apparences les plus variées que l'on rencontre dans l'étude anatomique de ces tumeurs.

Sir Pagel, en effet, avait certainement observé et les tumeurs péri'Canaliculaires et celles qui deviennent endocanaliculaires : ces deux formes, on le verra, se combinent souvent, aussi ce sont des tmneurs mixtes que l'on rencontre le plus habituellement. Mais il arrive quelquefois que ces deux résultats différents du processus irritatif, portant sur les tissus péri-glandulaires, restent isolés, parce que dans les uns la formation péri-acineuse seule s'est développée, tandis que dans les autres toutes les parlies de la tumeur ont donné naissance à des végétations endo-canaliculaires. Ces deux formes différentes ne peuvent être expliquées, ne peuvent se comprendre que si l'on accepte l'existence de processus différents dans les deux cas, se combinant le plus souvent, mais pouvant rester isolés dans certaines circonstances.

P.iget ne veut admettre qu'un seul mode de développement ; c'est celui des Ays/e5/)ro/î/'éres. Dans cette théorie, un kyste séreux se développe, et son origine peut se rattacher aux trois modes de formation qu'admet Paget et que

kystes sont dus à la prodigieuse végétation d'éléments nouveaux, ayant h\ structure de cellules ou de noyaux, et qui dès l'origine ont pris un rarnclèn* morbide. — H compare celle formation kystique à celle que Rokitansky a décrite dans le rein, suivi plus tard dans celte voie par Frerichs et Simon.

(1) Mi^me ouvrage, p. 50. 57 cl suivantes.

li) Môme ouvragi», p. '2iS et suivantes.

nous avons signalés (1). C'est ce kyste qui va devenir Toripine de toutes les variétés de tumeurs. En effet, sa cavil^ au début serait remplie d'un liquide séreux, ses parois seraient minces, et à cette période il serait impossible de le différencier d'un kyste séreux ordinaire; mais bientôt, et c'est à cette particularité qu'on le reconnaîtrait, la fm interne de ses parois se recouvrirait de végétations plus ou moins sessiles, plus ou moins pédiculées. Puis, les végétations, augmentant de volume, finiraient par remplir la cavité du kyste, et se souderaient par toute leur périphérie aux parois kystiques; le liquide, d'ailleurs, se serait résorbé au fur et à mesure que les végétations se seraient développées. Ce travail d'adhérence terminé, une tumeur primitivement liquide puis contenant des parties liquides et solides en quantité variable, donnerait naissance à une tumeur entièrement solide, qui néanmoins conserverait la forme lobulée qu'elle avait alors qu'elle était en voie de développement.

Telle est, en peu de mots, l'explication que Paget donne du mode de développement de ces tumeurs. Cette théorie est simple et originale, mais elle n'a que cette qualité, tandis qu'on peut lui reprocher de n'avoir pas tenu un compte suffisant de l'étude des tumeurs fibreuses ou sarcomateuses du sein de petit volume. Elle n'expliquerait pas du tout la formation de ces dernières, qui, ainsi qu'on le sait, se présentent sous forme de masses solides dans lesquelles les productions kystiques complètes sont rares, pour ne pas dire exceptionnelles.

E»pliquc-t-elle le développement des tumeurs volumineuses de même nature dans lesquelles il est de règle de trouver dos cavités kystiques le plus souvent considérables,

(1) Voir la noie à la page 50.

contenant d'énormes végétations et des produits liquides variés? Nous ne le croyons pas davantage. En effet, d'après la théorie des kystes prolifères, une tumeur serait d'auiant plus kystique qu'elle serait plus petite, plus jeune, plus récente, plus près de son début, tandis qu'en réalité cette disposition n'existe pas et que même, à leur début, ces tumeurs sont entièrement solides. L'observation des faits démontre, au contraire, qu'elles sont d'autant plus kystiques qu'elles sont plus volumineuses et plus anciennes. On rencontre souvent dans ces énormes tumeurs d'immenses cavités à parois charnues, irrégulières, et contenant d'autant plus de liquide qu'elles remontent à une époque plus éloignée. On est en droit de se demander si jamais sir Paget a pu examiner ces grosses tumeurs fibro-cystiques, si caractéristiques au point de vue anatomo-pathologique, et dont l'étude condamne absolument sa théorie.

A côté des kystes prolifères, nous devons accorder quelque attention à une autre variété de camtès kystiques, d'origine glandulaire el dues à la dilatation des conduits excréteurs. Ces cavités, pour Paget, auraient perdu leurs propriétés proligères, ce qui expliquerait le peu de développement qu'elles prennent. Le liquide contenu dans ces kystes est séreux, mêlé à des produits dérivés du lait ou du colostrum; mais il faut bien le reconnaître, ces kystes, qui coexistent quelquefois avec un état cirrhotique de la glande, n'appartiennent pas exclusivement aux tumeurs bénignes, et s'ils peuvent exister dans les diverses formes que nous avons à étudier, on les retrouve également dans certains squirrhes atrophiques de la mamelle. Leur origine glandulaire n'est pas douteuse, et s'ils ne sont pas devenus prolifères, ce n'est pas qu'ils aient perdu celte propriété, c'est que leur mode de formation ne comportait

pas ce genre de développement. Le tissu conjonctif périacincux n'était pas le siège d'un processus irritatif suffisant pour amener la formation de lacunes et de végélalioib intra-lacunaires. Ce sont de simples kystes par rétention, dus à une atrésie des voies d'excrétion, à une gêne apportée dans l'écoulement de produits sécrétés qui n'ont pu être résorbés en totalité.

Postérieurement à sir Paget, mais procédant évidemment de la même école que cet éminent chirurgien, parurent les publications multiples de Birkett. De même que son devancier, ce dernier s'occupe surtout des formations kystiques si curieuses et le plus souvent si caractéristiques des productions morbides bénignes du sein. Mais s'il décrit avec soin ces diflférenles formes de cavités, il renonce à la théorie de Paget et de Hodgkin, celle des kystes prolifères, du moins en partie; car il n'admet plus que ce soit uniquement à une modification particulière de leur paroi qu'un certain nombre de ces cavités doivent de rester stériles, tandis que les autres donnent naissance à des végétations pariétales d'où procéderaient des tumeurs solides.

Birkett admet dans le sein deiix variétés de cavités kystiques : les unes, dues à une dilatation des canaux excréteurs de la glande, i}e seraient autre chose que des kystes par rétention; c'est à cette variété qu'il propose de donner le nom de fnaladie kystique des conduits; les autres cavités se développeraient dans les fascia de la glande, en dehors par conséquent du tissu glandulaire, sans avoir le moindre rapport avec les canaux excréteurs ; il les désigne sous le nom de kystes blastémaliques, parce qu'il attribue leur formation à l'organisation d'un blastème

épanché; ce seraient ces derniers qui présenteraient des végétations solides, proéminentes dans leur cavité, végétalions tellement remarquables, à ses yeux, par leur apparence glandulaire, qu'il les considère comme une dépendance de la glande; il leur manquerait seulement des conduits excréteurs.

D'après Birkett, la partie importante de Thisloire de ces derniers kystes consiste dans ce fait : qu'ils pourraient se développer indépendamment de la glande normale, quoiqu'on les trouve toujours dans la sphère d'activité de l'action nutritive de cet organe.

Dans l'étude que nous avons faite des travaux français de cette période, nous avons laissé de côté la théorie exposée par M. Broca, d'après laquelle il se formerait des kystes venant coiffer les végétations glandulaires, les adénomes, comme il les appelle. Nous reconnaissons là la théorie de Birkett, dans laquelle un blastème épanché donnerait naissance à un kyste recevant dans son intérieur des végétations d'apparence glandulaire. Le kyste séreux adveniifde M. Broca et le kyste blastématique de Birkett se ressemblent beaucoup. Doit-on admettre et le mode de formation de ces kystes, et l'existence mêine de cavités dues au mécanisme que nous venons d'exposer? Nous ne le croyons pas. Il existe bien des cavités avec des végétations, mais elles n'ont aucune origine blastématique et elles ne sont pas dues non plus aux bourses séreuses étudiées par Massot (1).

Celte erreur d'interprétation est due, nous le pensons du moins, à ce que Birkett et M. Broca n'ont étudié, dans

(!) Massot, thi'5c. Paris, i85i. Des hy^omas ou des kystes séreux qui compliquent les tumeurs.

les tumeurs qu'ils ont eu à examiner, que les parties anciennes, dans lesquelles l'évolution kystique, arrivée à son degré extrême de développement, était complètement achevée depuis longtemps. Ils avaient laissé de côté les parties où le travail morbide récent, en voie d'évolution, permet de saisir le mode de formation qui préside à la production des cavités lacunaires; c'est alors qu'on peu! s'assurer que ces kystes sont dus à des déformations et à des dilatations des cavités glandulaires préexistantes.

Certes, ces premiers travaux de Birkett ne nous donneraient pas beaucoup de renseignements nouveaux; mais une série de publications (1) dues au même auteur nous font connaître les résultats de recherches plus originales et plus vraies sur les adénoïdes.

Il divise ces tumeurs en trois classes, d'après leur forme extérieure, leurs caractères anatomiques, macroscopiques et histologiques. Cette division paraît très-naturelle, si Ton en juge par la première variété, qui comprend les tumeurs solides sans cavités kystiques appréciables à l'œil nu, et correspondant aux fibromes de Cruveilhier. Mais doit-on accepter la division qu'il veut ensuite établir dans les tumeurs cystiques, suivant que les cavités normales seraient dues à des cavités glandulaires, ou bien se développeraient de toute pièce dans un blastéme?

C'est peut-être un moyen commode de faire rentrer tous les faits dans une étude générale, mais il est artificiel et fondé sur une pathogénie erronée du mode de production de ces cavités.

(i) Birkett, Description of sortie of Vie tumours removed from the Breast mid preserved.

In Guy's hospital report, 2« série, t. VI, p. 327. 1840. In Guy*s hospital report^ î" série i. VII, p. 30.">. I85t. Âdénocèle, Guy s hospital report^ 3« série, i. I, p. 131. 18r>5.

En résuméy nous avons vu, en France, l'école anatomopalhologique pure arriver à la doctrine de Vêlement spécifique et, après un engouement extraordinaire, dû d'ailleurs à la simplicité apparente de son enseignement, aboutir à un résultat incomplet. Cette doctrine ne put rendre compte de tous les faits, et fondée sur une hypothèse, sur un caractère artificiel, variable, contingent, elle fut abandonnée presque immédiatement par les cliniciens au service desquels elle s'était mise presque exclusivement, et trop aveuglément, mais que souvent aussi elle avait eu la prétention de diriger. Ceux-ci ne trouvèrent pas, dans les résultats que donnaient ces études, des moyens de renseignements suffisants, car, sans parler des défauts de la méthode et des dangers de l'hypothèse, l'époque n'était pas encore venue de recueillir les fruits de ces recherches. Les résultats obtenus n'étaient pas établis depuis assez longtemps pour servir de base à un diagnostic anatomique exact, à un pronostic clinique certain.

Les uns et les autres, anatomo-pathologistes ou cliniciens, étaient injustes en demandant à une science encore incertaine et qui cherchait ses voies plus qu'elle ne pouvait donner. Il fallait étudier les tumeurs comme on étudie tous les objets dans les sciences naturelles, et les déterminer d'après un ensemble de caractères pouvant servir de base à une classification n'ayant plus rien d'artificiel. Ce sont les recherches, les tentatives faites dans ce sens et les résultats auxquels on est arrivé, que nous allons actuellement chercher à faire connaître.

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