TUMEURS D'ORIGINE CONJONCTIVE
péri-acineux, a été le point de départ dans ce tissu d'une activité nutritive exagérée. La prolifération épithéliale est alors modérée et reléguée sur un second plan ; elle n'est que le résultat d'une excitation afTaiblie et qui se passe dans une autre région de l'élément glandulaire.
Il arrive même fréquemment qu'on n'en retrouve aucune trace et que, si elle a existé, les indices de son existence ont été fugaces et ont rapidement disparu; le plus souvent, les seuls vestiges de sa présence antérieure consistent en un détritus granuleux formé par des cellules épithéliales desquamées et qui ont donné naissance à un magma ayant déjà subi la dégénérescence granulo-graisseuse.
TUMEURS d'origine CONJOiNCTIVE
Lorsque, au contraire, le travail morbide a porté son action principale sur le tissu conjonctif péri-acineux^ qu'il y a pris une extension considérable et donné naissance à une production exubérante de tissu conjonctif nouveau ou à des dérivés de ce tissu, nous rentrons dans la seconde forme morbide, celle des deux qui est la plus fréquemment observée.
A l'occasion de ces tumeurs nous avons à nous poser et à ivsoudre un certain nombre de questions.
En premier lieu, est-ce véritablement dans le tissu conjonctif péri-acineux que se passe le travail morbide et que se produit le tissu néoformé? Certes il faut ici faire une dislinclion. Dans certains cas, et ce sont les plus rares,
dans ceux qui succèdent à un phlegmon chronique (^k mamelle, lelissu conjonctif nouveau prend naissancete le lissu cellulo-adipeuw péri-lobairc. Il donne lieupar^ rétraclion, lorsque ce phénomène se produit, à une s«)rV de cirrhose du sein, cirrhose dont nous étudierons pb tard les conséquences funestes sur le lobe atteint, ou sur k partie plus ou moins volumineuse de la glande ainsi allérét.
Le plus souvent, le travail pathologique a son point d^ départ primitif (iaw^ le tissu conjonctif péri-acineuxàoni nous avons étudié, dans nos considérations histologique? sur Tacinus, la disposition spéciale et que nous avons ni former des zones concentriques à la périphérie du cuMe- }=ac glandulaire. C'est ce que démontre l'étude d'un grand nombre de faits dans lesquels nous avons pu suivre h' processus pathologique, depuis son point de départ jusqu'à ses conséquences les plus extrêmes.
Dans les faits où Ton peut assister au début de l'altération, la première chose que l'on constate, c'est une augmentation notable de ce tissu conjonctif péri^acineux.\j^ cellules qui y existent à Tétat normal sont plus volumineuses, plus nombreuses; il en résulte un écarlement pour ainsi dire mécanique, un allongement des culs-desac glandulaires dû à la même cause. L'examen de quelques pièces anatomiques, surtout des fibromes lobulaires circonscrits, ne laisse aucun doute à cet égard dans l'esprit de l'observateur.
Mais quelle est la forme qu'adopte le travail hyperplasique?
Donne-t-il toujours naissance à un tissu nouveau, analogue en tous points à celui qui existe normalement autour des acini? ou bien subit-il un certain nombre de modifi-
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""■•cations dans sa nature, dans ses propriétés histo-chimiques, ^dans ses caractères extérieurs ?
A Quelle que soit la théorie que Ton adoptcpour se former ^ une idée sur la constitution intime du tissu conjonctif ^ péri-acineux, le processus morbide est le même ou prêta sente du moins la même apparence.
II On sait que pour les uns, pour Virchow (4), entre autres, qui est l'auteur de la théorie cellulaire, le tissu r conjonctif est formé par des cellules unies les unes aux p autres par une masse fondamentale. Dans le tissu qui méi rite par excellence la dénomination de tissu conjonctif, les éléments seraient des cellules étoilées, reliées par des prolongements canaliculés, donnant naissance à une série d'aréoles dans lesquelles serait contenue la substance conjonctive.
Cette conception a été profondément modifiée par M. Ranvier (2), qui a pu démontrer que cette disposition des éléments n'était qu'apparente, et qu'il fallait donner de la constitution intime du tissu conjonctif une autre explication. La substance intercellulaire serait représentée par des faisceaux sur les faces desquels seraient appliquées des i'ellules épithélialcs, des endothéliums, nom sous lequel on les désigne habituellement. Ce sont ces cellules qui seraient les parties véritablement actives dans le tissu conjonctif ainsi conçu, et qui, par suite des modifications nutritives qu'exciterait en elles l'irritation qu'elles subissent, donneraient naissance à des modifications plus ou
(I) Voir Pathologie cfllulaire par Riid. Virchow. Traduction Picard Paris, 18G(i, p. \ii) ot suivanU^s.
{i} Des élémenls cellulaires des tendons du tissu conjonctif lâche {tissu cellulaire) par L. Ranvicr. ArdUves de physiologie normale et pathologie que y 1869, p. i7l-.iN7.
moins considérables dans la composilion de ce lia
Quelle que soit celle de ces théories que l'on accepter que Ton considère comme la véritable, on pourra sa pliquer tout aussi facilement l'apparence offerte pa^^ tissu conjonctif à l'état normal , et se rendre complet processus variés par lesquels il passe pour donner msance à d'autres tissus qui en sont les dérivés.
Dans la théorie de Virchow, ce sont les cellules étoife elles-mêmes qui prolifèrent, dont les noyaux se segraenlei et donnent naissance à des cellules embryonnaires, capabte de subir ultérieurement une série de modifications. Dacî la théorie de M. Ranvier, ce rôle, ainsi que nous ra\m fait remarquer, est départi aux endothéliums.
Quoi qu'il en soit, voici ce qui se passe dans le tissu codjonctif péri-acineux.
Les éléments cellulaires prolifèrent et deviennent plui nombreux, surtout dans la première zone conjonctive, dans celle qui est sous la dépendance immédiate de Tacinus (1). Le plus souvent, ou pour mieux dire toujours, ao début, sur des préparations convenables, on obsene des éléments d'apparence fusiforme, et dus, d'après la théorie de M. Ranvier, à ce que les cellules endothéliales sontgonllées, turfjides, tandis que les faisceaux intermédiaires deviennent moins volumineux, s'atrophient pour ainsi dire. Il s'est formé par ce travail morbide une sorte de tissu que Ton désignait, il n'y a pas longtemps encore, par le nom de tissu fibro-plaslique, en le confondant, dans un certain nombre de cas, avec le sarcome à cellules fu^ifortnes. On doit reconnaître, il est vrai, qu'il s'en rapproche beaucoup par l'aspect extérieur; cependant un examen attentif per-
(I) Voir nos considérations d'an.itoniie normale sur la constitution du tissu conjonclir de la glande mauiniaire (pages 81-l)à).
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^met d'apercevoir un certain nombre de différences qui ^rendent compte de la marche et de la terminaison diffé- *'rente de la lésion dans les deux cas. ' Le premier tissu est celui d'un fibrome en pleine acti- * vite nutritive, tandis que le second appartient à un sarcome ' dans lequel les éléments et toutes les parties constituantes sont devenues embryonnaires, tout en conservant la forme allongée si caractéristique.
M. Verneuil (1), dans un mémoire inséré dans les Bulletins de la Société de biologiCy après avoir fait cette confusion au point de vue histologique, avait vu cependant qu'il fallait établir une distinction sous le rapport du pronostic. Il avait constaté, en effet, que les éléments fibro-plastiques pouvaient donner naissance indifféremment à des sarcomes ou à des fibromes proprement dits. Il avait raison sur ce point particulier. Mais il n'en fallait pas moins séparer ces tumeurs de celles dont toutes les parties de la masse morbide, y compris les vaisseaux artériels et veineux, prennent, en même temps que le tissu propre du néoplasme, une structure enliérement embryonnaire et qui constituent alors le véritable type du sarcome.
Cette distinction une fois établie, nous voyons quel'hypcrplasie conjonctive de la couche immédiatement péi iacincuse peut donner et donne naissance, le plus souvent, à une production nouvelle qui conserve ses caractères de tissu conjonctif adulte. Celui-ci, dans certaines circonstances, devient du tissu conjonctif ancien, sénile pour ainsi dire. Dans le premier cas, ce sont des fibromes; daiis le deuxième, des fibroides dans lesquelles les élé-
(Ij Verneuil, Comptes remlns ihs sunices et des mémoires i!e la Société de biologie^ 2« série, t. II, p. 183. 18ô5.
ments cellulaires ont à peu près complélement dispan Mais ce n'est pas tout; révolution du tissu conjontlJ normal peut dépasser les limites qui lui permeltenlA: (*onserver sa structure régulière. Dans ce cas Ton w, la formation de l'élément cellulaire être hors de toute p portion avec celle de la substance intermédiaire qui & paraît; les vaisseaux eux-mêmes perdent leur struclur-: normale. C'est d'abord la couche adventice de ces vair seaux qui devient embryonnaire; puis la couche moyeniH et la couche interne subissent la môme évolution, il en résulte ce fait que toute la zone péri-acineuse est ocnipée par un tissu nouveau, entièrement formé d'élément embryonnaires, le plus souvent de forme ovalaire. L'analogie la plus parfaite existe entre ce tissu de nouvelle formation et le tissu que l'on rencontre habituellemeol dans les sarcomes. 11 est impossible de ne pas considérer ces tumeurs comme de véritables productions sarconw' teuses pouvant en présenter toutes les modifications ^ structure, de marche, de terminaison. Est-ce à dire que ces tumeurs offrent toute la gravité des sarcomes que l'on rencontre dans d'autres points du corp*? Nous ne le croyons pas, et un certain nombre d'observations paraissent militer en faveur de notre opinion.
Ce tissu conjonctif péri-acincux peut être le point de départ d'une autre modification. Les cellules qui le constituent peuvent subir l'altération colloïde et donner naissance à un myxomepén'acineux.C(^s tumeurs avaient été vues depuis longtemps, mais les opinions des palhologistes étaient partagées à leur sujet. Quelq\ies-uns, les considérant comme très-graves et rapidement infectieuses, les confondaient certainement avec des carcinomes dans les-