‹ Traité des tumeurs bénignes du seinChapitre 19 sur 84 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DK l'ORK.INK r.LANDCLAIRE DES TUMEURS MAMMAIRES BÉNIGNES; [€< DIFFÉRENTES RÉGIONS OU ELLES SE DÉVELOPPENT; DE LEURS MlCRi- TIONS ULTÉRIEURES.

On peut se placer à un double point de \^e pour étudier Torigine de ces tumeurs. D'abord, il faut dénionlrer leur origine glandulaire, que nous admettons pleinement, ainsi qu'on a pu le voir dans nos études antérieures, quelles que soient d'ailleurs les modifications de siège subies par le néoplasme Knsuite, on doit rechercher quelles sont, parmi les différentes parties de la glande, celles qui deviennent plus particulièrement le point de départ du processus morbide.

Nous avons dit que nous admettons l'origine glandulaire de ces tumeurs. C'est une opinion que nous partageons avec tous les anatomo-pathologistes de notre époque. Mais ce que les études microscopiques ont rendu facile» ne l'a pas toujours été pour tout le monde, pour ceux, particulièrement, qui n'avaient pas ce moyen d'investigation à leur disposition. Aussi a-t-on vu, jusqu'à ces dernières années, certains auteurs nier Torigine glandulaire des tumeurs dites adénoïdes du sein.

SI cette erreur n'était pas excusable, alors que le néoplasme se trouvait en plein englobé dans la glande mammaire, il était possible de la comprendre, lorsqu'il s'agissait de certaines de ces tumeurs presque absolument isolées du tissu glandulaire. Oh a pu voir, au point de vue clinique, quelques-unes des productions morbides auxquelles nous faisons allusion, être prises pour des ganglions lymphatiques plus ou moins volumineux et plus ou moins écartés de leur situation normale.

Nous chercherons à nous rendre compte des causes qui ont amené ces erreurs, et à expliquer le processus qui a présidé à ces déplacements.

L'origine glandulaire avait été acceptée par Astley Coopcr dont nous avons analysé les travaux sur les tumeurs mammaires chroniques. Presque tous ceux qui sont venus après lui, trouvant comme lui ces tumeurs en connexion intime avec le tissu glandulaire, avaient accepté celle opinion; c'était de là qu'était née la théorie du ctfstO'Sarcomedc Muller, de la tumeur cystique de Brodie, de Yadénome de Lebert. Velpeau seul a rejeté pendant longtemps ces idées; c'est ce qu'indiquait le terme de fibrinenses et plus tard d'adénoides par lesquels il désignait ces néoplasmes.

Nous avons étudié, en détail, Vuw et l'autre de <es théories du chirurgien de la Charité, et nous avons vu que, pour donner le nom de fibrinenses à ces tumeurs, il s»» fondait sur certaines analogies de couleur cl de consistance et sur quelques caractères étiologiques, qui les lui faisaient considérer comme des produits nés sous la dépendance d'un épanchement sanguin.

IMus tard, lorsque Lebert et son école eurent démontré dans ces productions morbides une apparence acincu^e,

Yelpeau admit une organisation du caillot assez avancîe pour amener la genèse d'éléments glandulaires plus ou moins parfaits; le terme de tumeur adénoïde vint indiquer l'évolution subie par les idées de Velpeau. Nous ne reviendrons pas sur les objections péremptoires que Ton peut opposer à ces deux théories. Nous ferons remaixjuer seulement que l'organisation des produits hématiques s^' fait d'une façon bien différente de celle qui était admise par l'éminent clinicien.

Les preuves que l'on peut apporter, pour démontrer l'origine glandulaire des tumeurs dites adénoïdes, soni multiples et puisées à différentes sources. Les unes se trouvent à la disposition de tous les chirurgiens et peuvent être constatées dans presque tous les cas : ce sont des preuves essentiellement cliniques, fournies par des sjtqptômes en rapport avec les fonctions de la glande mammaire, par l'examen direct pendant le cours de l'opération, ou enfin, lorsque celle-ci est terminée, par une dissection complète de la tumeur.

Les autres preuves sont d'une nature plus délicate et demandent des examens microscopiques minutieux ; mais leur recherche s'applique à tous les faits. Elles donnent une démonstration complète qui permet de saisir, le plus souvent, pour ainsi dire sur le vif, le processus morbide qui a présidé au développement des néoplasmes, et de se rendre compte dos différentes modifications que ceux-ci présentent dans leurs caractères extérieurs.

Comme exemple de démonstration clinique , on peut citer le fait rapporté , avec beaucoup de détails , par Goyrand d'Aix, fait qui vient, après un grand nombre d'autres , démontrer l'origine glandulaire des tumeurs dites adénoïdes.

ORIGINE GLANDULAlRIi: DES TUMEURS BÉNIGNES DU SEIN. Itil

La tumeur dont il s'agissait avait débuté avant le mariage; elle se développa d'une façon extraordinaire à l'occasion d'une grossesse et de la lactation qui en fut la suite. On dut l'enlever à cause d'un accroissement rapide qui lui fit atteindre en peu de temps un volume énorme. Dans le cours de l'opération on put constater, d'une façon certaine, la continuité du tissu de la masse morbide avec celui de la glande, et l'examen de la pièce, après l'opération, confirma absolument cette opinion (I).

Il est à remarquer, de plus, que depuis l'accouchement jusqu'au moment où M. Goyrand dut intervenir, la lactation avait eu lieu dans la glande malade, et les résultats de l'examen anatomique démontrèrent qu'un liquide, analogue à du lait, se produisait aussi bien dans la tumeur que dans le reste de la glande mammaire.

Cette démonstration si nette des relations glandulaires de ces tumeurs s'applique, dans presque tous les cas, à celles qui se sont développées dans le centre de la glande mammaire ou bien encore vers sa face postérieure. S'ap-

(1) Voici d'ailleurs ce que démontrait cet examen anatomique :

■ Sur des coupes pratiquées dans toutes les directions se voient

de petites ampoules ou des canaux blancs qui, ouverts avec la pointe du bistouri, donnent du lait. Ils sont en très-^and nombre; on on compt<^ six ou fiuit sur une surface de l'étendue d'une pièce de deux francs. En disséquant ces vaisseaux on les voit se diviser, se subdiviser et se terminer enfin dans des {granulations, t ( Goyrand , Élude sur les tumeurs adénoïdes du sein. Bulletin de thérapeutique, t. LUI, p. 537. 1857).

On peut rapprocher de ce fait l'observation suivante due à Lenoir et qui n'est pas moins probante.

a 11 y a environ dix ans, je fus consulté par une dame de Meaux qui me présenta sa Aile portant dans le sein gauche une de ces petites tumeurs mobiles et granuleuses que je connaissais alors sous \(* nom de tumeur mammaire chronique. Cette dame me demandait si sa fille pouvait être mariée dans l'état de santé où elle se trouvait ; je répondis affîrmativement.

n Quel fut mon élonnementquand,à 18 mois de là, je fus appelé à Meaui auprès de cette jeune personne alors mariée et récemment accouchée, afin de lui pratiquer fcxlirpation de la mamelle. J'appris d'elle alors que devenue

plique-t-elle, avec le môme succès et la même cerUlude,i celles qui ont pris naissance dans les lobules de la périphérie de la glande et qui, par suite de leur accroissemen! ultérieur, se sont isolées plus ou moins complètement lir la mamelle ? Nous ne le croyons pas. Il faut, alors, pn»céder à cette détermination avec plus de rigueur ; c'est en qu'ont fail MM. Broca et Verneuil pour celles de ces tumeurs qui restaient encore adhérentes à la glande mammaire par un lien plus ou moins large. Leui-s recherche> communiquées, soit à la Société anatomique, soit à li Société de chirurgie, ont démontré qu'à faide d'une dissection attentive, ils arrivaient toujours à un pédicule plus ou moins étroit, établissant nettement la continuité delà glande avec la tumeur. Dans ce pédicule, où cheminaient le plus IVéquoniment des vaisseaux , on apercevait souvent un prolongement de tissu glandulaire. D'autres fois, on n'y voyait que de simples cordons tubuleux qui allaient se continuer avec les conduits excréteurs. Dans les cas on.

reiniHc et nuMC ollo avait vu son sein gauche s'accroître plus que le droit pendant la jjrossos.se, et (|ue vers la lin de celle-ci et après son accouchement, le volume de ce sein s'éUiit tellement arcru que la peau qui le recouvTail s'élait fendue en plusieurs points de sa surface, et laissait voir à nu le ti>su de la glande d'où s'écoulait incessamment une quantité notable de lait mèk* de pus.

» Le sein gaurhe avait le volume d'une UHe. d'adulte et offrait une peau fine, lisse, tendue, crevassée en différents points par lesquels s'écoulait U* mélange de pus et de lait signalé plus haut, et la quantité de ce liquide était telle, qu'il traversait les pièces de pansement et épuisait les forces de la malade.

» L'opération faite, la masse pesait 5 livres, le tissu de la tumeur offrait l'aspect granulé et rougeàtre qu'avait le tissu île la mamelle elle-même, alors encore le siège de la fluxion sanguine qui existe pendant la lactation ; et de toutes les coupes pratiquées sur ces deux tissus sortait par la pression une notable quantité de lait.

» La malade guérit. » (Observation extraite du mémoire déjà cité de Goyrand.)

à Tœil nu, ce pédicule ne paraissait contenir que du tissu conjonctif et des vaisseaux, on y trouvait à Texamen microscopique, des tubes amincis, remplis d'épithélium. C'était des conduits excréteurs en voie d'atrophie.

Lorsque ce lien n'est plus perceptible, même à l'examen anatomique le plus minutieux, comment suppléer à ce mode de démonstration? Certes, c'est dans ce cas que l'examen microscopique devient indispensable et permet de résoudre la difficulté.

Mais on doit se demander si des faits analogues à celui que nous supposons existent en réalité, s'il est vrai que l'on rencontre des tumeurs dites adénoïdes du sein complètement isolées de la glande mammaire.

Il faut être réservé à ce sujet, car tous les faits que nous avons pu observer, et tous ceux qui sont cités dans les auteurs n'ont été examinés que de deux manières : d'abord cliniquement, et par ce mode d'exploration leur indépendance avait paru si nettement démontrée que, pour le plus grand nombre de faits auxquels nous faisons allusion, une erreur avait été commise. L'examen anatomi(jue succédant immédiatement à l'opération, paraissait devoir fournir des renseignements plus précis, et cependant cette précision n'était qu'apparente, car on était placé dans des conditions défectueuses d'observation. En effet, pour être à même de décider s'il existait ou non des liens rattachant la tumeur à la glande, il eut été nécessaire d'enlever en même temps toute la partie la plus proche de la glande mammaire, ce qui dans aucun de ces cas n'a été fait. Visolement même de la jnasse morbide paraissait faire une loi de respecter le tissu glandulaire qui ne semblait pas être mis en cause.

Mais si nous ne pouvons pas accepter, comme abso-

lument démontré, risolemenl complet de ces turnearî au point de vue anatomique, rien ne s'oppose à i^ qu'on puisse l'admettre comme possible , comme prcbable même. Lorsque nous avons parlé des recherches u» MM. Broca et Verneuil sur la nature de ce pédicule ip relie ces tumeurs à la glande mammaire , nous avons vb que, quelquefois, il était constitué uniquement parquer ques tubes à demi atrophiés et tapissés par unépilliélias cubique, seuls vestiges des conduits excréteurs du lobuk Si Ton admet que cette atrophie ait été poussée plus loin. et si les causes qui ont pu la faire commencer conlinueci à agir, et rien ne s'y oppose, nous aurons risolem^t". absolu de la tumeur dite adénoïde, car rien de giandulairr ne la rattachera plus au tissu de la glande mammaire.

Sans arriver à une séparation aussi complète, il n esi pas rare de rencontrer de ces tumeurs qui se sont éloignées plus ou moins de la mamelle. Comment cet isolemcnty ces migrations ont-elles pu se produire et faii^ qu'une tumeur, primitivement reliée à la glande mammaire, s'en soit éloignée suffisamment pour être considérée comme absolument indépendante de cet organe?

M. OUier (1), dans un mémoire inséré dans la Gazelle médicale de Lyon, a étudié ce point particulier de la physiologie pathologique de ces tumeurs. Pour lui, on doit le rattacher à deux causes essentielles et primordiales. Dans certains cas, ce fait serait dû à ce que les lobules de la glande, au lieu d'être agglomérés, sont isolés les uns des autres et perdus dans la masse cellulo-adipeuse de la région mammaire : la glande est pour ainsi dire

(1) OUier, dans Gaietle médicale de Lyonj 1855, p. Ul.

éparpillée et diffuse. Dans d'autres cas, M. Ollier serait /^ disposé à croire à la multiplicité des glandes mammaires. Il admettrait celte opinion, plutôt que de supposer la formation de toute pièce, en dehors de la période embryonnaire, d'un tissu aussi complexe que l'est le tissu glandulaire.

On peut faire de sérieuses objections à cette manière de voir du chirurgien de Lyon. 11 est vrai que la multimammie se rencontre quelquefois, quoique d'une façon exceptionnelle, dans l'espèce humaine; mais les points où l'on observe ces glandes surnuméraires sont bien éloignés de ceux où siègent presque constamment les tumetcrs migratrices. Aussi, ne devons-nous considérer cette opinion de M. Ollier que comme une hypothèse, ingénieuse il est vrai, mais n'avant aucun fondement sérieux.

Nous ne pouvons pas en dire autant de la première explication qu'il donne. Elle est très-probable et a pour elle, en premier lieu, la réalité de la disposition anatomique sur laquelle elle s'appuie.

Voyons d'abord comment se produit le phénomène, nous chercherons ensuite à l'expliquer.

11 se développe sous une influence quelconque, dans une glande mammaire une tumeur dite adénoïde, d'abord petite, mal déhmilée, et qui se confond plus ou moins avec le tissu glandulaire. Lorsqu'elle a pris naissance à la périphérie de la glande, on l'aperçoit plus tôt et plus nettement et on sent, dans ce cas, le lien, le pédicule qui la rattache à la glande elle-même ; puis au fur et à mesure qu'elle augmente de volume, elle s'isole de plus en plus des tissus ambiants, elle devient plus libre. Elle se rapproche alors davantage de la peau sous laquelle on la fait rouler et glisser plus facilement.

t2G ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

Plus tard encore ce pédicule s'atténue, s'élîre,s'alloo^. et finit ])ar se perdre complètement dans l'atmosplir^ cellule -adipeuse péri -glandulaire, et même lorsque peut disséquer la tumeur après son ablation, il n'est pi^ toujours possible de retrouver les éléments de ce péiculc. Faut-il admettre avec Lebert qu'il subsiste toujours, mais à l'état rudimenlaire? La discussion à laqu* nous nous sommes précédemment livi'és sur celle partie de la question doit nous laisser dans l'incertitude à c^ fajet, bien que la comparaison faite par M. OUier pour justifier et expliquer cette disparition absolue qu'il admel puisse paraître suffisante pour nous porter à nous ranger du côté du chirurgien de Lyon. Voici en effet comnieni il se rend compte des phénomènes successifs qui se passent et la comparaison qu'il fait.

Qu'un de ces lobules, appartenant à une glande mammaire dissociée et éparpillée dans toute la région, devienn*» malade et donne naissance à un néoplasme dû à rh>'perplasie du tissu conjonctif intra-lobulaire, la tumeur est d'abord reliée à la glande par un pédicule^ constitué principalement par le canal excréteur du lobule et par une couche plus ou moins considérable de tissu conjonctit péri-canaliculaire. Soumis à des tiraillements incessants, par suite des mouvements imprimés à la masse morbide. ce pédicule peut-il se rompre? D'après M. Ollier il se passerait pour ces tumeurs et pour leur pédicule ce qui se produit pour les franges et surtout pour les productions pédiculées de la synoviale du genou, lorsqu'elles donnent naissance à des corps étrangers articulaires.

On admet, en effet, que dans ce cas le pédicule du corps articulaire finit par se rompre à la longue, à force d'avoir été soumis à des distensions répétées. Celte comparaison

est ingénieuse et a pour elle un certain nombre d'analogies.

Dans le cas où celte hypothèse serait vraie, à quelles causes rattacher les mouvements incessants, les tiraillements répétés subis par la tumeur? A notre avis on n'a pas suffisamment fait attention à un fait, c'est que le plus grand nombre des tumeurs dites adénoïdes se développent dans la moitié externe de la glande mammaire; la proportion en faveur de ce lieu d'élection est considérable. Que l'on se représente une de ces tumeurs née dans la partie périphérique de la glande que nous venons d'indiquer ; tant que la masse morbide est petite, elle se perd dans le tissu cellulo -adipeux, les pressions qu'elle subit à chaque mouvement du bras, et de l'épaule sont peu sensibles et ont sur elle une action à peine plus prononcée que sur les autres lobules glandulaires. Mais, lorsque son volume s'est accru, lorsque la tumeur dépasse notablement la saillie du tissu glandulaire qui est dans son voisinage, elle n'est plus protégée contre les pressions répétées que lui font subir et le grand pectoral et la peau à chacun des mouvements incessants qui se passent dans cette région; elle fuit devant cette pression, elle tend fatalement à gagner quelquesuns des points de la région où elle sera protégée contre une compression incessante. Si donc son pédicule est assez mince, assez isolé, il cède et la tumeur se dirige progressivement vers le bord antérieur de l'aisselle, et dépassant le bord inférieur du grand pectoral, vient se loger dans le voisinage de l'excavation axillaire, et se mettre à l'abri des pressions qu'elle subissait.

Telle est l'explication que l'on peut donner de ces changements de place si curieux, et c'est à celle-là que Ton doit s'arrêter, plutôt que de supposer l'existence de forces spé-

iiS ANATOMIK PATHOLOGlQUlî:.

ciales d'origine inconnue, comme le fait M. Ollier, forffî qui viendraient agir de façon à écarter les tissus mahJc des tissus sains. Certes, il existe une circonstance, sur laquelle l'attention n'a pas été suffisamment attirée et qoi^i une cause adjuvante très-importante de ces dépIacemeoL^; nous voulons parler de la limitation exacte des lumeurj diles adénoïdes par une capsule Cbreuse, bien distincte des tissus connectifs ambiants. Nous verrons que l'origine de ce lait anatomique tient au mode de développement de ces tumeurs aux dépens du tissu conjonciii péri-acincux, et qui, par conséquent, est contenu àam rintérieur du lobule. Cette absence de prolongements multiples périphériques facilite beaucoup , on le comprend de reste, l'isolement de ces tumeurs et leur^ migrations ultérieures.

Nous citons deux exemples remarquables de ces modilications de siège; le premier, dû à M. Ollier et extrait de son mémoire, nous fait assistera toute l'évolution du phénomène; le second, non moins intéressant, a été observé par M. Gosselin et mérite l'attention ù plusieurs points de vue. Nous reviendrons sur ce dernier fait, au sujet de Tanatomie pathologique des fibromes mammaires.

Observation I. — Migrations successives d'une tumeur adénoïde du sein. Opération. (Extraite du mémoire de M. Ollier, in G(ii/ette médicale df Lyon, p. 146, 1855.)

Claudine Paul, née à Lyon, est Aj>ée de vingt ans. Bonne constitution, tempérament lympliatico-sanguin; pas de maladies antérieures; pas de signe de scrofule; rien du côté de l'hérédité. Réglée depuis Tilge de quatoi*ze ans; depuis un an menstrues moins abondantes mais régulières.

Il y a deux ans, coup de barreau de chaise reçu sur Je

POINTS D'ORIGINE DES TUMEURS BENIGNES DU SEIN. 1i9

sein gauche; six mois après la malade découvre en haut et en dehors de la glande une petite tumeur dure, peu mobile, non douloureuse. La tumeur grossit peu à peu; de temps en temps elle était douloureuse à la pression. En grossissant elle devenait plus mobile; mais, d'après l'expression de la malade, elle semblait être attachée à tui nerf. Peu à peu ce prétendu nerf disparut et la tu mcur devint tout à fa it mobile sous la peau en dehors de la glande.

A l'entrée de la malade à l'hôpital, la tumeur est du volume d'une grosse noix, dure, un peu bosselée, mobile sous la peau, tout à fait indépendante de la glande; pas de ganglions axillaires engorgés ; état général excellent. M. Bonnet pratique l'ablation de la tumeur, il reconnaît qu'elle est tout à fait isolée, complètement indépendante de la glande.

A l'examen microscopique on y trouve des éléments glandulaires enveloppés dans une gangue fibreuse. La coupe de la tumeur est celle d'un corps fibreux; elle a en certains points un aspect grenu manifeste.

Mais après avoir démontré, même par les moyens à la portée de tous les observateurs, l'origine glandulaire des tumeurs dites adénoïdes, après avoir vu quel était le mécanisme qui présidait à la migration plus ou moias lointaine de ces mômes tumeurs, nous devons nous demander si ces changements de situation ne sont pas en rapport avec des points d'origine particuliers.

Ces tumeurs ont leur point de départ dans toutes les régions de la glande; elles peuvent à leur début être périphériques, ou bien partir de la face antérieure, de la face postérieure, enfin se développer dans le centre

t30 anatomie: pathologique.

de la mamelle. Mais, on ne peut pas dire qif elles naiss^Di indifféremment dans toutes les régions que nous venoDi d'énumérer. Quelques points paraissent se prêter, pk que d'autres, à la production de ces néoplasmes.

Cette étude n'a pas été faite jusqu'à ce jour et dansk auteurs, nous n'avons trouvé aucun renseignement à ce sujet. Mais, en nous fondant sur les 33 observations qui servent de base à ce travail, nous avons pu arriver à certaines conclusions, sur lesquelles nous reviendrons à l'occasion de l'étiologie. Il ressort de nos recherches que la très-grande majorité des tumeurs dites adénoïdes se développe dans la demi -circonférence externe de la mamelle, surtout dans sa partie supérieure. Cette disposition est-elle en rapport avec des conditions de traumatisme plus facile? Nous étudierons ce point plus en détail ; mais s'il est un fait constant, c'est celui que nous venons d'établir.

Cette disposition, et c'est là où nous voulons en venir, est favorable aux migrations des tumeurs, puisque celles-ci se trouvent, dès le début, dans le voisinage de régions rendues très-mobiles par suite de chacun des mouvements de l'épaule et de la cage thoracique.

Les changements produits dans les rapports réciproques de la tumeur et de la glande mammaire sont bien différents suivant que le produit morbide a pris naissance dans telle ou telle région de la mamelle. Si la tumeur dite adénoïde s'est développée dans un des lobules superficiels de la face antérieure, dans le voisinage de l'aréole et de la zone péri-aréolaire, elle devient très-rapidement et très-nettement isolée. Le contraire se produit lorsqu'elle a pris naissance dans les parties centrales de la glande. Enfin, si elle est née vers la face profonde, elle repousse en avant

la mamelle, mais en même temps qu'elle la repousse en avant elle la rejette en bas sous Tinfluence de l'action de la pesanteur et aussi parce que la glande peut se loger plus facilement dans cette partie inférieure, en refoulant les Touches cellulo-adipeuses sous-cutanées.

Enfin, pour être complets, nous devrions rechercher quelles sont celles des zones du tissu conjonctif péri-acineuxet intra-lobulaire qui deviennent le point de départ du néoplasme, pour celles de ces tumeurs qui sont des dérivés du tissu conjonctif; mais comme ce point d'anatomie si intéressant est lié très - intimement à l'histoire du développement des cavités kystiques et des espaces lacunaires, nous rétudierons en détail à cette occasion. Nous nous ferons une idée plus juste de l'importance de cette question, alors que nous verrons la relation intime qui existe entre le point de départ du processus pathologique et les diverses modifications très-variées qu'il présente dans ses caractères extérieurs, même grossiers.

Nous donnons, à la suite de ces considérations, notre seconde observation relative aux migrations des tumeurs. L'étude anatomo-palhologique qu'elle renferme pourra déjà aider à se faire une idée assez exacte de ce qui se passe autour des éléments glandulaires, dans l'intérieur de chacun des lobules atteints.

Observation II. — Fibrome circonscrit p«>ri-canaliculaire. — Dilatation et élongation mécanique des acini. — Migration de la tumeur.

La nommée S foséphine, âgée de quarante ans. Entrée le iO juin 1873 à l'hôpital de la Charité; salle Sainte- Catherine, lit n° 15 : service de M. le professeur Gosselin.

132 ANATONIE PATHOLOGIQUE.

Opérée le 22 du même mois. Sortie guérie le 26 juillet.

La malade, âgée de quarante ans, avait toiijoui^s joui jusqu'à ce jour d'une bonne santé habituelle; elle avait toujours été et est encore bien réglée. Elle portait, depui> deux ans, sur la partie latérale externe du sein droit on»^ tumeur du volume d'un œuf de pigeon. Cette grosseur avait débuté deux ans avant l'entrée de la malade dansl^ service, par une petite tumeur mobile, indolente, roulant facilement sous le doigt. Au moment où on Texamina pour la première fois, alors qu'elle avait atteint le volume qu»^ nousavons indiqué, elle se rapprochait tellement du creu^ de Taisselle que M. Gosselin crut d'abord à la présencf d'un ganglion lymphatique hypertrophié.

La tumeur était dure au toucher, mobile, recouverte de bosselures arrondies; elle n'avait aucune adhérence avec la peau ni avec les parties profondes; on ne sentait dans cette partie aucun cordon se dirigeant, soit vers l'aisselle, soit vers la glande mammaire, de telle sorte qu'elle paraissait indépendante de la glande. Il n'y avait jamais eu d'écoulement par le mamelon.

L'opération est faite de la façon suivante :

Une simple incision permet d'arriver sur la tumeur qui s'énuclée très-facilement, si ce n'est en arrière où existaient des adhérences qu'il fut facile de déchirer.

Quelques jours après il se déclare un érysipèle qui part des bords de la plaie et envahit successivement toutes les parties du corps, sauf le cuir chevelu. La cicatrisation s'arrêta tout le temps de la durée de cette complication, pour se compléter très-rapidement lorsqu'elle eut disparu.

Examen de la pièce. — Tumeur du volume d'un œuf, de forme ovalaire, un peu aplatie à sa face postérieure

TUMEIR MIGRATRICE DE LA MAMELLE. 133

par laquelle elle répondait à la glande mammaire.

Cette tumeur parfaitement énucléée, est recouverte d'une enveloppe fibreuse très-nette, quoique mince, et sur laquelle il n'est resté aucun débris du tissu adipeux voisin. Sa surface extérieure est bosselée, recouverte de mamelons arrondis, peu saillants, à base très-large et se continuant avec la masse principale. Les bosselures sont séparées par des dépressions plus ou moins profondes, au niveau desquelles la capsule fibreuse d'enveloppe est plus épaisse et parait se continuer dans le centre de la tumeur. Sur une coupe médiane, la surface de la coupe présente une coloration blanc grisâtre, rosée par place, bien que la vascularisation paraisse peu développée. Sur cette même surface, apparence lobulaire marquée par des tractus conjonctifs lamelleux qui, en s'entre-croisant, circonscrivent des espaces arrondis, caractérisés eux-mêmes par une coloration plus opaque et se rapprochant du blanc laiteux. Cependant le tissu de la tumeur est compacte et n'est pas divisible en segments plus petits; toutes les parties se tiennent et sont adhérentes à la capsule. Celte masse est traversée par des canalicules dilatés dont les coupes restent béantes sur la surface de section; dans quelques-uns de ceux qui sont les plus dilatés on observe de petites végétations arrondies, mais ce fait est pour ainsi dire exceptionnel, tandis que la dilatation des canaux est retrouvée dans toutes les parties de la tumeur.

Examen microscopique fait par M, Coyne. — Sur des coupes fines, et suffisamment larges pour étudier une étendue assez grande de la tumeur, on constate les faits suivants :

Le tissu conjonclif interlobulaire et inter-acineux présente de très-grands changements et a produit des modifi-

cations secondaires considérables de la portion glandulaire de la tumeur. De plus les altérations sont inégalement nparties dans toute la tumeur, de telle sorte, qu'en certain? points, on ne trouve qu'une lésion du tissu interstitiel, saos modifications appréciables de la glande ; tandis que Am d'autres, ces deux parties sont également malades.

Nous faisons de plus remarquer, et nous insistons sur (x point, que les variations que nous venons de signaler dan> la distribution et l'étendue des lésions se remarquent surtout par départements lobulaires.

Lorsque dans un lobule l'altération est à son maximum voici ce que l'on remarque :

Les parties glandulaires sont écartées les unes des autres d'une façon telle que c'est à peine si avec un faible grossissement (120 diamètres) on retrouve sur le champ du microscope les restes de unoudeuxacini; le tissu qui sépare ces parties glandulaires est formé par du tissu conjonctil encore jeune, très-abondant; les éléments figurés qui s'v trouvent se colorent vivement par le carmin, et les cellules plates de ce tissu conjonclif, qui sont visibles sous certaines incidences, sont encore tuméfiées : elles sont trèsabondantes relativement à la masse des faisceaux intennédiaires.

L'élément glandulaire a été profondément modifié, les culs-de-sac sont trois à quatre fois plus volumineux que dans les parties saines; mais ce changement de volume est dû en entier à une action mécanique. C'est le lissu conjonctif interstitiel qui en s'hyporplasiant a étiré, allongé, élargi les parties glandulaires adjacentes.

Les conduits qui partent de ces lobules primitifs ainsi modifiés et qui ressemblent à des sortes de glandes en doigt de gant sont eux-mêmes allongés et dilatés; leur

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