‹ Traité des tumeurs bénignes du seinChapitre 31 sur 84 · DES FIBROMES DU SEIN · texte numérisé non relu

DES FIBROMES DU SEIN

g 1(^r. — Généralités sur les fibromes du scia.

Les fibromes du sein peuvent revêtir plusieurs formes anatomo-palhologiques et cliniques très-différentes le> unes des autres, suivant qu'ils envahissent toute la mamelle, ou bien qu'ils restent localisés à une partie restreinte de celle glande. On doit donc établir une distinclioD très-nette et très-tranchée entre ces diverses variétés de la même lésion.

Virchow, faisant à ces états morbides, Tapplication de ses études générales sur les tumeurs fibreuses et sur les hyperplasies du tissu conjonctif, décrit dans la mamelle deux formes anatomiques de fibromes, irèsdifférentes l'une de l'autre, bien qu'elles procèdent toute? les deux d'une altération pathologique du même ordre. C'est ainsi qu'il est amené à décrire : 4* les fibromes diffus, qu'il désigne aussi par le nom de tumeur élépluiHtiasique de la mamelle; 2Mes fibromes circonscrits lobules qu'il considérait comme l'analogue de ce que Cru-

FIBROMES ËiN GÉNÉRAL. ^33

veilhier avait fait connaître sous le nom de corps fibreux mammaires.

Le fibrome papillaire endo-canaliculaire paraît être, aux yeux de Yirchow, une forme toute particulière, qu'il décrit absolument à part. Il explique ses caractères extérieurs et la forme des productions morbides qu'il contient, en leur appliquant cette loi générale, d'après laquelle, à la surface des membranes cutanées ou muqueuses, tous les produits nouveaux hyperplasiques prendraient d'habitude une forme végétante et souvent même papillaire. Ces végétations seraient analogues à celles que l'on rencontre si fréquemment au niveau des organes génitaux de la femme.

11 était difficile à Virchow de ne pas adopter cette manière de voir, du moment où il supposait que ces fibromes végétants se développaient dans des conduits excréteurs d'un certain calibre, au lieu de grandir dans une cavité due à une déformation de l'élément glandulaire.

Cette erreur, sur le siège exact du point de départ de la lésion, lui a fait méconnaître le mécanisme qui préside à la formation des végétations endo-canaliculaires, et no lui a pas permis de voir le lien étroit qui réunit les fibromes lobules péri-canaliculaires à ceux que l'on désigne sous le nom d'endo-canaliculaires, à cause des végétations plus ou moins volumineuses qui proéminent dans les cavités qu'ils contiennent.

Contrairement à l'opinion de Virchow, que nous venons d'exposer, nous croyons que dans la mamelle on ne doit décrire que deux formes de fibromes et d' hyperplasies fibreuses^ très-différentes l'une de l'autre par leur apparence extérieure, et par le point de départ du processus qui leur a donné naissance.

La première est la forme diffuse^ celle qui mérite la

Par suite des notions actuellement admi intime de l'éléphantiasis, cette forme pou dérée comme une sorte de phlegmon « mamelle.

Dans la seconde fonne, l'hypertrophie (il pas toute la glande; elle reste localisée i tonscrit de cet orçane, quelquefois mon qu'un seul lobule. Si elle en atteint plusii CCS lobules malades forme une sorte de duquel l'hyperplasie conjonctive se dév donne, au déb^it, à la production nouvelle nodules isoles qui se n'uniront plus tard.

Cette seconde variété mérite, à cause particulitTC qu'elle revêt dès son début, le hbulé de la jnametle et se distingue de la ce caractère essentiel, d'avoir une marche revêtir d'emblée une forme clironique.

, Tels sont les deux mod<;s, très-dillércnts, libreuse que l'on peut observer dans la i

Nous devons ajouter que la classe des fi scrits peut elle-même présenter plusieur linctes, ainsi que nous l'avons dit précéder

FIBROMES DIFFUS. 235

La première serait le fibrome circonscrit péri-canalicxUaire, tandis que la seconde devrait être considérée comme un fibrome circonscrit endo-canaliculaire. Mais celle distinction, comme nous Tavons montré dans notre étude générale sur les cavités cystiques de la mamelle, n'a pas une importance bien grande, car ces deux étals analomiques, si dissemblables extérieurement, ne sont que des degrés différents d'un même processus pathologique.

^ i. — Du fibrome dillus.

D'après Virchow, le fibrome diffus de la mamelle n'envahit que tardivement la peau et le tissu adipeux sous-cutané. Le point de départ du processus morbide et le siège de la lésion résident, suivant lui, plus particulièrement dans le tissu conjonclif inter-lobulaire. L'altération pathologique peut même rester longtemps locaHsée dans cette partie de la charpente conjonctive de la mamelle, et peut, lorsque révolution du processus présente un certain degré d'acuité, amener un développement énorme de tout le sein.

Par suite de leur situation, au milieu d'un tissu dont l'activité nutritive est devenue Irès-considérable et présente un accroissement rapide, il est arrivé souvent que les culs-de-sac glandulaires participent à ce travail hyperplasique, soit d'une façon mécanique, soit même par suite d'un développement plus actif des différents éléments qui constituent chacune de ces cavités glandulaires. Dans ce cas, les acini sont ajiiandis dans tous les sens, et répilhélium cubique qui les tapisse, atteint par suite des

tm ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

eflets de cotte irritation de voisinage, se tuméfie eliiv plus abondant qu*à l'état normal.

Mais il faut bien reconnaître, qu'à côté de ces faiii en peut citer d'autres dans lesquels la partie pur^wl glandulaire reste absolument indifférente et ne prèK' aucune modification dans sa nutrition.

Nous ne voulons pas nier absolument la réalité de"c| indifférence des éléments (^dandulaires puisqu'elle 3 obser\*ée et indiquée par de bons observateurs; nous> vons cependant nous demander si Texamen qui a ét^i des pièces pathologiques a porté sur tous les poinl>'i tumeur qu'il convenait d'étudier.

On sait, en effet, que dans certains points, les cub-d»^ glandulaires peuvent présenter une apparence pn^^ normale, alors que dans d'autres points très-voism\ îsont tellement modifiés dans leur forme et dans la nalfi." (le leur revêtement épiihélial qu'il n'est plus possibH= les rccounaître. Aussi, tout en admettant que fonp^ observer cette sorte d'indifférence de l'épithélium glandulaire aux irritations du voisinage, il est permis defc des réserves à ce sujet.

C'est à cette variété de fibromes diffus, dans laquelle?'' a cru voir que l'élément glandulaire était respecté, q* certains auteurs ont donné, avec Birkett (1), le non: (Vhypertrophie vraie de la mamelle. Cet auteur résemiî le nom à* hypertrophie fausse aux tumeurs envahissante

il) Birkett, Discase of the breast, p. 109.

« L'hypertrophie vraie est cet état d'un or^ne, dans lequel un ou plusieurs des tissus ({ui le composent ù l'état normal ont pris un développement extraordinaire; par exemple, dans l'organe que nous éludiooN les tissus glandulaires et cellulaires peuvent dans le sein, en totalité ««'i partiellement, prendre un tel développement, qu'il arrive à dépasser iiotiblemenl le volume de Tautro mamelle qui a conservé son volume normal, et atteindre deux ou trois fois ce volume

FIBROMES DIFFUS. 237

totalité de la mamelle, dans lesquelles la partie glandulaire avait été plus ou moins modifiée dans ses apparences et sa structure. Cette distinction, si elle est vraie à certains points de vue, est très-subtile, car dans ces deux cas l'élément glandulaire lui-même est toujours modifié dans son aspect et ses dimensions et la distinction ne repose que sur une question de mesure, dans l'appréciation de l'étendue des lésions.

Lorsqu'on examine une mamelle atteinte de fibrome diffus, on voit que, dans cet état morbide, les lésions se sont étendues à toutes les parties qui, par leur ensemble, constituent la glande.

Cependant Virchow a voulu faire à ce sujet une distinction et a décrit, dans cette altération pathologique, deux états morbides différents.

Dans l'un, les lésions seraient plus particulièrement localisées au tissu conjonctif intra-lobulaire, donneraient naissance à une tuméfaction molle de toute la glande et amèneraient une augmentation très-considérable de son volume; c'est ce qu'il appelle Vèléphantiasis molle de la (jlande mammaire. Le tissu connectif de nouvelle formation, ordinairement d'une blancheur lactée, y serait très-riche en suc et plus mou que dans l'état normal. Doit-on, avec cet auteur, rapprocher cette forme de ces états pathologiques dans lesquels le tissu qui les constitue reste presque entièrement à l'état gélatineux?

La fausse hypertrophie, au contraire, est cet état d'un organe qui en apparence est augmenté de volume, mais qui ne l'est pas en réalité, et chez lequel cette augmentation dépend de l'actrroissemcnt d'un tissu étranger à son état normal. C'est comme exemple, ce qui se présente, lorsque la mamelle est énormément augmentée de volume par les végétations des tumeurs Hbreuses et des cysto-sarcomes. »

^38 ANâTOMIE pathologique.

Nous ne le croyons pas. Cette dernière variété doit plutôt être comparée au myxome, dont elle se rapproche par toutes les particularités de sa structure.

L'autre état morbide, celui que le même auteur a voulu distinguer du précédent, est V éléphantiasis dure du sein. Mais à vrai dire cette distinction, quoique répondant à des laits bien observés, ne nous parait pas utile à conserver.

11 est plus probable que tous ces états anatomiques, conséquences d'un état irritatif plus ou moins aigu por- Lint son action sur le tissu conjonctif intra-mammaire, peuvent et doivent présenter plusieurs variétés différentes, suivant que Tirritation formative reste limitée à la glande, ou s'étend aux parties avoisinantes, suivant aussi la période ou Ton étudie la lésion, et la rapidité plus ou moins grande de la marche de la maladie.

Bien plus, la lésion qui a élé désignée sous le nom iïhi/pcrtropliie générale des mamelles, et à Télude de la<iuelle M. le docteur Labarraque vient de consacrer sa thèse inaugurale, doit rentrer, sans aucun doute, dans celte grande classe des fibromes diffus de la glande mammaire. 11 est regrettable que les faits de celto nature, dont l'importance est en rapport avec leur rareté, ne soient pas étudiés plus complètement, lorsqu'on a la bonne Ibrlune de pouvoir le faire.

Lorsqu'on examine une mamelle atteinte de fibrome diffus, voici ce que Ton observe le plus habituellement.

La lésion s'est étendue à toutes les parties anatomiques ijuiy par leur ensemble, constituent la mamelle. Ouelquefois la peau est intacte, ou ne paraît être que très-peu modifiée dans sa texture et son aspect ordinaire; d'autres fois, au contraire, elle a été envahie et ses caractères normaux sont modifiés profondément. Alors elle est épaissie,

FIBROMES DIFFUS. !23U

comme chagrinée, rugueuse et peut rappeler, comme apparence extérieure, la peau d'orange; en outre, elle offre une consistance plus dure, une résistance plus grande que dans son état habituel. Cette augmentation de consistance à la pression est différente de celle que Ton observe dans l'œdème simple et se rapproche de la résistance de la peau qui recouvre un phelgmon diffus du tissu celluloadipeux sous-cutané.

Lorsque le fibrome diffus est au début de son développement, la couche cellulo-adipeuse, qui relie la peau à la glande, est elle-même atteinte en masse par l'altération Iiyperplasique ; les lobules adipeux qui y existent, plus ou moins abondamment à l'état normal, ont disparu, et toute cette couche est remplacée par un tissu lardacé, d'une couleur blanche opaque, rempli de liquides. Ce tissu se continue, manifestement, avec les lames de tissu conjonclif qui pénètrent entre les lobes glandulaires. La charpente fibreuse de la glande est, dans ce cas, augmentée de volume et d'épaisseur; elle présente la même apparence que le tissu cellulaire sous-cutané et forme une sorte de gangue, plus ou moins compacte, au milieu de laquelle se perdent les divers éléments glandulaires. Tel est l'aspect de la lésion à sa première période et lorsqu'elle est en pleine évolution; mais on a rarement l'occasion de l'étudier à ce degré, à moins qu'une erreur n'ait fait enlever une mamelle qui en était atteinte.

Par l'examen microscopique on voit que les tissus malades sont gorgés d'un suc blanc laiteux, que l'on peut obtenir par le rAclage, et dans lequel on retrouve des éléments épithéliaux provenant des parties glandulaires, et des cellules arrondies analogues à des leucocytes ou à des noyaux. Si on fait cet examen microscopique à l'aide de

jiO ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

roupes, on s'assure que le tissu conjonclifestenvt prolifération très-active; les cellules qui en tapisys: faisceaux ont leurs noyaux gonflés et plus nombreoir l*état normal. Toutefois, malgré cette tendance à yè^ rétat embryonnaire, on constate une différence Dt entre ce tissu et celui du sarcome. On ne trouve ptv effet, de véritables éléments fibro-plastiques ellb». seaux ont conservé leurs caractères nonnaui.

Lorsque cet étal morbide persiste pendant un c^n:' temps, on y obseiwe une série de poussées ai;i:u^:' présentent une certaine analc^ie avec les accidenc briles de Téléphantiasis.

11 survient, plus ou moins tardivement, des phénonki de régression et de rétraction consécutives qui proci sent un effet diamétralement opposé à celui que Font*' statait pendant la première période. En effet, à rhypertrr pliie si considérable de tout le sein, à rengorgemenli' la peau et du tissu cellulaire, succède Tatrophie de e mêmes parties qui avaient présenté un développemenî' exlraordinaire. Ce tissu se rétracte, de telle sorte q> d'après Virchow, à la fin de la période de régression j mamelle peut présenter un volume moins considératr qu'à rélat normal. On pourrait comparer la lésion (f s'est produite à celle que Ton obsen-e dans rinflainnk tion du tissu cellulaire du foie, et cette seconde période considérée dans ses résultats définitifs, poun^ait être a[pelée cirrhose atrophique du seiiiy après avoir été hyfi^trophiqne au début.

Au moment où cet état cirrhotique se produit, le lis?" inter-lobulaire est devenu dur et sec; il a perdu cetlr apparence humide et brillante qui était en rapport avec la présence de sucs abondants. Les éléments glanduIai^e^

FIBROMES DIFFUS. ill

ont subi le contre-coup de cette condensation du tissu conjonctif qui les enveloppe. Les acini sont comprimés et pour ainsi dire étranglés dans celte gangue formée par un tissu en voie de rétraction; ils diminuent de volume et s'effacent; Tépithélium qui tapissait leur cavité devient granulo-graisseux et s'atrophie; les vésicules terminales finissent même par disparaître peu à peu, de telle sorte qu'il ne reste plus (ju'un rudiment de la glande, représenté par les canaux excréteurs plus ou moins ramifiés.

Ces conduits comprimés eux-mômes, étranglés par ce tissu conjonctif, sont atrophiés en certains points tandis que, au niveau d'autres points intermédiaires à ces étranglements, ils ont concouru à la formation de petites dilatations kystiques monililbrmes et plus ou moins considérables. En général ces petits kystes contiennent un magma caséeux dû à la régression granulo-graisseuse des éléments cellulaires qui s'y étaient accumulés pendant la période hypertrophique, alors que la nutrition de toutes les parties de la mamelle était exagérée. Le mamelon lui-même s'enfonce de plus en plus, au point d(» disparaître par suite de sa rétraction dans la profondeur de la mamelle.

Si l'augmentation de volume du sein, à la période' hypertrophique, a été due plus spécialement à Thyperplasiedu tissu conjonctif, à la deuxième période, la diminution de volume du même organe est occasionnée par la rétraction cicatricielle de ce tissu et par Tatrophie consécutive de la partie glandulaire, atrophie que Ton observe assez souvent.

Le diagnostic anatomique de la lésion à la premièn» période, ne présente pas en général de difficulté. Toute-

T. DU SE1ÎÏ. 16

fois, il est nécessaire de procéder à cet examen à I a^ de coupes fines; la dissociation par le l'adage ne dom^ rait que des résultats imparfaits et pourrait mmt^kforigine de notions fausses sur la véritable nalurr'^ la lésion. En effet, le suc que Ton obtient ainsi peul(*fr tenir des cellules épithéliales provenant des parties gb&* dulaires, ce qui a pu faire croire quelquefois à rexislPt:' d'une tumeur maligne.

Sur des coupes fines, on ne retrouve en aucun poinll' disposition alvéolaire du carcinome et Ton voit que loot' l'altération consiste en une hyperplasie simple très-o-iisidérable du tissu conjonctif dans lequel la subsUDc? fibrillaire est peu développée par rapport aux élémeni^ cellulaires (noyaux et cellules embryonnaires). On ditingue en outre des éléments glandulaires dont les canelères anatomiques se rapprochent plus ou moins de Têti^ normal, suivant le degré d'irritation qu'ils ont subi.

Lorsque la période d'atrophie cirrhotiqtve s'est établie. la glande a subi, dans son apparence extérieure de^ modifications très-profondes. Elle présente l'aspect que Vofl observe dans ces cancers alrophiques à la suite desquels la rétraction de la charpente fibreuse alvéolaire donDf lieu à des déformations du sein tout à fait analogues à celles que nous venons de rappeler.

11 sera toujours difficile d'établir une appréciation exacte et de porter un jugement fondé sur des faits de cette nature, avant d'avoir pratiqué l'examen anatomique. Mais après l'ablation de la tumeur, le cancer atrophigue se reconnaîtra à la présence d'un suc laiteux plus ou moins abondant; sur des coupes pratiquées dans son épaisseur on constatera l'existence d'alvéoles remplies d'épithéliuro qui, bien que peu développées, seront tou-

* WBR0ME DIFFUS. 243

'* jours i^trouvées, si Ton pratique l'examen de points dif- '* férenls de la masse morbide.

* Nous donnons à la suite de celte description le seul fait

® de celle nature que nous ayons pu examiner. s

■ Observation XI. — Fibrome diffus du sein gauche. — Opération. — Guérison.

Observation recueillie par M. Coyne.

î La nommée Lambert Marie, âgée de quarante ans, est

• entrée le 14 septembre 1869 à Thôpilal Beaujon, salle Sainte- Agatbe, n** 19, service de M. le docteur Adolphe Richard.

Elle est opérée le 17 septembre et sort guérie le 11 octobre.

Cette femme a eu un accouchement normal il y a quatorze mois; elle a commencé à nourrir et n'a pu le faire que pendanl deux à trois mois, parce que le sein gauche <îst devenu malade et a augmenté de volume à celte époque.

Cette augmentation de volume s'est accentuée dans les derniers mois et, en même temps, la malade a été atteinte d'accès fébriles qu'on a considérés comme se rattachant à une fièvre intermittente.

Lorsqu'on Toxamine à son entrée, le sein gauche pré- .sentc un volume double de celui de son congénère; la glande est prise en masse; elle est dure, engorgée, la peau est collée sur la glande et épaissie; elle offre une apparence analogue à celle de la peau d'orange ; elle est sillonnée par d'énormes veines; il n'y a pas d'état cachectique, on ne trouve pas de ganglions axillaires engorgés.

La tumeur est enlevée à l'aide d'une incision elliptique*

lit AXATOMIE PATHOLOGIOCE-

Malgré fa grande étendue de la plaie, la cioalri^^tion lit très-rapidement.

A Texainen anatomiqiie, on trouve une infiltmiôn ; toute la glande et de la peau qui la recouvre. OsîibliyjH?rplasie considérable du tissu conjonclif qui don: lieu à Taugmentiition de densité et de volume de lagiai)<l^ Vei"s la partie int?me et supérieure de la tumeur. "î trouve un petit noyau, gros comme une amande, daib. centiY duquel est un petit abcès ancien, entouré dur coque fibreuse épaissie.

L'examen microscopique fait reconnaître une hNperplasie conjonctive de la charpente fibreuse et une init tration considérable d'éléments jeunes. Les parties glandulaires sont respectées; nulle part on ne trouve d'alvéoles cancéreuses. A cette époque, ne connaissant ^ encore les lacunes lymphatiques de la peau, notre alteotion n*a pas été appelée sur elles et nous n'avons pu chercher à déterminer l'élat dans lequel elles se trouvaient.

Faut-il rapprocher du fibrome diffus éléphantiasiqu^ de Virchow, Yhfjperhophie générale de la glande mammaire? Si nous en croyons M. Labarraque qui, dans s;* thèse, a étudié cette modilicalion de la mamelle et a réuni toutes les observations publiées sur ce sujet, il n'en serait rien. Nous ne pouvons partager complètement celle manière de voir et, pour justifier notre opinion, nou> allons passer rapidement en revue et discuter les principaux faits relatifs à Vhypertrophie générale de la glande mammaire.

HYPERTROPHIE GÉNÉRALE DE LA GLANDE MAMMAIRE. ^i5

H 3. — De riiypcrlrupliio générale «le la glande nianiinaire el de ses rapports avec le fibroiiie diffus.

Lorsque nous avons décrit le librome diffus de la mamelle, nous avons indiqué en peu de mots quelques-uns des cai'aclères qui rattachaient celte lésion à V hypertrophie générale delà glatide mammaire. Mais il nous paraît utile de revenir sur ce point particulier et de résumer brièvement l'état de nos connaissances sur ce sujel.

On donne le nom d'hypertrophie générale de la glande mammaire à un élat anatomique qui serait caractérisé par un développement exagéré de cet organe, par un accroissement souvent prodigieux de sa masse, sans qu'il y ait, dans une glande ainsi augmentée de volume, aucun produit pathologique de nouvelle formation. Cette dernière condition exclut forcément les tumeurs dites adénoïdes et les autres tumeurs circonscrites de cette région.

Velpeau avait admis théoriquement trois variétés d'hypcrlrophie générale, caractérisées chacune par une lésion différente, en relation avec un mode de développement également différent.

r L'hypertrophie glandulaire proprement dite; 2" Thyperlrophie fibro-cellulaire; o** l'hypertrophie de tous les (issus réunis avec prédominance de l'élément cellulo-adipeux.

Mais cette division par trop théorique ne trouve pas dans l'étude de tous les faits observés un appui assez solide pour être conservée. En effet, l'hypertrophie glandulaire proprement dite est douteuse en dehors de l'étal de lactation, et les deux autres formes pourraient bien n'être

ttë ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

«jue le même elat anatomique observé à deux péri«>i^ différentes de son évolution.

Fingerhuth, qui avait attiré le premier ratteDtioa>T Fhypertrophie mammaire, en avait décrit deux variK^ reposant sur la manière dont elles se développaient cIîlquenicnt. L'une était aiguë, avait une marche rapide l'autre était chronique et évoluait plus lentement.

Virchow, dans son traité des tumeurs, a discuté iaqu& tion de Thypertrophie générale, à Toccasion des fibronfc de la mamelle; il rapporte cette lésion, qu'il désigoepsT le nom d'éléphantiasis de la mamelle, h un fibrome (liSu^ de cet organe.

Enfin, M. Labarraque, dans une thèse récente, reprenas: cette question dans tous ses détails, a réuni toutes les éservations publiées sur ce sujet, tes a discutées etadonik Texamen anatomique d'un fait très-important qu'il avili observé dans le service de M. Hardy. La jeune malade, sujei de cette obsenation, a été plus tard opérée par M. Richei. Nous devons regretter, à propos de ce fait, que l'examec anatomique n'ait pas été aussi méthodique qu'on poumit le désirer.

Tels sont les documents que l'on trouve dans les auteur et que nous désirons rapprocher des faits que nousavon? étudiés à l'occasion du fibrome et d'une observation il» que nous avons consignée dans la partie de notre travail relative à la seconde variété de kystes par rétention.

Au point de vue anatomique, l'hypertrophie générale de la glande mammaire cxiste-t-elle réellement, et trouvet-on dans la glande mammaire un état tel que l'on puisse dire que tous ses éléments sont hypertrophiés?

(!) Voir : Oljservation X^

HYPEKTROPHIE GÉNÉRALE DE LA GUNDE MAMMAIRE. 247

Tous les faits qui sont cités comme se rapportant à cette maladie et qui sont réunis dans la thèse de M. Labarraque ont-ils tous une égale valeur et doivent-ils être considérés comme se rapportant à Thypertrophie générale telle qu'on la conçoit habituellement?

A cette dernière question nous pouvons répondre immédiatement par la négative. Dans une étude comme celle que nous entreprenons, nous laisserons de côté la plupart de ces faits douteux, et nous ne nous occuperons que de ceux qui renferment des détails suffisants pour qu'on y trouve des éléments d'appréciation.

Pour répondre à la première question, voyons quelles sont les lésions analomiques notées par les auteurs.

M. Labarraque, dans l'examen anatomique qu'il nous donne du fait qui a été l'occasion de sa thèse, s'arrête à l'idée qu'il s'agissait surtout d'une hypertrophie considérable du tissu cellulaire de la glande. Dans la plus grande partie de la tumeur enlevée on apercevait des lobules du volume d'une grosse noix, fortement serrés les uns contre les autres. Le tissu cellulo-adipeux avait disparu; entre les lobes il existait çà et là un certain nombre de kystes vésiculaires gros comme des noyaux de cerise contenant un liquide filant et analogue ù du mucus (1).

D'après M. Cadiat qui a fait l'examen microscopique de la pièce, celle-ci était constituée surtout par du tissu fibreux, car un fragment de la tumeur trempé dansune solution d'acide acétique devenait transparent et gélatineux.

Ce fait, on le sait, est caractéristique de la présence du

(1) Liharrnque, Etude $ur lh\i}iertrophie générale de la glande mammaire chfi la femme. Thèse; Paris, 1875.

«M ANATOMIi: PATiîOLOGÎQVE.

tissu fibreux. Sa présence en quantité considéi-abl' i peut donc être mise en doute un seul instant : mai< ch; l»''sion était-elle la seule? Nous ne le croyons pas. EnliLl processus qui avait présidé à sa formation nVst pas iterminé; on n'a pas recherché quelles avaient pu èlr^ conséquences de sa présence et la relation qui pooti exister entre cetle hyperplasiefibreuse et la producliont kystes vésiculaires, signalés dans l'examen de la lumiiir

Lorsque Ton analyse toutes les observations sur hzt ture desquelles il ne peut y avoir de iloute, on voitf Ton a conslaté des lésions en apparence les plus varfe

On note, en effet, une hyperplasie considérable du liconjonclif masquant les éléments glandulaires et mt nani leur aliophie. Dans d'autres cas on a vu un élargir sèment notable des canaux galactophores (Manec). D'attres fois, on constate Texistence de cavités cystiques trinombreuses, en général petites, contenant des liquiJ-^ de nature variée cl quelquefois même du lait el du colostrum. Dans un fait cité par Grahs (I ), il y avait eu ik^ suppurations étendues, formation d'abcès multiples et d>^ trajets lisluleux. Enfin, Virchow décrit, comme se rappoitant à rhyperlropbie générale, leslésions du fibrome diffuv

Toutes ces lésions si diverses, à première vue, nous paraissent cependant avoir beaucoup de points de contact. C'est le lien qui les réunit les unes aux autres que nour^ devons faire ressortir.

Si Ton se reporte à Texamen anatomique du fait de M. Labarraque, on voit qu'il y avait en même temps hvpertrophie du tissu cellulaire et formation de kvstes nom-

(1^ C.ralis [C. G), In SihwiU'sJahrhucher der in und auslandes aficmmtfn Medicin^ |>. li, 18l>3.

HYPERTROPHIE Gf.NÈRALE DE LA GLANDE MAMMAIRE. S49

breux et disséminés, et de plus une légère dilatation des conduits galaelophores. Lorsque Ton rapproche de ce fait les résultats qui nous ont été donnés par l'étude anatoinique que nous avons relatée dans notre observation X, on constate immédiatement cerlaines analogies. Dans le fait auquel nous faisons allusion, nous avons trouvé les restes d'une hypertrophie diffuse du tissu conjonctif et des formations kystiques dont nous avons pu déterminer le mode de production.

Si nous rapprochons de ces deux faits les notions que Virchow nous a fait connaître sur le fibrome diffus, nous voyons immédiatement qu'il existe une relation évidente entre toutes ces lésions; que V hypertrophie générale telle que l'entend M. Labarraque, et le fibrome difftcs de Virchow ne sont que des modalités différentes d'un état morbide que nous avons décrit à l'occasion d'une variété spéciale de kystes par rétention,

Virchow a eu plus spécialement comme objectif de sa description les formes aiguës et la période initiale, lorsqu'il parle de l'éléphanliasis de la mamelle, bien que les périodes régressives ne lui aient pas échappé.

Le fait étudié par MM. Labarraque, Cadiat et Ledouble est un fibrome diffti^y à marche lente et qui ne paraît pas avoir envahi la peau, ou dans lequel cette lésion tout au moins a été passagère et a échappé à l'attention.

Notre observation présente un exemple de la période régressive très-avancée dans son évolution et si le volume du sein a continué à être considérable, c'est grAce à la présence de nombreuses cavités cystiques et à une infiltration adipeuse très-abondante.

Les phénomènes cliniques que l'on rattache à cette

altération sont peu accusés, en dehors de Taugm on talion prodigieuse du volume du sein. Leur étude peut néanmoins être utilisée dans cette discussion, car quelques-uns de ces phénomènes sont caractéristiques.

Le début serait insidieux, ne s'annoncerait par aucun phénomène saillant. Mais, à côté de ces faits remarquables par leur indolence, on en cite d'autres où la maladie s'est développée brusquement, même en une seule nuit. Dans ces cas à forme aiguë on a noté des accès de fièvre à périodes irrégulières, dont l'apparition était en rapport avec les différentes poussées successives de la maladie et avec une infiltration de la peau d'apparence érysipélateuse.

Ces accès fébriles se rencontrent plus spécialement dans les formes morbides qui se rapprochent de l'éléphantiasis des mamelles.

D'autres phénomènes frappent également l'attenlion ; ce sont des troubles de la menstruation. L'aménorrhée est celui qui se présente le pl\js souvent; il n'est pas rare, cependant, d'observer des pertes plus ou moins abondantes succédant à de la dysménorrhée. On cite aussi des symptômes manifestes de chloro-anémie et de la raucilé de la voix. Le développement de tous ces phénomènes est en relation avec Tàge auquel apparaît la maladie, car c'est à la puberté ou dans les années qui suivent de près cette période critique de la vie, que se développent les états morbides complexes qui constituent ce qu on est convenu de désigner par le nom d'hypertrophie générale.

Le fait sur lequel Nélaton (1) a attiré l'attention, c'està-dire le développement de la maladie dans les deux seins

(1) Nélaton, Pathologie chirurgicale, t. IV, p. 35. 1857.

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