CARACTÈRES PHYSIQUES EXTÉRIEURS
j. Que deviennent les bosselures quand le volume de la
tumeur s'accroîl? Un certain nombre de ces saillies, en prenant un volume plus considérable que les autres, surtout lorsqu'elles sont superficielles, soulèvent la peau ; 1 elles ne contractent pas d'adhérence avec celle-ci, pen- « dant longtemps du moins, et déforment la région mammaire. C'est par ce mécanisme que le mamelon est étalé ou même quelquefois disparaît complètement. On observe, en effet, quelques cas dans lesquels celui-ci se retourne en dedans, parce que les bosselures qui entourent les conduits galactophores prenant un accroissement considérable, arrivent bientôt à dépasser la limite d'extensibilité de ces derniers.
On ne doit pas confondre cette déformation du mamelon avec la véritable rétraction du même organe que l'on observe dans le carcinome de la mamelle. Dans ce dernier cas, en effet, ce sont les tractus fibreux partis de la masse morbide qui, en se rétractant, attirent d'une façon irrégulière le mamelon vers la profondeur du sein, en sorte qu'on trouve à sa place une série de dépressions et de tubercules irréguliers. 11 est impossible alors, comme cela a lieu dans les cas de tumeur bénigne, de remettre le tout en étal, en relâchant les parties déformées par des manœuvres appropriées, car la peau et le tissu cellulaire sont trop fortement bridés par suite de la diffusion de l'altération cancéreuse et de la rétraction fibreuse des parois alvéolaires du carcinome.
La peau, avons-nous dit, reste toujours lisse au niveau de ces énormes bosselures; mais elle devient plus fine et plus mince, bien qu'elle ne soit point altérée dans sa structure.
L'altération de la peau ne se présente que très-tardivement et elle ne parait pas le plus habituellement, d'après
AU SYMPTOMATOLQGIE.
les examens anatomiqucs connus jusqu'à ce jour, ârété causée par renvahissement du lissu de nouvelle kr malion. C'est un autre processus morbide qui a;ni iJîi ce cas; la peau s'enflamme et s^ulcère, ou tombe en pi grêne par plaques étendues.
Le système veineux sous-cutané ne parait pas, p^ûk longtemps, modifié dans sa disposition normale; el lorsque la tumeur est devenue grosse et forme des Uur lures volumineuses, alors les veines se distendent, site nent la peau en tous sens et ressortent beaucoup fL que d'habitude.
La consistance de ces bosselures superficielles esln^ riable. Quand la tumeur est petite, nettement isol^^ isolable, les doigts qui la saisissent éprouvent une n^tance presque chondroïde, surtout s*il s'agit d'un fibroot Lorsque certaines bosselures ont pris un volume coa? dérable, les sensations perçues deviennent difiërenles.E niveau de certains points on éprouve une résistance asx grande, on voit que le tissu est compacte, tandis qu'àoi on sent une mollesse toute particulière. Enfin, il eslfr^ quent de constater une fluctuation plus ou moins évident
Dans certains cas, on peut repousser assez compliHt ment le liquide contenu dans ces cavités kvstiques, pocr qu'il devienne possible de sentir dans leur profondea* des végétations arrondies plus ou moins volumineuse auxquelles on peut imprimer un mouvement de ballotta ment; mais ce phénomène est rarement perçu et il faut. pour le retrouver, que la poche soit peu remplie, faiblement tendue et que la couche de liquide, interposée entj' les végétations et la paroi du kyste soit peu épaisse.
Généralement, au fur el à mesure que la tumeur au*^mente de volume, elle augmente de masse. Cependant, pour
CARACTÈRES NÉGATIFS. il5
le plus grand nombre d'entre elles (fibromes et sarcomes), la sensation de poids que Ton ressent, en les soulevant et en les soupesant, n'est pas en rapport avec celle que l'on s'attendaità éprouver. En un mot, on les trouve en général peu lourdes, si Ton tient compte de leur volume ; il faut toutefois en excepter les tumeurs épithéliales intra-canaliculaires qui, eu égard à leur volume, donnent à la main une sensation de poids relativement très-considérable.
6» Caractères négatifs.
Après avoir indiqué tous les caractères positifs que Ton peut constater par une exploration directe des tumeurs bénignes de la mamelle, nous devons appeler l'attention sur un certain nombre de phénomènes négatifs qui ont une importance considérable.
C'est ainsi que lorsqu'il s'agit de ces tumeurs on ne trouve pas de ganglions dans Vaisselle, ni aucun signe de cachexie, à moins que des ulcérations anciennes aient amené un épuisement des malades, résultant d'un écoulement de liquide trop abondant.
Virchow a signalé quelques faits de généralisation de tumeurs sarcomateuses à petites cellules dans les viscères et jusque dans la colonne vertébrale, mais cet envahissement de l'économie, signalé par cet auteur, paraît s'être fait en dehors des voies lymphatiques, puisque dans ces cas on n'a point constaté d'engorgements ganglionnaires du côté de l'aisselle.
1° Complications ultimes dues à l'évolution des tumeurs.
Les complications les plus fréquemment observées dans les tumeurs bénignes du sein sont Y\ilcération de la peau
il6 SYMPTOMATOLOGIE.
et Pissue de champignons chamw^ en général volumineux, la gangrène iVune partie de la tumeur, et trèsrarement, ou même d'une façon exceptionnelle, la gangrène de la totalité du néoplasme.
€ On a vu, dit M. Broca (1), dcins quelques cas une inflammation gangreneuse s'emparer des couches de la tumeur mises à nu au fond de l'ulcère ; mais je ne connais pas d'exemple où l'élimination ait été totale et suivie de cicatrisation. » Plus heureux que lui, nous avons pu en recueillir un fait très-remarquable tiré de la pratique d'un de nos confrères les plus distingués, M. le docteur Delamarre père, de Séez (Orne) .
Observation XXXII. — Tumeur dite adénoïde du sein (probablcaient fibromos multiples). — Gangrène et élimination totale de cette fumeur. — Guérison.
Madame C, concierge à l'usine à gaz de Séez (Orne) qu'elle habite depuis environ neuf ans, est née de parents très-sains; elle est âgée de Irente-buit ans. D'une bonne santé habituelle elle a été réglée à quatorze ans. Mariée à dix-sept ans et demi, elle a eu quatre enfants : le premier deux ans après son mariage; le dernier il y a deux ans. Elle les a tous allaités pendant de longs mois, sans avoir éprouvé de ces accidents si communs chez les nourrices (abcès, gerçures, etc.).
11 y a sept ans et demi, lorsque son petit garron, qu'elle allaita pendant vingt-deux mois, atteignit l'âge de quatre à cinq mois, elle s'apenjut de Texistence d'une petite tumeur unpeumoinsgrossequ'une noisette, située iinmédiatemenl sous la peau, à quelque distance et en deJans du mamelon
(1) Brocu, Traité des tumeurs, vol. Il, p. 441).