DIAGNOSTIC AVEC LES TUMEURS SYPHILITIQUES
Tumeurs syphilitiques, — Les tumeurs syphilitiques de la mamelle ne sont pas fréquemment observées, car si Velpeau et M. Maisonneuve ont rencontré des productions néoplasiques qu'ils ont cru pouvoir rattacher à celte cause générale, si M. Richet en a décrit un très-bel exemple qui est relaté dans le traité de Yelpeau, on ne connaît pas d'autres faits analogues authentiques.
M. I^ncereaux, dans son Traité de la syphilis, admet deux formes distinctes de lésions syphilitiques des glandes mammaires; l'une qu'il appelle mastite syphilitique; il en rapporte trois exemples dont deux sont dus à Ambro* soli (1) et dont le troisième lui est personnel; la seconde forme est la mastite jfom/weusc à laquelle se rapportent plus spécialement les faits que nous avons rappelés plus haut.
La première de ces formes, d'après la description que donne M. Lancereaux, se caractériserait par une tuméfaction dure, diffuse, ferme, légèrement douloureuse, succédant de très-près à la disparition d'ime exanthème et s'accompagnant d'un engorgement poly-ganglionnaire dans l'aisselle.
Il est permis d'élever des doutes sur la nature de cet engorgement mammaire. En tout cas ce ne serait guère qu'avec une forme atténuée de fibrome diffus de la mamelle que l'on pourrait le confondre. L'hypothèse la plus vraisemblable est que dans ces faits il s'agissait d'engorgements passagers des ganglions et de la glande par suite de l'irritation produite par l'éruption syphilitique qui existait au niveau du mamelon.
Quant :i ce qui est relatif aux tumeurs gommetiseSy la question serait plus difficile encore à résoudre s'il existait
(1) Gaielte Méd„ de la Lombardie^ 1854 (n» 36).
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des faits authentiques de gommes syphilitiques inln-jt dulaires; mais il n'en est rien. Les tumeurs de cstle natirqui sont sous-culanées se diflerencient des véritabk: tumeurs d'origine glandulaire par les alt4!Talions d*^ h peau qui devient assez vite rouge violacée et enflaranidi. enfm par le ramollissement des tissus situés aiiceDtr''à: la gomme. 11 nous semble que tous ces caractères réuni^ pourraient permettre de reconnaître une altération ^ot^meuse du sein et de la différencier d'une tumeur iï-' adénoïde.
Si la tumeur gommeuse de la région mammaire \tt donner lieu quelquefois à une erreur de diagnostic, c^ n'est qu'avec un cancer du sein. Si cette erreur devifi possible c'est par suite de son défaut de mobilité sur k parlies profondes et de son adhérence à la peau; parsuiii: aussi de la présence assez fréquente dans ce cas d'uneagorgement ganglionnaire dans Taisselle. L'un de nous. M. Labbé, commit momentonément une erreur de ce genre, qui fut redressée par M. Gosselin.
Tumeurs srrofuleuses. — On voit quelquefois se développer des tumeurs scrofuleuses dans la mamelle ou dans son voisinage presque immédiate. Elles proviennent de deux sources différentes, qui donnent lieu à deux fonne> distinctes.
Dans un cas, des ganglions très-rapprochés de la réfrioD mammaire s'engorgent et sont l'origine de tumeurs qui, surtout si elles sont peu volumineuses et encore mobiles» peuvent être confondues avecles tumeurs bénignes migratrices que nous avons étudiées avec soin dans un autre chapitre de cet ouvrage.
Mais, si la tumeur est ganglionnaire, elle sera composée
de plusieurs noyaux qui seront restés longtemps isolés ; en même temps on rencontrera souvent d'autres pléiades ganglionnaires dans la région sus-claviculaire et principalement sur les parties latérales du cou.
Il faut reconnaître que dans certains cas de tumeurs bénignes migratrices il est difficile de faire un diagnostic précis. A notre connaissance cette méprise a été faite par des chirurgiens expérimentés et Texamen anatomique des tumeurs a pu seul redresser l'erreur commise.
Dans d'autres cas, le point de départ de la lésion scrofuleuse a pour siège le périoste et le tissu osseux lui-même des côtes voisines. Si la maladie s'est développée dans la région rétro-mammaire, elle peut avant la période de ramollissement donner lieu à la production d'une masse compacte qui se confond plus ou moins avec les parties profondes de la glande mammaire. Mais l'adhérence aux parties profondes, l'absence complète de mobilité permettrait d'écarter immédiatement l'idée de tumeurs bénignes.
Voyons maintenant celles des tumeurs de la région mammaire qui, beaucoup plus rares que les précédentes, peuvent à plus forte raison faire commettre des erreurs de diagnostic presque impossibles à éviter.
Galactocèle. — Nous avons vu, dans une autre partie de cet ouvrage, que le galactocèle peut exister, soit à l'état de kyste simple ou multiple à contenu liquide, soit à l'état de kyste à contenu solide par suite de la condensation du lait qui y était primitivement contenu.
La première variété pourrait être confondue, soit avec un kyste par rétenlion avec lequel elle présente beaucoup d'analogie, soit encore avec un fibrome dans lequel
m DIAGNOSTIC
un kyste Irès-développé masquerait la partie solide i? i tumeur.
Mais, la marche de la maladie, la manière dont elk r serait développée, son début à roccasion de la lai laïki et enfm dans les cas douteux la nature même du liqui: obtenu par une ponction exploratrice permellraienl i reconnaître la véritable nature de la tumeur. CesonUr considérations de même nature qui feraient égaleiK: écarter l'idée de fibrome kystique modifié.
Lorsque le galactocèle est concret, il ressemble à u tumeur solide, et suivant la consistance des matières ([b. renferme, on pourrait le comparer à un fibrome, à a myxome, à un sarcome.
Il faut bien l'avouer, il sera toujours ditticile, enfcsence de renseignements précis sur la marche (k i tumeur, sur son origine et sur les diflerents èlaLNpï lesquels elle a passé de reconnaître un galaclocèle «t^ ciet. Le plus souvent on ne fera le diagnostic quaf.:^ ablation du produit pathologique. En effet, la tumeurs^développée dans la partie glandulaire d'après le m' méamisme que les kystes par rétention, elle a donné naisance à des tumeurs mobiles, arrondies, lobulées, raDchées manifestement au tissu glandulaire.
Kystes hydatiques, — On pourra rarement reconnaîtra les kystes hydatiques vrais de la région mammaire, fc tumeurs parasitaires sont exceptionnelles dans le seifl^"' les auleifrs en ont rapporté bien peu d'exemples aulhentiques. De Ilaen et Lassus en signalent chacun un 6il A. Cooper, qui en a observé un également les a mé pour les étudier dans son mémoire sur Valtération hyàtique de la mamelle. Enfin, Nélaton cite une obsena-
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^ lion de la même maladie que nous rapporterons plus loin.
Dans la plupart des faits publiés jusqu'à ce jour, la vé-
i ritable nature de la tumeur a été méconnue avant l'opéra-
<3 tion : c'est ainsi que dans le cas dii à de Haen, on crut à
ff l'existence d'un squirrhe; la tumeur était dure, mobile,
î et c'est pendant l'opération que l'on reconnut la présence
j d'une tumeur enkystée qui contenait quelques hydatides
' et une sérosité limpide et claire comme de l'eau de roche.
• A. Cooper fit la même erreur et enleva toute la mamelle.
Dans un cas de de Graëif, on reconnut la fluctuation et
la présence de liquide dans la tumeur.
On a voulu prétendre que cette variété de kyste si rare se reconnaîtrait à la fluctuation profonde, à l'induration des tissus à son pourtour et à l'absence de toute douleur à la pression. Mais, comme le fait remarquer Nélaton, le dernier phénomène a bien peu de valeur, et à l'appui il cite une observation dans laquelle on voit qu'une femme adulte éprouvait depuis deux ans des douleui^ continuelles dans la mamelle droite ; le plus léger attouchement était insupportable. L'excision faite, on vit dans le centre de la mamelle un kyste blanchâtre, épais de deux à trois lignes, qui contenait de la sérosité limpide avec plusieurs hydatides du volume d'une petite noix.
Dans ce cas, Nélaton ne put constater la fluctuation; ce que l'on peut attribuer à deux causes : le siège profond de la tumeur et l'engorgement de voisinage auquel elle donne heu habituellement.
Ce diagnostic sera donc toujours difficile. Il ne pourra devenir précis que dans le cas où le kyste, étant devenu assez superficiel pour permettre de reconnaître la fluctuation, renfermerait plusieurs hydatides et serait en même temps assez développé pour que l'on pût y sentir
le fFémissement particulier à ces sortes de kystes. Si Ton avait des doutes et si Ton croyait à l'existence d'une tumeur cystique, une ponction exploratrice, permettant de constater la nature du liquide et l'existence de ci*ochets caractéristiques, fixerait le diag;nostic d'une façon définitive.
Lipome, — On observe rarement des lipomes dans la mamelle, du moins sous la forme de lipomes circonscrits. En effet, d'après la classification fort juste proposée par Yirchow, on doit admettre dans cette région deux formes particulières de l'hypertrophie graisseuse.
La première mérite le nom de lipome diffus; elle accompagne un grand nombre d'altérations différentes de la glande mammaire, entre autres le fibrome diffus, le cai^ cinome atrophique, aussi, nous ne nous y arrêterons pas.
Lorsque l'hyperplasie des lobules adipeux a donné naissance à une tumeur distincte circonscrite^ ce qui airive d'une façon exceptionnelle puisque jusqu'à ce jour, à notre connaissance du moins, il n'en a été publié qu'un seul fait observé par Velpeau (1), celte tumeur peut faire croire soit à Tcxislence d'uw kyste sous-cutané^ soit même à celle d'une tumeur dite adénoïde de nature myxomateuse.
S'il s'apit d'un kyste on évitera de faire une erreur en comparant la consistance des deux tumeurs : le kyste sera plus dur, plus tendu, indépendant de la peau; le lipome, au contraire, sera plus adhérent à la peau, sous laquelle il sera difficile de le faire glisser; ses bosselures seront plus molles que celles du kyste. Enfin, en saisissant la tumeur cnlre les doigts, on verra se former sur la peau de
(1) Velpeau, Traité des tumeurs du sein^ p. til.
petites saillies séparées par des dépressions, dont la présence est caractéristique du lipome circonscrit.
Si on a des raisons de croire à l'existence d'une tumeur solide, il ne faut pas oublier que les myxomes purs du sein se rapprochent des lipomes par des liens de parenté Irès-étroits, dus à la nature des tissus qui les constituent; en outre leur consistance est presque la même. Si dès le début il était possible de suivre l'évolution de la tumeur, on pourrait trouver des éléments de diagnostic dans la manière dont chacune se serait développée.
Un myxome au début est réuni au tissu glandulaire normal comme toutes les autres tumeurs dites adénoïdes, tandis qu'il est indépendant de la peau et glisse facilement au milieu du tissu cellulo-adipeux sous-cutané. Plus tard, lorsqu'une tumeur de celte nature est arrivée en connexion avec la peau, il sera difficile de la distinguer d'un véritable lipome, à moins que la peau n'ait été envahie, ce qui n'arrive jamais dans le lipome.
Myomes et Angiomes. — Les myomes sont très-rarement observés. Dans tous les faits cités par Virchow (1) il s'agissait de tumeurs érectiles avec développement musculaire considérable, aussi est on embarrassé pour dire si dans les cas rapportés par cet auteur on était en présence d'une tumeur érectile ou d'un myome télangiectasique.
D'après les recherches de M. Léon Tripier, on ne connaît pas en effet un seul cas avéré de myome mammaire. Le diagnostic différentiel rentre donc dans celui de l'angiome de la région.
(\) Die Krankhaflen Geschwiilste. III Bandj ente Haft, p. 125.
Les angiomes de la mamelle n'ont qu'un seul caraa ^ commun avec les tumetirs dites adénoïdes^ c'est celui: se développer dans la région mammaire.
Les faits de cette nature sont rarement observô.qui explique le petit nombre de renseignements ew: ' d'une application {générale que l'on possède à ce m Dans quelques-uns de ceux qui sont connus, la glaai ressemblait à un goitre vasculaire; elle était traversées tous sens par des artères et des veines dilatées; ces\itseaux avaient des dilatations ampullaires avec des prol^ gements vasculaires au niveau des ampoules. L'alléntc avait débuté par une tache rougeâtre au niveau du roâEi- Ion; puis le sein était devenu douloureux et avait alimenté de volume dans des proportions considérai mais cet état anatomique, ainsi qu'on le voit ne se ^'^ proche en rien des différentes formes que peuvent re>>tu les tumeurs dites adénoïdes.
Il est un seul cas qui pourrait se présenter et devenir! la rigueur l'origine de quelques doutes. C'est celui dat lequel un myome ou un sarcome mammaire ont subi dk altération télangiectasique dans une partie plus ou moit considérable de leur masse. Mais dans ce cas rhvperlrf»pliie vasculaii^e n'est qu'accessoire : lorsqu'elle est apparue il existait une tumeur plus ou moins volumineuse ei cette tumeur a, le plus souvent, présenté une période d'accroissement rapide, coïncidant avec cette augmenlation dans le développement des vaisseaux qui enlraiefli dans sa structure.
Epanchements sanguins IraumaUques, H existe
sans aucun doute dans le sein des epanchements san^^uins traumatiques, mais tous les faits que l'on cite comme tels