‹ Traité des tumeurs bénignes du seinChapitre 67 sur 84 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Expectation. — Trailcment palliatif. — Traitcmcnl curaiif, médical

et chirurg^ical.

Toutes les recherches scientifiques, en médecine et en cliirurgie, ne doivent avoir comme objectif qu'un seul but, c'est d'arriver à des conclusions pratiques qui puissent être utilisées pour la guérison des malades. En ce qui nous concerne, nous pensons que les efforts que nous avons faits, pour déterminer la nature exacte des tumeurs bénignes du sein et leur évolution naturelle, peuvent donner dans cette direction des résultats dignes d'intérêt.

Le terme de tumeurs bénignes opposé à celui de malignes pourrait, tout d'abord, être l'occasion d'une méprise, et faire croire que pour les premières la thérapeutique devra être moins active que pour les dernières. On pourrait supposer que les moyens simples et môme Texpectation devraient être appliqués le plus souvent aux tumeurs bénignes, tandis que le traitement chirurgical serait réservé pour les tumeurs cancéreuses.

Pour arriver à une pareille conclusion, il faudrait tenir

i8i TRAITEMENT.

bien peu compte des notions, sî précises, que Téludeat tentive de Fanatomie pathologique nous a fournies sur L nature et la marche de ces tumeurs. L'observation i^montre, en effet, que si elles peuvent rester très-lon;^ temps stationnaires et être caractérisées dans ce cas [w des symptômes peu inquiétants, on les voit souvenl pr^tdre tout à coup un accroissement rapide et acquérir m. volume quelquefois très-considérable.

En présence de pareilles productions morbides, quellH doit être la conduite du médecin? Doit-il conseiller Texfr:talion pure et simple, avoir recoui-s à quelques moy^^ih palliatifs ou bien s'adresser à un ti^itement plus actif?

D'après l'ensemble de nos recherches nous sommes arrivés à cette conclusion : que toutes ces tumeurs ne doivent pas être abandonnées à elles-mêmes et qu'en réalit, comme nous essayerons de le d/imontrer, c'est à un Imtement curatif chirurgical qu'il faut avoir recours.

Cependant, en tenant compte des dilliculté^ de la pratique, nous devons reconnaître que, même si tous les médecins venaient à se rallier à notre opinion, il se présenterait assurément un certain nombre de cas dans lesquel^ ils ne pourraient pas appliquer le traitement chirurgical dans toute sa rigueur et seraient obligés d'y apporter des tempéraments. En eflet, la pusillanimité des malades, certaines conditions générales se rapportant soit à leur santé, soit aux conditions dans lesquelles elles se trouveraient placées, peuvent mettre obstacle à ce que l'on ail recours, momentanément du moins, à Tintervention chirurgicale.

C'est dans ces circonstances que Vexpectaiion pure et simple, un traitement palliatif, ou enfin un traitement médical peuvent être permis, mais, avec cette résene

EXPECTATION. — TRAITEMENT PALLIATIF. i85

expresse, que le développement de la tumeur sera ligoureusement surveillé.

JO KXPECTATIOX.

Quelques malades, par Teflet du hasard, souvent à l'occasion des soins ordinaires de la toilette, s'aperçoivent de l'existence d'une tumeur dans le sein. Lorsqu'on est consulté dans ces cas, il est particulièrement difficile de faire partager aux malades la conviction que l'on peut avoir, relativement à l'opportunité d'une intervention chirurgicale active.

Placé alors entre l'emploi de moyens médicaux dont l'utilité nous parait contestable, ainsi que nous pensons le démontrer plus loin, et Texpectation pure et simple, le médecin ne pourrait être blâmé de se rattacher à cette dernière méthode, car elle présente au moins l'avantage de ne pas exposer les malades à voir leur 'santé compromise par l'usage intempestif et abusif de médicaments, d'autant plus à redouter que leur action est plus puissante.

io TRAITEMEM PALLIATIF.

Souvent, au contraire, c'est à caiise de la douleur ou d'un certain degré de gêne, pouvant tenir au volume de la tumeur ou à ses rapports avec la région affectée, que les malades viennent réclamer des soins. Si elles refusent l'intervention chirurgicale, une indication très-nette devra, du moins, être remplie, celle de les soulager si elles ne veulent pas permettre qu'on les guérisse complètement.

Les moyens thérapeutiques palliatifs ne doivent donc

186 TRAITEME?iT.

être que d'un emploi très-passager ; ils répondent, loalaj plus, à une indication momentanée permettant de combattre ou d'annihiler un phénomène douloui'eux ou gènam Ainsi contre les douleurs névralgiques qui accompagnent et caractérisent les tuineurs dites irrH'jhl^<, on pourrait, suivant le conseil de Lebert, employer ^ opiacés à l'intérieur ou avoir recours à la méthode, ^iu<il»'t aujourd'hui, des injections calmantes sous-outanôes.

Si la tumeur est volumineuse et si elle gêne par 5J}q poids exagéré, on devra la soutenir par un bandage convenable, la protéger contre les froissements de voisina^r au movcn d'une couche d'ouate ou bien de tout aulT' corps approprié.

S'il y avait des ulcérations avec d'énormes végétalioitf et un écoulement purulent abondant, les soins de propreb les plus minutieux seraient de rigueur ; on devrait y ajouter l'emploi de quelques antiseptiques. Mais, ainsi quoal»' voit, ces moyens n'ont rien de spécial à la nature de k maladie et peuvent s'appliquer à toute autre espèce de tumeurs et à toute autre région qu'à la glande mammaire.

30 TRAITEMENT OURATir.

A. — Méthodes qui ont pour bul «ramener la résorption de U lumenr.

a. — Moyen* médicaux.

Cette méthode de traitement a été employée de tout temps contre les tumeurs du sein; c'est parce que Tusage de tel ou tel médicament avait coïncidé avec la résolution spontanée plus ou moins complète d'une tumeur bénigne que les anciens avaient pu croire à la possibilib* de la guérison du cancer sans opération. Les connais-

MOYENS MÉDICAUX i87

sances anatomo-pathologiques de noire époque ont déi montré que, même après une large ablation, cette guérison est exceptionnelle.

On saisit ainsi l'origine de Terreur dans laquelle étaient tombés les anciens observateurs, erreur sur laquelle nous nous sommes assez étendus dans une autre partie de ce travail pour n'avoir plus besoin d'y revenir actuellement.

C'était grûce à cette erreur que Stork avait pu, de bonne toi, préconiser l'emploi de la cigûe comme panacée du cancer. Ce médicament, que l'on a reconnu plus tard être impuissant contre cette terrible maladie, est encore assez souvent employé comme moyen résolutif des tumeurs dites adénoïdes.

Nous sommes redevables à Lebert de l'exposé complet et méthodique des moyens médicaux que Ton peut diriger contre les tumeurs qui nous occupent. D'après cet auteur, le traitement médical, dans un certain nombre de cas, offrirait des ressources précieuses et permettrait d'arriver soit à un état stationnaire avec innocuité parfaite de la tumeur, soit même à la guérison complète pairétrocession du néoplasme.

Nous ne devons pas trop nous étonner des résultats que Lebert croit pouvoir attendre de cette méthode de traitement, car il la réservait pour les tumeurs petites, existant depuis peu de temps et ne contenant pas de «cavités kystiques appréciables, cliniquement du moins.

Lorsqu'on était en présence d'une tumeur qui remplissait les condilions que nous venons de faire connaître, cet auteur recommandait l'emploi des sels iodurés à Tintérieur, surtout sous forme d'iodure de potassium, et, s'il y avait des troubles menstruels, il conseillait d'y adjoindre

le sirop d'iodure de fer. On devait aider racliondetmédicaments internes par des frictions résolutives i pommades dont Tiodure de potassium et Tiodurede plMîii formaient la base; ce dernier sel devait èire préK: pour les jeunes femmes qui ont la peau fine et facilemet irritable.

Si, malgré Tusage plus ou moins longtemps prolon^ de ces onctions, on n'arrivait à aucun résultat manife^^ il fallait alors avoir recoui's aux niercuriaux en friclioL\ employés sous la forme d'onguent mercuriel simple m double, de préférence à la pommade au deuto-chlorured mercure.

D'autres médecins, ThieiTy entre autres, dans un et rapporté par M. Broca, ont élé plus loin et se sont seni> des mercuriaux à l'intérieur, en même temps qu en frictions à l'extérieur. Mais, dans le fait auquel nous faisoit allusion, s'il y a eu une amélioration, elle n'a été que passagère; au bout de six mois, la tumeur, dont le volume avait d'abord diminué de moitié, entrait dans une nouvelle période d'accroissement rapide.

Les onctions mercurielles irritant facilement la peau et produisant assez vite une jespèce d'érythème, on devaii interrompre les frictions pendant que la peau était ainsi irritée, pour les reprendre aussitôt que l'état du tégument cutané le pernietlaiL

Il complétait l'action résolutive de ces moyens thérapeutiques en tenant le sein chaudement, soit à l'aide de flanelle, soit par d'autres moyens appropriés.

Enfin, toujours d'après Leberl, on pouvait avoir recours, dans certaines circonstances, aux émissions sanguines; leur usage éUiit inutile, lorsqu'il s'agissait d'une tumeur petite et indolente; mais Taugmentalion de la

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