‹ Traité des tumeurs blanches des articulationsChapitre 12 sur 107 · ENVIRONNANT · texte numérisé non relu

ENVIRONNANT

Les ligaments sont constitués par des fibres semblables à celles du tissu cellulaire, mais beaucoup plus serrées. Ils ne contiennent que fort peu de vaisseaux; on ne peut y découvrir de nerfs, et rien ne prouve qu’ils jouissent de quelque sensibilité. Comme l’ont fait remarquer MM. Brodie, Bouillaud et Richet, jamais on ne les trouve injectés. 11 ne faudrait pourtant pas en conclure qu ils n offrent pas d’altération ; ce serait une grave erreur.

Ou les U'üuve généralement gonflés, renfermant dès produits d’exsudation ; mais ils peuvent offrir deux aspects différents. Quelquefois ils sont ramollis, infiltrés d’une matière gélatiniforme blanchâtre ou rougeâtre. Leurs fibres se séparent par la traction, ils se laissent facilement distendre et rompre. C’est la transformation fongueuse. C’est dans cet état qu’ils se trouvent lorsque l’on voit les membres prendre des dispositions vicieuses, par suite de circonstances que j’examinerai plus tard, et lorsque l’on voit survenir des luxations spontanées. — D’autres fois, ou contraire, ils sont durs, criant sous le scalpel ; ils se confondent alors avec le tissu cellulaire ambiant, altéré de la meme manière : c’est la transformation lardacée. Ces deux transformations sont dues au dépôt de tissu cellulo-vasculaire entre les lamelles du tissu ligamenteux qu’on y distingue encore.

Je viens de parler du tissu cellulaire qui entoure les ligaments. Ce tissu les unit entre eux, à la synoviale, et aux tissus péri-articulaires ; il donne passage aux vaisseaux qui vont alimenter les ligaments et la synoviale, et il est lui-même bien pourvu de capillaires sanguins. Aussi y rencontre-t-on les mêmes produits, le pus, les dépôts pseudo-membraneux, et le tissu cellulo-vasculaire. Dans celui-ci, comme je l’ai déjà dit, ou bien les vaisseaux prédominent, ils sont abondants et dilatés, et le tissu présente un aspect rouge, mollasse et fongueux. Ou bien ce sont les fibres qui prédominent l’élément fibro-celluleux, et le tissu est dur, lardacé, blanchâtre ou grisâtre, rénitent. Dans le premier cas, ce sont les fongosités du tissu cellulaire ; dans le second, c’est le tissu lardacé. Ces deux formes, comme on le conçoit, peuvent fort bien co-exister ; elles passent de l’une 5 l’auire par transitions insensibles, comme on l’a vu dans l’observation I.

La lésion des ligaments correspond à celle du tissu cellulaire qui les entoure. Ainsi, ils sont ramollis lorsqu’ils sont entourés de fongosités, dont les vaisseaux laissent exsuder en abondance un sérum qui les pénètre. Lorqu’ils plongent, au contraire, dans un tissu lardacé, ils sont euxmêmes épaissis, indurés, et offrent les caractères de ce tissu, avec lequel ils se confondent de telle sorte qu’il est impossible de les en isoler par la dissection.

J’ai dit précédemment que le ramollissement des ligaments était favorable à la production des luxations spontanées, tandis que leur épaississement lardacé était plutôt un obstacle. Le pronostic est donc plus favorable dans les cas où il a prédominance du tissu lardacé, et dans ceux où il tend à venir se substituer aux fongosités. Il sera très-important de distin-

(juer ces cas ; j’en donnerai les moyens lorsque je traiterai de la sympto matologie.

Quelquefois, le tissu cellulaire est malade, tandis que les ligaments sont intacts. Le contraire n’a jamais lieu , et les ligaments malades sont toujours plongés dans une couche de tissus altérés. Ce fait doit nous faire croire que l’altération du tissu cellulaire précède toujours celle des ligaments. C’est ce que j’établirai, en eüet, dans la physiologie pathologique.

Ainsi, lorsqu’on examine une articulation atteinte de tumeur blanche, on trouve le tissu cellulaire qui l’entoure immédiatementplus vasculaire qu’à l etat normal, et l’on y rencontre trois produits différents: 1° des fausses membranes non organisées ; 2° des fongosités ; 3° du tissu lardacé. Lorsqu’il y a seulement des fausses membranes, les ligaments sont à l’état normal ; lorsqu’il y a des fongosités, ils sont ramollis; lorsque c’est du tissu lardacé, ils sont épaissis et indurés.

Ce tissu cellulaire contient assez souvent des paquets ou noyaux graisseux, jaunâtres ou verdâtres ; toutefois cesdépôts, comme on le verra plus loin, appartiennent plutôt aux tissus péri-articulaires. On y trouve souventaussi des foyers purulents, qui peuvent communiquer tant avec l’articulation qu’avec l’extérieur. Ils peuvent y avoir leur origine, ou bien provenir de la rupture de la synoviale et de l’épanchement des liquides qu’elle contenait, ou bien encore de l’extention d’un abcès situé en dehors des tissus articulaires. Ces abcès ressemblent à tous les abcès; ils sont tapissés intérieurement d’une couche organique de nouvelle formation, appelée membrane pyogénique, constituée par du tissu cellulo-vasculaire et faisant corps avec celui qui est infiltré dans les tissus voisins. Ils communiquent entre eux et avec l’articulation et l’extérieur, par des trajets lîstuleux tapissés par une membrane qui fait suite à celle de l’abcès.

Le tissu cellulaire articulaire contient quelquefois aussi des tubercules, que le ramollissement convertit en abcès. Beaucoup plus rarement, c’est de la matière cancéreuse. On peut y rencontrer aussi des séquestres osseux en train d’être évacués.

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