CHAPITRE XIII. — suite. — tumeurs blanches de l’atlas , de
l’axis, DU SACRUM ET DU COCCYX. — TRANSFORMATIONS DES ARTICULA- TIONS VERTÉBRALES.
Il est quelques-unes de ces affections que leur siège et leurs conditions d’existence rendent dignes d’une attention particulière. Ce sont les tumeurs blanches des articulations occipito-atloïdienne, atloïdo-axoïdienne, sacrovertébrale, coccygiennes et sacro-iliaques.
Les altérations organiques des articulations de l’atlas et de l’axis sont exactement les memes que celles des autres : ainsi même production de tissu cellulo-vasculaire et de pus dans leurs diverses parties, même destruction des cartilages et des fibro-cartilages. — Comme aux autres vertèbres, ces altérations sont surtout fréquentes à la partie antérieure. Les abcès qui en dépendent viennent en général s’ouvrir au fond du pharynx, ou bien sur les côtés du cou.
Mais ce qu’elles offrent de spécial , ce sont leurs déplacements ; ce ne
sont plus des déplacements par inclinaison en avant, comme dans le reste du rachis, mais des déplacements par glissement, de vraies luxations. Cela résulte de la forme môme des articulations : en effet, il n’y a ici que des articulations diarthrodiales; il n’y a pas, comme dans les précédentes, ces larges surfaces de rapport unies par des fibro-cartilages.
L’occipital n’est en contact avec l’atlas que par deux larges facettes articulaires situées sur les côtés. Il n’exécute que de légers mouvements de flexion et d’extension. Ses luxations sont fort rares. Elles ont lieu en avant et sur les côtés. Ces dernières sont les plus fréquentes. Tantôt la tête a simplement éprouvé un mouvement de glissement latéral sur l’atlas; tantôt elle a en môme temps subi un léger mouvement en avant. Quelquefois l’on trouve l’arc antérieur de l’atlas ou l’une de ses masses articulaires complètement détruit. Dans la luxation en avant, l’arc postérieur de l’atlas fait saillie dans le trou occipital qu’il rétrécit, et l’apophyse épineuse de l’axis fait saillie en arrière.
Les auteurs mentionnent aussi la luxation en arrière ; mais en lisant avec attention le fait rapporté par Bertin, sur lequel ils s’appuient, on acquiert la conviction que cet auteur n’était pas bien sûr si la luxation n’avait pas eu lieu en avant. On peut donc douter de l’existence de cette luxation, d’autant plus que le poids de la tête favorise le glissement en avant, tandis que celui en arrière n’est favorisé par aucune circonstance, pas môme par le décubitus dorsal.
L’atlas se déplace beaucoup plus souvent que l’occipital, d’abord parce que ses mouvements sont beaucoup plus étendus, ensuite parce que l’articulation atloïdo-axoïdienne est beaucoup plus souvent malade. Elle l’est toujours lorsque l’articulation occipito-atloïdienne l’est; le contraire n’a pas lieu.
L’atlas s’articule avec l’axis par trois points : par son apophyse odontoïde et par scs deux masses latérales. Les déplacements ont lieu en avant, latéralement, et par rotation.
Dans le déplacement en avant, qui est le plus fréquent, toujours le ligament croisé de l’apophyse odontoïde est ramolli ou détruit. Quelquefois l’apophyse elle-même est détachée du corps de l’axis, ou a tout à fait disparu. Les déplacements peuvent avoir lieu de deux manières : 1° par inclinaison; 2° par glissement. Dans la simple inclinaison, l'arc antérieur de l’atlas s’abaisse sur le corps de l’axis, détruit en tout ou en partie, sans que les apophyses articulaires se quittent; leurs ligaments capsulaires
sont seulement tiraillés. L’apophyse odontoïde, si elle n’est pas détruite, fait une saillie plus ou moins considérable dans le canal vertébral ; l’apophyse épineuse de l’axis fait également saillie en arriéré. Dans le déplacement par glissement, ou luxation proprement dite, les surfaces articulaires de l’atlas ne sont plus en rapport, ou du moins plus par toute leur surface, avec celles de l’axis. Son arc postérieur s’avance dans le canal vertébral, tandis que l’antérieur se porte en avant.
Dans la luxation latérale, les surfaces articulaires de l’atlas glissent, a droite ou à gauche, sur celles de l’axis, de façon que l’une vient se placer en dehors, et l’autre en dedans, dans le canal rachidien qu’elle rétrécit. L’apophyse odontoïde, lorsqu’elle n’est pas détruite, se trouve en rapport avec une des parties latérales de l’atlas, plus ou moins rapprochée du trou condylien antérieur. Ces luxations sont fort rares.
La luxation par rotation est beaucoup plus fréquente. Elle peut avoir lieu par rotation autour de l’apophyse odontoïde, comme la rotation physiologique ; mais plus souvent elle a lieu par rotation de l’atlas autour d’une de ses surfaces articulaires, de façon que la surface opposée se déplace seule, ordinairement en avant. Dans ce dernier cas, l’apophyse odontoïde vient se placer sur l’un des côtés de l’arc antérieur de l’atlas, sur le côté qui a subi le déplacement.
On rencontre quelquefois la luxation par rotation combinée avec la luxation antérieure ou latérale; alors, outre le mouvement de rotation, il y a un déplacement de totalité de l’atlas en avant ou latéralement.
La luxation en arrière n’a jamais été observée.
Le calibre du canal vertébral n’est pas altéré dans la luxation par rotation, mais il l’est plus ou moins dans toutes les autres. On a meme trouvé la moëlle comprimée, sans que ses fonctions eussent montré d’altération pendant la vie. Il s’entend que dans ce cas elle était clle-môme intacte ; plus souvent on y rencontre les lésions que j’ai indiquées en parlant des tumeurs blanches des autres parties du rachis.
La tumeur blanche des articulations du coccyx est généralement décrite sous le nom de carie du coccyx ; les abcès auxquels elle donne lieu, viennent s’ouvrir autour de l’anus, et quelquefois dans le rectum lui-même. Elle ne présente d’ailleurs rien de particulier, non plus que celle de la symphyse sacro-iliaque. Dans celle-ci, l’os des îles fait saillie en arrière ; les ligaments si forts qui l’unissent au sacrum sont relâchés, et, si la maladie est avancée, ils sont détruits. Les surfaces articulaires offrent un
degré variable d’écartement et de mobilité. Le pus qui en provient peut se faire jour vis-à-vis de la sympliise, ou autour de la tubérosité sciatique, ou à la partie postérieure de la cuisse en suivant le nerf sciatique, ou même à l’aine en suivant le muscle iliaque.
Quant aux altérations du rachis consécutives aux tumeurs blanches, elles sont analogues à celles des autres articulations. On a rarement l’occasion de les observer, car généralement cette maladie, arrivée au degré où elle attire l’attention, entraîne la mort. Cependant il n’est pas de chirurgien qui n’ait vu des individus porteurs de la gibbosité qui caractérise le mal dePott, et parfaitement guéris. Chez ces sujets, on trouve les vertèbres ankylosées dans leurs nouveaux rapports. Cette ankylosé est toujours osseuse, et quelquefois renforcée par des jettées osseuses externes. — On a même rencontré de ces guérisons par ankylosé dans des cas de tumeurs blanches avec luxation de l’occipital et de l’atlas. J’ai déjà parlé des deux cas cités par Bertin, qui ne se rappelait pas bien si la luxation avait eu lieu en avant ou en arrière. Duverney possédait une pièce anatomique offrant une ankylosé des six premières vertèbres, dans laquelle l’atlas était porté en avant de façon qu’il restait seulement deux lignes de distance entre son arc postérieur et l’apophyse odontoïde (1). Daubenton (2) décrit une pièce du muséum d’histoire naturelle, où il ne restait plus que trois lignes de distance entre les mêmes os. Goetz (3) a trouvé aussi une ankylosé de l’occipital avec l’atlas et l’apophyse odontoïde. L’atlas était porté en avant, de façon que cette apophyse occupait la partie moyenne du canal. Sandifort rapporte plusieurs exemples d’ankyloses survenues à la suite de luxations spontanées de l’atlas, et Lawrence en cite un cas où la luxation latérale était trèsprononcée. C’est un fait digne de remarque que dans tous, le rétrécissement considérable du canal rachidien n’a pas enrayé les fonctions de la moelle, et que ces sujets ont pu vivre assez longtemps pour permettre à des ankylosés osseuses de s’établir.
Que deviennent dans les cas de guérison ces trajets Gstuleux étendus, ces vastes foyers qui constituent les abcès par congestion ? Cette question a surtout été élucidée par Dupuytren. Généralement, les tissus se rapprochent en vertu de leur rétractilité, et l’on ne rencontre plus qu’un cordon
(1) Duverney, Traité des maladies des os, t. 2, p. 131.
(2) OEuvres complètes de Buffon, Bruxelles, 1829, tome V.
(3) fioetz, liemorbis ligameintorum, etc, BeroMni, 1793.
fibreux qui s’étend du point affecté du rachis à l’ouverture extérieure du foyer. Ce cordon peut même disparaître, au moins en partie, si la maladie est très-ancienne. D’autres fois on trouve ces cavités remplies d’une matière grasse, molle, onctueuse, blanchâtre, composée de graisse et d’albumine. Dupuytren rapporte un cas très-remarquable de cette espèce de terminaison.