‹ Traité des tumeurs blanches des articulationsChapitre 22 sur 107 · CHAPITRE I. — BUT ET PORTÉE DE L’ÉTIOLOGIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — BUT ET PORTÉE DE L’ÉTIOLOGIE

S’il est dans la pathologie une série de questions qui plus que toutes les autres est obscure et peu avancée, c’est à coup sûr celle qui concerne les causes des maladies. Que l’on ne s’étonne donc pas si l’on n’en trouve pas dans ce qui va suivre une solution satisfaisante. Si, comme tant d’autres, je me payais de mots ; si, comme eux, j’attribuais à ceux-ci la puissance magique d’expliquer les phénomènes de la nature ; comme eux aussi je ferais une énumération complète des causes; comme eux, je saurais dire dans un cas quelconque : tel homme est atteint de tumeur blanche, et c’est pour tel motif; et je fournirais de tout des raisons catégoriques. Je suis au contraire de ceux qui croient qu’il ne faut jamais procéder par hypothèse, mais en se basant sur l’expérience; je suis de ceux qui croient qu’un mot ne peut être que l’expression d’une chose, et ne peut à tout jamais en fournir l’explication. — J’ai cru ce préambule nécessaire pour ceux qui me trouveront trop sceptique lorsqu’il s’agira de certaines catégories de soi-disant causes des tumeurs blanches.

Je leur dois encore une considération, qui leur fera sans doute beaucoup moins regretter l'insuffisance de l’étiologie. Cest qu’elle est en général fort peu importante pour le traitement. Ici sans doute ils se recrieront, et ils me répondront : l’étiologie doit au contraire constituer la hase du traitement; car la première indication n’est-elle pas d’écarter la cause de la maladie? Cette raison est beaucoup plus spécieuse qu’elle n’est juste : car on ne vous appelle pas avant que la cause n’agisse, pour empêcher la production de la maladie ; on vous appelle lorsque la cause a agi, que la maladie est produite; et à quoi peut vous servir alors de l’éloigner? Lorsqu’un

homme a fait une chute, ou lorsqu’une voiture l’a écrasé, tirez-vous de là une indication quelconque pour le traitement ; pensez-vous pouvoir écarter la cause, et empêcher votre patient d’être tombé ou d’avoir été écrasé? Mais les causes constitutionnelles? Ah! voilà le grand mot, les causes constitutionnelles; mais les connaissez -vous? Savez-vous ce que c’est? Faites-les donc servir à un traitement rationnel ! Nous verrons plus loin ce qu’il y a de réel et de positif dans tout ce qu’on en dit.

Il y a bien certaines causes qui agissent d’une manière continue, telles que le froid, l’humidité, la masturbation, etc., et on doit sans doute les éloigner. Mais toutes ces causes rentrent dans le domaine des prescriptions générales de l’hygiène, qui doivent toujours être satisfaites dans le traitement d’une maladie quelconque.

Ces idées sur le peu de certitude de l’étiologie telle qu’on l’envisage ordinairement, et sur son peu d’influence sur le traitement, s’éclairciront dans ce qui suit, et j’espère que le lecteur n’arrivera pas à la fin de cette section sans être convaincu de ce que je viens de dire, ou du moins sans avoir son opinion fortement ébranlée.

On range habituellement parmi les causes des maladies, non pas seulement les causes proprement dites, immédiates, qui les produisent sous nos yeux, mais aussi toutes les circonstances quelconques qui peuvent en favoriser le développement, telles que circonstances de climat, de tempérament, d’âge, de sexe, etc.

D’après cela, je diviserai, comme on le fait habituellement, les causes des tumeurs blanches en deux catégories, causes occasionnelles et causes prédisposantes.

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