CHAPITRE V. — causes prédisposantes en général. — causes
PRÉDISPOSANTES PHYSIOLOGIQUES.
J’entends par causes prédisposantes celles par lesquelles certaines parties du corps ou certaines personnes sont plus spécialement exposées aux tumeurs blanches. On voit en effet l’action des causes occasionnelles en déterminer chez tel sujet et non chez tel autre ; on voit telle catégorie de personnes en offrir fréquemment, tandis que chez les autres elles sont rares; on en voit même y être tellement exposées qu’elles en sont atteintes sans que 1 on puisse remonter à l’action immédiate de l une des causes précédemment indiquées. Il existe donc des conditions qui rendent le développement de l’affection plus facile chez tel individu que chez tel autre ; c’est
là ce qu’on appelle causes prédisposantes, et ce qui serait mieux dénommé conditions prédisposantes.
Avouons d’ailleurs que, dans la nature des choses, cette division n’est pas bien tranchée : ainsi, à la rigueur, ne pourrait-on pas ranger ici les causes énumérées dans le dernier chapitre? Elles forment au moins la transition entre l’une et l’autre de ces divisions scolastiques.
Ces conditions sont : 1° la position et les fonctions de la partie affectée ; 2° le sexe; 3° l’âge; 4° l’hérédité ou plutôt la consanguinité; 5° le tempérament; 6° la constitution; 7° la grossesse; 8° certaines maladies, la syphilis et la scrofule. J’appellerai les sept premières, causes ou conditions prédisposantes physiologiques, parce qu’elles appartiennent à l’état de santé ; celles renfermées dans la huitième catégorie recevront par opposition le nom de causes prédisposantes pathologiques.
C’est aux membres inférieurs surtout que l’on observe les tumeurs blanches. Cela s’explique parce qu’ils supportent le poids du corps, qu’ils sont le siège des efforts les plus fréquents et les plus considérables, et que c'est sur eux que la plupart des chutes retentissent principalement. Parmi les articulations du membre inférieur, il en est deux surtout pour lesquelles les tumeurs blanches affectent une fâcheuse prédilection : ce sont celles de la hanche et du genou. En effet, d’une part ce sont les articulations qui offrent les mouvements les plus étendus, et d’autre part elles possèdent le plus de parties vasculaires : telles sont la masse adipeuse du fond de la cavité cotyloïde et les glandes synoviales du genou. On peut dire que, de toutes les articulations du corps humain, ce sont les plus riches en vaisseaux et en nerfs; ce qui explique la grande action qu’exercent sur elles les causes des maladies. — L’articulation du pied remplit bien les mêmes conditions relativement à la sustentation; mais elle offre moins de mobilité et elle est peu vasculaire; aussi ses tumeurs blanches, quoiqu’assez fréquentes, le sont-elles moins que celles de la hanche et du genou.
A peu près sur le même rang que le genou vient se placer le rachis. Cette tige osseuse remplit, relativement au poids du corps, des fonctions de sustentation analogue à celles du membre inférieur ; ses articulations sont solides, peu vasculaires et peu exposées à l’action des causes extérieures; mais en revanche elles sont très multipliées. Ces conditions, les unes favorables, les autres défavorables, expliquent comment le mal de Pott est si fréquent sans cependant l’être autant que la coxarthrocace, ni même autant
que la gonarthrocace, eu égard au grand nombre d'articulations dont se compose le rachis.
Les membres supérieurs sont beaucoup moins souvent que les inférieurs et le rachis le siège de tumeurs blanches; en effet, ils ne remplissent aucun rôle dans la sustentation; ils sont ainsi beaucoup moins actifs, et leurs articulations sont moins abondamment pourvues de vaisseaux. Parmi elles, celles du poignet et du coude en offrent beaucoup plus souvent que celle de l’épaule, étant plus exposées aux coups et aux entorses.
Quant aux articulations du cou, costo-vertébrales, sterno-claviculaires, temporo-maxillaires, coccygiennes, sacro-iliaque, métacarpiennes, métatarsiennes, elles ne sont que rarement le siège de tumeurs blanches.
Voici un relevé de 140 cas de ces maladies, puisé dans mes observations,
qui prouvera la réalité des assertions précédentes :
Tumeurs blanches de la hanche, 43
— — du genou, 23
— — du pied, 14
— — du rachis (régions dorsale et lombaire), 23
— — du poignet, 10
— — du coude, 12
— — de l’épaule, 3
— — sacro-iliaque, 1
— — costo-vertébrale, 1
— — sterno-claviculaire, 1
— • — temporo-maxillaire, 1
— — coccygienne, 1
— — métatarsienne, 1
— — métacarpienne, 1
— — phalangiennes (des doigts), 5
Je n’ai jamais observé les tumeurs blanches occipito-atloïdiennes , ni atloido-axoîdiennes; quant à celles du métacarpe et du métatarse, on ne les observe pas généralement seules, mais avec celles du tarse et du poignet. Celles des phalanges des doigts ne sont pas très-rares, mais généralement elles reconnaissent pour cause un panaris. Sur les 5 faits que j’ai rapportés, 3 étaient dans ce cas.
Certaines professions, certaines circonstances individuelles peuvent aussi prédisposer une articulation plus que les autres. Ainsi, j’ai déjà dit que
la tumeur blanche atloïdo-axoïdienne, si rare chez nous, est fréquente en Autriche et en Styrie, aussi fréquente même que le mal de Pott, s’il faut en croire Rust et Schallgruber. Cela doit être rapporté, ai-je dit, à l’habitude qu’ont les habitants de ces contrées, de porter de lourds fardeaux sur la tête. — Trois sujets atteints de tumeur blanche sacro-iliaque et observés par Hahn, étaient tous trois des tailleurs, et cet auteur attribue une certaine importance à leur position, les jambes croisées et le corps porté en avant, dans laquelle ces articulations sont tiraillées. Cependant il pourrait n’y avoir ici qu’une coïncidence fortuite, car j’ai vu bien des tailleurs, j’en ai vu atteints de tumeurs blanches, et jamais je n’ai observé chez eux la tumeur blanche sacro-iliaque. Des conditions d’une influence moins contestable sont la grossesse à terme et l’accouchement récent, causes déjà signalées par Desault. En effet, tous les accoucheurs savent que dans les derniers temps de la grossesse, il se fait vers les articulations du bassin un grand afflux de sang et une exsudation de sérosité, qui a pour effet de les relâcher. Dans quelques cas ce relâchement a même pu aller au point de rendre la marche difficile ou impossible. On conçoit que, dans ces circonstances, l’action d’une cause occasionnelle, d’une entorse, d’une contusion, d’un refroidissement, produise beaucoup plus facilement que dans toute autre la sacro-coxalgie.
Pour ce qui concerne l’âge et le sexe, voici comment ces 140 cas étaient distribués, en faisant trois catégories distinctes, pour les hommes, les
femmes, et les enfants de moins de 10 ans :