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DE RAPPORTS DES EXTRÉMITÉS ARTICULAIRES

Partout où il so trouve, dans les os ou dans les parties molles, le pus irrite et distend les tissus. De cette façon, il tend à y entretenir la congestion et la production de l’exsudation plastique; il les ramollit, les écarte et finit par arriver ainsi sous la peau d’abord, puis à l’extérieur. La distension des tissus sous l’influence de sa pression, la formation de la membrane pyogénique dans tous les endroits qu’il traverse et la présence de l’exsudation dans tous les tissus voisins de son trajet, témoignent assez que tel est réellement le mécanisme de sa marche. — L’expulsion du pus hors de nos tissus n’est donc pas le fait d’une force vitale intelligente, agissant en vertu d’une puissance élective mystérieuse. Elle trouve dans ce qui précède son explication toute naturelle : les tissus ambiants s’enflamment, se ramollissent, se distendent, cèdent et lui livrent passage tout naturellement vers le point qui offre à la pression la moindre résistance. Ce point est ordinairement la surface libre d’une membrane, soit d’une séreuse, soit d’une muqueuse, soit de la peau.

Comme je l’ai dit dans l’anatomie pathologique, c’est généralement par les points les moins résistants que le pus se fait jour. Ce n’est toutefois pas toujours le cas, et la doctrine que je viens d’exposer l’explique parfaitement. Lorsqu’il fuse, il suit les trajets, soit des vaisseaux, soit des nerfs, soit des gaines musculaires ; et, quoi qu’on en ait dit, il est impossible de lui trouver une préférence déterminée pour l’un de ces trajets à l’exclusion des autres.

Souvent on trouve les surfaces articulaires déformées de diverses ma-

nières. En effet, la pression de ces surfaces les unes contre les autres, qui concourt à la destruction des cartilages, puis à la destruction des fongosités elles-mêmes, peut également déterminer celle du tissu osseux. Cette destruction peut s’opérer par usure ou par nécrose, ou par les deux procédés à la fois. On trouve alors certaines parties des surfaces articulaires détruites, comme usées ou érodées ; les parties restantes sont trèsspongieuses, leurs cellules étant dilatées par des fongosités. Cela arrive surtout lorsque ce membre a occupé pendant la vie une position telle que la pression des surfaces était très-inégalement répartie ; et la lésion existe justement vers les points qui ont supporté la pression la plus forte. Ainsi,

au genou, l’on trouve la partie postérieure des condylcs du tibia et du fémur détruite, lorsque le membre a été fléchi. S’il a été incliné en dedans, ce sont les condylcs internes; si en dehors, ce sont les condyles externes qui ont été détruits. Au pied, on trouve assez souvent les surfaces articulaires du tibia et de l’astragale échancrécs en arrière, lorsqu’il a été fortement étendu sur la jambe. A la hanche, la cavité cotyloïde peut être perforée dans son fond, de façon à laisser passer la tête du fémur. Elle peut aussi être détruite en avant et en dehors, si le membre a été fléchi ; en dedans, s’il a été dans la rotation en dehors ; et en dehors s’il a été dans la rotation en dedans. Les diverses lésions que j’ai signalées pour la tête du fémur se produisent par le môme mécanisme.

On conçoit que l’on puisse rencontrer des lésions analogues aux membres supérieurs. Si généralement on ne les y trouve pas, c’est que la pression mutuelle des surfaces osseuses y est beaucoup moins forte.

En outre il peut arriver qu’une nécrose ou la fonte d’un tubercule détermine la formation d’une caverne au-dessous des surfaces articulaires ; alors la pression de ces surfaces peut enfoncer les parois de la caverne et produire également de cette façon un affaissement, une déformation. C’est ainsi que se produisent surtout les déviations du rachis.

Outre ces déformations et à leur suite surviennent des changements de rapports, que j’ai divisés en déplacements et luxations. Ils consistent les premiers en inclinaisons anormales des surfaces,- les secondes en disjonctions de ces mêmes surfaces.

Deux conditions tendent, dans l’état physiologique, à maintenir dans leurs rapports normaux les surfaces articulaires. Ce sont d’abord les ligaments, liens rigides qui limitent les mouvements des os dans une juste mesure. C’est ensuite la disposition même des surfaces articulaires, qui sont façonnées de manière à se correspondre, à s’emboîter les unes les autres. Ces parties étant altérées comme il arrive dans les tumeurs blanches, il doit en résulter des déplacements, des luxations comparables aux luxations traumatiques, tantôt incomplètes, tantôt complètes. Seulement, dans la luxation traumatique, l’altération est brusque et résulte d’une cause violente; ici elle est lente, graduelle, et procède d’une cause anatomique.

Les considérations que j’ai émises précédemment (scct. II, chap. V), sur les lésions des ligaments et sur leurs rapports avec celles du tissu cellulaire, expliquent pourquoi dans certaines tumeurs blanches la luxation

spontanée survient si facilement et si rapidement , tandis que d'autres semblent pouvoir durer indéfini ment sans qu’elle survienne jamais. Cela ne dépend pas nécessairement du traitement, car on a vu la luxation se produire dans les cas traités avec le plus de soin et d’attention ; tandis que dans d’autres, qui sont négligés, le malade fait tout pour la provoquer, et semble à chaque instant lui porter en vain un défi opiniâtre. Ce sont là des faits que tous les chirurgiens ont pu constater, mais que personne que je sache n’a encore expliqué. Rien pourtant dans la nature n’est l’effet du hazard ; tout s’y produit selon des lois déterminées ; ce phénomène a aussi sa loi , sa raison d’être, et on la trouve dans les considérations que je viens de rappeler.

Ainsi, lorsque les ligaments sont ramollis, infiltrés de fongosités, il y a tendance aux déplacements, aux luxations. Au contraire, lorsqu’ils sont indurés, noyés en quelque sorte dans une masse lardacée, la luxation est difficile ou même impossible.

Les ligaments et les surfaces articulaires n’ont pas une égale importance dans la production des déplacements et des luxations. Les déplacements sont la suite immédiate de l’altération des surfaces; les luxations exigent pour se montrer la destruction des ligaments. Ainsi, un simple déplacement aura lieu chaque fois que des portions des surfaces articulaires auront disparu ; alors l’inclinaison et les rapports de ces surfaces changeront, comme on l’observe surtout au rachis et au genou. Pour qu’il y ait luxation, il faut généralement aussi que cette condition soit remplie; mais il faut de plus, etc’est une condition indispensable, que les ligaments soient profondément altérés. J’ai dit que généralement les surfaces devaient être détruites ; je n’ai pas dit toujours. En effet, à l’articulation de l’épaule, par exemple, on conçoit que la destruction des ligaments suffise, sans que l’articulation soit atteinte. Et aux autres, si les ligaments sont fortement altérés, les surfaces ne fussent-elles même pas déformées, le déplacement pourra s’opérer à la suite d’une action antérieure peu considérable, et méritant à peine le nom de violence.

Ce qui précède peut être énoncé sous forme d’une loi générale ainsi conçue : tant que les ligaments articulaires sont intacts, toute luxation est impossible; elle devient au contraire possible, et même facile, dès qu’ils sont détruits ou fortement altérés. Cette loi est applicable à toutes les luxations, tant spontanées que traumatiques; seulement dans les premières, il y a presque toujours altération des surfaces articulaires, tandis

que dans les secondes il y a presque toujours intégrité de ces mêmes surfaces.

Ce qui me reste à dire concernant les déplacements et luxations, viendra lorsque j’aurai parlé de la contraction musculaire et des positions, qui ne sont pas sans jouer dans ces phénomènes un rôle considérable.

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